|
Me Stanislav Markelov,
avocat, défenseur des droits humains, a été
abattu à Moscou d’une balle dans la nuque dans la rue par un homme armé ,
alors qu'il revenait d'une conférence de presse où il avait dénoncé la
libération anticipée de l'ex-colonel russe Iouri Boudanov, condamné à 10
ans de prison en 2003 pour avoir étranglé trois ans plus tôt Elza
Koungaïeva, une Tchétchène de 18 ans.
Me Markelov était l'avocat de la famille de la jeune fille. Lorsqu'il
a été tué, l'avocat était accompagné d'Anastassia Babourova, une
stagiaire de Novaïa Gazeta, un journal dénonçant les exactions commises
pendant les deux guerres de Tchétchénie. Blessée à la tête lors de
l'attaque, la jeune journaliste est décédée quelques heures après. Le
tireur a réussi à s'enfuir.
Le père d'Elza Koungaïeva, Vissa Koungaïev, a déclaré à l'antenne de la
radio indépendante Echo de Moscou que Me Markelov avait reçu des menaces
ces derniers temps. "Il m'a dit qu'on lui envoyait des SMS, qu'on
l'appelait. On lui disait d'arrêter avec l'affaire Boudanov ou alors on
allait le tuer", a expliqué M. Koungaïev.
Ces dernières semaines, Me Markelov avait critiqué publiquement la
libération anticipée de l'ex-colonel Boudanov, une décision condamnée
aussi par les défenseurs des droits de l'homme et qui a provoqué
l'indignation en Tchétchénie. L'avocat
avait annoncé lundi devant les journalistes qu'il envisageait de déposer
un recours devant un tribunal internationale contre la libération
anticipée du colonel Iouri Boudanov la semaine dernière, un an avant la
fin de sa peine.
Me Markelov avait représenté, entre autres, Anna Politkovskaïa, la
journaliste de Novaïa Gazeta abattue à Moscou devant son appartement le 7
octobre 2006, dans plusieurs
affaires, dont l'une l'ayant opposée aux Omon, les forces spéciales du
ministère russe de l'intérieur. Elle avait écrit de nombreux articles dénonçant les
violations des droits de l'homme en Tchétchénie.
Le procureur général de Russie, Iouri Tchaïka, a indiqué avoir pris "personnellement" le
contrôle de l'enquête.
Stanislav Yuryevich Markelov
(en Russe: Станислав Юрьевич Маркелов), âgé
de 34 ans, était connu pour son courage et son engagement en faveur du
respect du droit sur l’ensemble du territoire russe, pour tous les
citoyens de Russie, sans discrimination. L’indépendance de la justice
était son obsession. Stanislav Markelov n’avait pas seulement défendu
famille Koungaev, dont la fille, Elsa, avait été tuée en Tchétchénie par
le colonel Boudanov en mars 2000 mais aussi de nombreux civils
tchétchènes.
Anna Politkovskaïa avait salué
en Stanislav Markelov le premier
avocat des victimes de crimes de guerre dans la république insoumise du
Caucase. L'avocat avait aussi travaillé pour des militants
luttant contre les violences perpétrées par l'armée russe. Il était l'avocat de Magometsalih Massaïev, un
homme porté disparu depuis le mois d'août 2008 après qu'il eut accusé le
président tchétchène, Ramzan Kadyrov, de l'avoir pris en otage durant
quatre mois. Parmi
ses clients, figurait aussi Viktor Beketov, journaliste et opposant au
maire de Khimki, une banlieue de Moscou, sauvagement tabassé récemment.
En
2004,l’IDHAE s’était ému (voir : http://www.idhae.org/idhae-fr-page4.1.rus.htm ) lorsqu’il
avait déjà subi une agression par un
groupe de 5 personnes, dans le métro de Moscou alors qu’il tentait
d’obtenir justice dans l’affaire Zelimkhan Mourdalov, un étudiant
tchétchène mort sous la torture..
Ses agresseurs, qui portaient des vêtements civils, l’ont entouré
et ont crié : "Tu n’as que ce que tu cherchais. Pas de discours pour
toi (devant la cour) alors". Ils lui ont cogné la tête avec un objet
lourd, le faisant perdre connaissance. Il s’est réveillé 2 heures plus
tard à la dernière station de métro. Son téléphone mobile qui contenait
les numéros de tous ses clients, manquait ainsi que des documents
d’identité variés, notamment sa carte d’avocat, son passeport et une
carte d’entrée à la Douma de l’Etat. Il découvrit plus tard que
différents documents relatifs aux dossiers de ses clients manquaient
aussi. Il a été surpris de constater que ni son argent, ni sa coûteuse
montre suisse n’avaient été volés.
Stanislav Markelov est rentré
chez lui et sa femme a appelé les services d’urgence. La 19 avril il s’est rendu au
Département des affaires intérieures de Moscou n° 8 chargé de la sécurité
dans le métro, pour porter plainte. L’officier de police de service lui
aurait dit que le certificat médical relatif aux blessures qu’il avait
subies était faux et a insisté pour qu’il porte plainte pour " perte
de biens" et non pour l’agression. Le 21 avril il a porté plainte
pour l’agression devant le Département de la cité de Moscou pour les
affaires intérieures. Aucune action au pénal n’a encore été ouverte sur ces évènements.
Parmi les documents manquants se
trouvaient ceux du procès de Sergei Lapin (sous le nom de
"Kadet" ) qui avait été mis en cause dans la
"disparition" et la torture d’un étudiant tchéchène Zelimkhan
Murdalov, dont la famille est représentée par Stanislav Markelov. Sergei
Lapin a servi en Tchétchénie comme membre d’un détachement de la police
(OMON) de la Fédération de Russie qui était en opération à Grozny. Des témoins ont affirmé que
Zelimkhan Murdalov avait été torturé à mort par la police.
En septembre 2001 la
journaliste Anna Politkovskaya a publié un article dans la NOVAYA Gazeta
intitulé "Les personnes disparues" dans lequel elle parlait des
allégations rapprochant Sergei Lapin et ses collègues de l’OMON de la
torture de Zelimkhan Murdalov. Elle
a reçu alors deux lettres contenant des menaces, qu’aurait écrites Sergei
Lapin. Stanislav
Markelov représente également Anna Politkovskaya. En janvier 2002, Sergei
Lapin a été arrêté et inculpé de la torture en détention de Zelimkhan
Murdalov. Serge Lapin a été
libéré pendant le procès en mai 2003, parce qu’il n’avait pas été trouvé
dangereux pour la sécurité publique. Son procès a commencé à Grosny à la
fin de 2003, mais il n’a assisté à aucune des audiences, souffrant,
disait-il, d’une maladie mentale. Cependant selon les informations
reçues, il fut d’abord écarté de l’OMON, mais plus tard réinstallé comme
officier de police dans la ville de Nizhnevartovsk, où il est
actuellement en service. Il aurait récemment reçu une médaille "
Pour la protection de l’ordre public" accompagné d’une lettre,
signée par le Président russe.
S. Markelov était également
menacé pour son travail de défense de militants antifascistes à Moscou
(notamment d’Alexander Rioukhine, tué par des néo-nazis en avril 2006),
et des activistes des luttes sociales et écologistes. Il défendait
Mikhaïl Beketov, rédacteur en chef de la Pravda de Khimki, brutalement
agressé au mois de novembre 2008. Il était aussi aux côtés des victimes
de la prise d’otages au théâtre de la Doubrovka en octobre 2002 (affaire
Nord-Ost). Sa route avait croisé à de nombreuses reprises celle d’Anna
Politkovskaïa, journaliste à Novaïa Gazeta, assassinée en 2006.
L’IDHAE demande aux autorités
russes d’assurer qu’une enquête impartiale et efficace soit menée sur cet
assassinat, ainsi que sur tous les attaques et menaces contre les
défenseurs des droits de l’Homme et les porteurs des voix critiques, afin
que les auteurs et les éventuels commanditaires soient traduits devant la
justice.
L’IDHAE demande que la
sécurité des défenseurs des droits de l’Homme, des avocats et des
journalistes soit garantie conformément aux engagements souscrit par la
Russie et aux recommandations de nombreux mécanismes régionaux et
internationaux de protection de droits de l’Homme.
AGISSEZ !
Copiez la lettre ci-dessous
et envoyez-la à l’adresse suivante.
Adresses:
- Dmitri Medvedev,
President of the Russian Federation, Kremlin, Moscow, Russia,
Faxes:+ 7 095 206 5173 / 230 2408, Email: president@gov.ru; ·
- Mr. Yuriy Chaika, General
Public Prosecutor of Russian Federation, 125993, Moscow, GSP-3, 15a
B. Dimitrovka str. RUSSIA, Fax: +7 (495) 692-96-00 ·
- Ella Pamfilova,
Chairwoman of the Presidential Human Rights Commission of the
Russian Federation, 103132 g. Moskva, Staraya ploshchad, d 8/5,pod
3, Russian Federation, Fax:+70952064855;
- Vladimir Lukin, Russian
Federal Ombudsman for Human Rights, Fax: +7 495 607 3969 / +7 495
207-53-37;
- Minister of Internal
Affairs, Rashid Nurgaliev, ul. Zhitnaya, 16, 117049 Moscow, Russian
Federation, Telegram: Rossiia, 117049, Moskva, Fax: + 7 095 237 49
25;
- Minister of Foreign
Affairs, Sergey Lavrov, Smolenskaya-Sennaya pl, 32/34, 121200
Moscow, Russian Federation, Telegram: Fax:+ 7 095 244 2203
Lettre:
[Your name here]
Your Excellency,
Like all lawyers in Europe, we are deeply
concerned following information received regarding the assassination of
Russian human rights lawyer, our distinguished colleague Mr Stanislav
Markelov, on 19 January 2009. .
On 19 January 2009, at approximately 3
p.m., Stanislav Markelov, 34, was shot in the back of the head at
close range by an attacker who followed him near the Kropotkinskaya metro
station in Moscow, wore a stocking-style mask and had a
silencer on his gun - clear signs of a planned killing - state-run
RIA-Novosti news agency reported. Ms. Anastacia Baburova, a young journalist,
who worked on Politkovskaya's paper Novaya Gazeta, who also took part in
the conference, was also shot trying to protect Markelov and died soon
after in hospital.
Our Colleague Stanislav
Markelov was the lawyer for the family of Elsa Kungayeva, an 18 year-old
Chechen girl who was abducted and killed in March 2000 by Russian army
Colonel Yuri Budanov. Colonel Budanov was arrested in 2000, sentenced to
10 years' imprisonment three years later, but released on parole on 15
January 2009.
Stanislav Markelov
was
shot near a building where they had just attended a press conference
entitled “Unlawful release of Budanov: neglecting by court and direct
advantage of militants: who to do next?”. He stated at the press conference that he
was about to appeal the denial made by the court of Dimitrovgrad city to
consider the appeal on Colonel Budanov’s early release.
Our Colleague Stanislav Markelov was involved in a number of trials.
He represented Anna Politkovskaya,
who wrote extensively about human rights violations in Chechnya. He had also represented human
rights defenders who have opposed human rights violations perpetrated by
Russia's military, and a Chechen woman who was the victim of an attack on
a Moscow theatre in which hostages were taken in 2002.
According to information received,
Stanislav Markelov constantly received telephone calls and text messages
in which he was threatened with death.
We believe that Stanislav
Markelov was killed because of his peaceful and legitimate human rights
work, in the defence of victims of human rights abuses in Chechnya.
As European and human rights Lawyers we
want to urge the Russian authorities to:
1. Order a thorough and impartial
investigation into the killing of our Colleague Stanislav Markelov, , in
order to identify all those responsible, bring them before a civil
competent and impartial tribunal and apply to them the penal sanctions
provided by the law;with a view to publishing the results and bringing
those responsible to justice in accordance with international standards;
2. Provide Mr. Stanislaw Markelov’s
family adequate reparation;
3. Put an end to all acts of harassment
against all human rights defenders in the Russian Federation, and ensure
in all circumstances that they be able to carry out their work without
unjustified hindrances;
4. Comply with the relevant international
norms and standards and to report on all breaches of human rights
standards, in line with the EU Guidelines on Human Rights Defenders, in particular with Article 1,
which provides that “everyone has the right, individually and in
association with others, to promote and to strive for the protection and
realization of human rights and fundamental freedoms at the national and
international levels”, as well as with Article 12.2 (“the State shall
take all necessary measures to ensure the protection by the competent
authorities of everyone, individually and in association with others,
against any violence, threats, retaliation, de facto or de jure adverse
discrimination, pressure or any other arbitrary action as a consequence
of his or her legitimate exercise of the rights referred to in the
present Declaration”);
5. .More generally, ensure in all
circumstances the respect for human rights and fundamental freedoms in
accordance with in accordance with the Universal Declaration of Human
Rights and with international and regional human rights instruments
ratified by the Russian Federation.
Yours sincerely,
[Your signature here]
MERCI D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
|