Me France Moulin, 43 ans, avocate
toulousaine, a été placée en garde à vue durant six jours par deux juges
d'instruction d'Orléans, alors qu'elle assistait l'un de ses clients.
Elle a été ensuite placée en détention provisoire, d'abord près de
Toulouse (Haute-Garonne), puis à Bourges (Cher) depuis le 19 avril et a été
l'objet d'une mise sous scellé de son cabinet et d'une perquisition. Ce
placement sous scellé a été opéré sans que le Bâtonnier en ait été avisé
Elle est poursuivie au titre d'une
nouvelle disposition du code pénal français, introduite par la loi du 9 mars
2004 sur la criminalité. En l'espèce, la justice lui reproche d'avoir révélé à
l'une de ses amies d'enfance qui est la compagne d'un numismate, lui-même
poursuivi dans une affaire de blanchiment d'argent, et que défend Me Moulin
des renseignements qui auraient permis la dissimulation d'une partie du produit
d'un trafic de stupéfiants, une trentaine de kilos d'or, avant l'arrivée des
policiers. Selon l'accusation, des écoutes téléphoniques confirmeraient ces
faits.
Les barreaux et les organisations
d’avocats français dénoncent une atteinte aux droits de la défense. Le nouvel
article 434-7-2 a une portée générale et vise : "toute personne qui
du fait de ses fonctions a connaissance d'informations issues d'une
enquête" , et punit de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende
la révélation d'une information "de nature à entraver les investigations
ou la manifestation de la vérité" . Selon eux, il n'est pas toujours aisé
de répondre aux proches de leurs clients mis en cause dans des procédures
judiciaires sans entraver l'action de la justice. Ils avaient l’intention de
demander l'abrogation pure et simple de l'article 434-7-2 du Code pénal,
institué avec la loi Perben 2 du 9 mars 2004.
Selon ses avocats, l’état se santé
physique et psychologique de Me Moulin serait précaire et elle aurait été hospitalisée durant une journée à la demande du Parquet pour "des
examens psychologiques et physiologiques".
Lorsque la cour d'appel a examiné,
le jeudi 28 avril, la demande de remise en liberté déposée par les défenseurs
de Me Moulin, le parquet général s'est prononcé en sa faveur, mais il n’a pas
été suivi par la chambre de l'instruction. Les
conseils de l'avocate toulousaine ont déposé une seconde demande de
remise en liberté, qui devrait être examinée dans les quinze jours à venir.
D'autres démarches procédurales vont suivre.
La olupoart des barreaux ont
organisé des mouvements de protestation au cours de la journéee du 28 avril.
Ils avaient l’intention de demander l'abrogation pure et simple de l'article
434-7-2 du Code pénal, institué avec la loi Perben 2 du 9 mars 2004.
Le ministre de la Justice a annoncé
la mise en place d'un groupe de travail avec des avocats sur les garanties des
droits de la défense dans les affaires pénales et notamment sur la loi à
l'origine de l'incarcération de Me Moulin pour violation de l'instruction. A
l'issue de la réunion, ils ont souligné
qu'il était "exceptionnel" qu'ils
aient pu être reçu alors qu'une affaire est en cours et qu'ils étaient "satisfaits" de la poursuite d'une
réflexion autour des droits de la défense.
MERCI d’envoyer des
lettres en français ou dans votre propre langue afin :
- de
demander la cessation de l’incarcération de Me France Moulin qui ne peut être
qu’éventuellement susceptible de répondre d’éventuels manquements
déontologiques, s’il y a lieu, devant ses pairs.
- de
demander que les droits de la défense soient garantis et que les avocats
puissent exercer leur profession conformément aux instruments
internationaux auxquels la France est partie et plus particulièrement en
ce qui concerne les avocats aux textes destinés à guider les Etats dans la
promotion et surtout dans la concrétisation du juste rôle de l'avocat dans
la société et notamment les Résolutions et de Recommandations relatives au
rôle et à la profession de l'avocat comme les Principes de base relatifs
au rôle du barreau adoptés par le huitième Congrès des Nations Unies pour
la prévention du crime et le traitement des délinquants qui s'est tenu à
La Havane (Cuba) du 27 août au 7 septembre 1990 et, pour l’Europe, la Recommandation
du Comité des Ministres aux Etats membres sur la liberté d’exercice de la
profession d’avocat (adoptée par
le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe le 25 octobre 2000, lors de
la 727e réunion des Délégués des Ministres)
qui
exigent notamment que soient garantis par les Etats :
· un véritable "droit d'accès aux clients" sans restriction
ou entrave (Recommandation du Conseil de l'Europe : I, 5)
· un « total accès aux informations, renseignements et pièces des
dossiers » garantis tant par l’article 21 des Principes de base des Nations
Unies que par les points : I, 5,7 et 8) de la Recommandation du Conseil de
l'Europe.
· le « droit de ne pas être assimilés à leurs clients ou à la cause
de leurs clients du fait de l'exercice de leurs fonctions » (« Principes de
base des Nations Unies, article18)
FRANCE
April 19th
2005
Me France Moulin,
imprisoned
since April 19th 2005
pursuant
to new law of March 9th, 2004.
Me
France Moulin, a lawyer who is defending a client accused of money laundering
connected to drug traffic, was imprisoned on April 19th 2005
pursuant to new law of March 9th, 2004, so called Perben n° 2 (from the name of the French Ministry of
Justice in Duty) , under which she was charged for "divulging
information" to a friend of her client. Any lawyer suspected, during the
preliminary investigation stage, of having revealed information to parties who
may be implicated as defendant or accomplice may face a five year jail term. Me
France Moulin is the first person to be accused of infringing a new article of
the penal code, introduced a year ago amid strong criticism from barristers.
Lawyers
association say Moulin's case must not be allowed to pass as it would set a
dangerous precedent which, in their view, represents "an attack on the
rights of the defence". They are demanding the offending articles in the
law be repealed.
The
head of the Toulouse lawyers association Thierry Carrère has called on lawyers
throughout France to go on strike on 28 April, to press for the release of
France Moulin, a fellow barrister.
The
Orleans Court’s of Appeal refused to free Me Moulin.
The
Justice Minister on Thursday evening promised a working meeting with lawyers
association representatives in early May. A working committee for rewriting the
law was set up.
Please act now for the
release of Me France Moulin