Nouvelles intimidations en
décembre 2003 contre les défenseurs des droits de l'Homme au
Cameroun
Pour avoir contribué à l'élaboration du rapport
de la FIDH 2003 publié à Paris le 29 octobre 2003 : " La torture au
Cameroun, une réalité banale, une impunité systématique ", soumis au Comité
contre la torture, les membres des ONG camerounaises rencontrées par les
chargés de mission font l'objet d'une campagne de dénigrement et de
harcèlement extrêmement graves.
Le 10 décembre 2003, journée
internationale des droits de l'Homme, plusieurs radios locales, dont radio
Maroua qui émet dans le nord du pays, ont diffusé , la journée, des propos
discréditant les défenseurs des droits de l'Homme, les définissant comme des
" escrocs qui ternissent l'image du pays ".
Le 10 décembre également, une
femme venue de Yaoundé, est entrée au siège du Mouvement des droits de
l'Homme et des libertés (MDDHL), dirigé par Abdoulaye Math dans le nord du
pays, en se faisant passer pour sa femme. Celle-ci a refusé de sortir des
locaux, menaçant M. Math de porter plainte contre lui. M. Math et ses
collaborateurs ont appelé sans succès la police. Cette femme est restée dans
les locaux du MDDHL pendant plus de 24h, entravant les activités de cette
organisation.
Le 11 décembre, elle a attaqué physiquement M. Math, le
frappant avec une chaise. Les forces de police sont alors intervenues, ont
arrêté cette personne et M. Math et les ont conduit au commissariat central
de Maroua, où ils ont été retenus pendant la nuit " pour les besoins de
l'enquête ". Le 12 décembre, M. Math a été conduit à l'hôpital et les
médecins ont constaté qu'il avait le bras cassé. Ramené au commissariat, il
n'a été relâché que quelques heures plus tard, alors que la femme qui
l'avait agressée avait, quant à elle, été remise en liberté le matin.
L'Observatoire et Amnesty International ont toutes les raisons de penser que
cette femme a été instrumentalisée par les autorités camerounaises.
Le 19
décembre 2003, la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme
(Fidh) est une fois de plus montée au créneau, à travers les ondes de Radio
France internationale (Rfi) pour demander aux autorités camerounaises de
mettre fin aux actes d'intimidation et de harcèlement dont sont victimes
Adoulaye Math et d'autres défenseurs des droits de l'homme comme Mme
Madeleine Afité, Présidente de l'ACAT-Littoral à Douala, qui ont activement
contribué à l'élaboration du rapport FIDH. Ce rapport relevait pourtant,
exemples à l'appui, des cas de tortures au stade des enquêtes préliminaires,
des dysfonctionnements de la justice, des prisons devenues des mouroirs, des
détentions préventives illimitées.
1997-2003 : Sept années
d'agressions contre Abdoulaye Math .
Le cas de l'avocat Abdoulaye Math , président
national du Mouvement pour la défense des droits de l'homme et des libertés
(MDDHL) à Maroua , est révélateur :
Le 27 février 1997, il aurait été appréhendé alors qu'il allait
prendre un avion à destination de Yaoundé pour se rendre à un séminaire sur
les droits de l'homme aux Etats-Unis. Son crime ? Avoir organisé à Garoua
une conférence sur les atteintes à ces droits dans le Nord-Cameroun.
En mai 1999, il a fait l'objet d'une série de tentatives
d'assassinat menées par dix-huit gendarmes dirigés par un officier du nom de
Guillaume Pom. M. Math s'est vu obligé de se réfugier à Yaoundé pendant plus
de deux semaines. Lorsqu'il est rentré à Maroua en juin 1999, il a adressé
une lettre de remerciement à toutes les ONG qui lui avaient offert leur
soutien, en les citant nommément. Le nom du CNDHL n'y apparaît pas. Pour sa
défense, le comité affirme qu'il a pris la défense de M. Math en privé " en
contactant le gouvernement au plus haut niveau" mais il apparaît clairement
que ni Abdoulaye Math ni les ONG qui l'ont défendu activement n'étaient au
courant de cette démarche.
Le 27 août 2001, Abdoulaye Math, a été arrêté à Ngaoundéré dans
le nord du Cameroun, par des représentants du Centre national de recherches
extérieures (organisme qui réunit des membres des forces de sécurité de
plusieurs unités : police, gendarmerie, armée) Il se rendait de Maroua à
Yaoundé.
Il a été conduit au poste de police où un commissaire de police
l'a contraint à se déshabiller et lui a confisqué tous les papiers en sa
possession. Au cours des trois heures qui ont suivi, les policiers présents
auraient eu plusieurs conversations téléphoniques avec Yaoundé. Ceci laisse
supposer que des officiers supérieurs étaient au courant de l'arrestation
d'Abdoulaye Math et du traitement qui lui était infligé.
Le même jour,
vers 18 heures, Abdoulaye Math a été libéré sans inculpation et autorisé à
continuer son voyage. On ne lui a donné aucune explication, sinon que la
police recherchait un "document spécifique" qu'elle n'avait pas trouvé.
Lorsque Abdoulaye Math a contesté l'action des policiers il a été menacé et
on lui a dit " de ne pas poser de questions à Dieu".Malgré ses protestations
puis une plainte par lettre au Directeur Général du Centre national de
recherches extérieures de Yaoundé, ses papiers ne lui ont jamais été
rendus.
Le 29 octobre 2001, le bureau du MDDHL à Hardé, dans le nord du
Cameroun, a été saccagé et des documents importants ont été volés -
notamment des témoignages écrits de victimes de violations de droits
humains.
Le 16 janvier 2002, Abdoulaye Math, a été arrêté à Yaoundé
(Cameroun) par des responsables de la Direction Générale pour la Recherche
Extérieure (DGRE) , un organisme composé de membres des forces de sécurité
(police, gendarmerie, armée).
L'arrestation était intervenue au moment où
Abdoulaye Math se rendait à Dublin (Irlande) , où il devait faire un exposé
sur la situation des droits de l'homme au Cameroun à l'occasion de la
Plateforme des défenseurs des droits de l'homme, une conférence
internationale réunissant, entre autres personnalités, Mary Robinson, haut
commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Hina Jilani, rapporteur
spécial des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'homme, et
Bertie Ahern, Premier ministre d'Irlande.. Math a été gardé pendant cinq
heures, et son passeport a été confisqué.
Après son arrestation,
Abdoulaye Math a été conduit dans un poste de police où il a été détenu
pendant cinq heures. Son passeport et tous les documents en sa possession
lui ont été confisqués. Il a été remis en liberté vers 1 heure du matin par
un policier qui lui a déclaré : "Vous pouvez aller à l'hôtel puisque nous
savons que tous vos papiers sont ici." Ce jour (17 janvier), il a rencontré
le directeur du Centre national de recherche extérieure à qui il a demandé,
en vain, que ses papiers lui soient rendus.
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L'Observatoire,
programme conjoint de la FIDH et de l'OMCT, a vocation à protéger les
défenseurs des droits de l'Homme victimes de violations et à leur apporter
une aide aussi concrète que possible.
L'Observatoire a été lauréat
1998 du prix des Droits de l'Homme de la
République
Française.
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