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Selon les informations reçues, le 2 août
2008, Me Abderrouf Ayadi a été violemment agressé par le directeur de la
prison de Mornagia, M. Ibrahim Mansour, alors qu’il terminait une
visite de son client, M. Mohamed Hédi Ben Said, membre de la section
de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) de Bizerte . Le directeur de la prison avait exigé de
passer à la fouille sa serviette, ce que Me Ayadi a refusé. Il s’est
alors jeté sur lui en le violentant avec l’aide de trois de ses agents,
lui a arraché de force sa serviette et confisqué son téléphone portable,
qui était éteint. Suite à ces violences, Me Ayadi souffre d’une entorse
au poignet droit ainsi que d’hématomes sur le corps constatés par un
médecin. Il a porté plainte et le barreau a publiquement dénoncé cette
agression.
Cette agression s’inscrit dans le cadre de
la multiplication d’obstacles qui ont ciblé ces derniers jours les
avocats défenseurs de droits de l’Homme. En particulier, plusieurs
avocats, dont Me Radhia Nasraoui, Me Ridha Reddaoui, Me Zouari, Me
Mohamed Abbou, Me Saida Garrach, Me Mondher Cherni, Me Ayachi Hammami, Me
Khaled Krichi et Me Chokri Belaid, se sont vus opposer un refus par
l’administration pénitentiaire de leur permettre de rendre visite à leurs
clients et notamment ceux impliqués dans les affaires liées aux
protestations populaires du bassin minier de Gafsa, malgré les
autorisations dûment signées par le parquet.
L’Observatoire déplore avec la plus grande
vigueur les méthodes utilisées par les autorités tunisiennes à l’encontre
de Me Ayadi, qui témoignent d’une volonté de la part des autorités de
l’entraver dans ses activités de défense des droits de l’Homme, et
rappelle que Me Ayadi fait régulièrement l’objet d’actes de harcèlement
et de mauvais traitements (cf. rappel des faits). L’Observatoire dénonce
plus généralement la détermination constante avec laquelle les autorités
tunisiennes répriment toute activité de défense des droits de l’Homme.
Rappel des faits :
Le 14 mai 2008, une saisie arrêt sur les
biens et les comptes bancaires (privé et professionnel) de Me Ayadi a été
effectuée, sans qu’aucune notification préalable ne lui ait été
signifiée, comme l’exige la procédure. Cette saisie a été effectuée sur
la base d’une décision de taxation d’office émise en janvier 2008 par la
direction des impôts dans le cadre d’un redressement, pour un montant de
33 580 dinars tunisiens (28 121 dollars américains) et contre laquelle il
avait fait appel.
En réalité, une procédure d’expulsion est
engagée depuis février 2006 à l’instigation du ministère de la Justice.
La taxation d’office a débuté en août 2006, après que Me Ayadi ait reçu
la notification de la procédure d’expulsion de son ancien cabinet, sur la
base d’un jugement rendu le 8 août 2006 par le Tribunal de première
instance de Tunis au terme d’un procès entaché d’irrégularités.
Les inspecteurs des impôts ont depuis lors
procédé à ce redressement, alors même que Me Ayadi s’est toujours
acquitté régulièrement de ses redevances fiscales. Ce redressement a été
basé sur une évaluation erronée des dépenses de son ancien cabinet :
les inspecteurs avaient surévalué les loyers alors même qu’ils
disposaient des quittances réelles et refusé de prendre en considération
le fait qu’il partageait le cabinet avec Me Abbou, lui faisant ainsi
assumer toutes les charges. Ils avaient en outre considéré que ses
dépenses représentaient 30% de ses recettes et donc estimé ses ressources
à hauteur des 70% restant en y ajoutant les pénalités de retard
correspondant à ces montants « non déclarés ».
Les avocats de Me Ayadi ont fait appel de
cette décision.
Actions demandées :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir
écrire aux autorités tunisiennes en leur demandant de :
i. Garantir en toutes circonstances
l’intégrité physique et psychologique de Me Abderraouf Ayadi, Me Radhia
Nasraoui, Me Ridha Reddaoui, Me Zouari, Me Mohamed Abbou, Me Saida
Garrach, Me Mondher Cherni, Me Ayachi Hammami, Me Khaled Krichi et Me
Chokri Belaid ;
ii. Veiller à ce qu’un terme soit mis à
toute forme de menaces et de harcèlement, y compris judiciaire et fiscal,
à l’encontre de Me Abderraouf Ayadi, Me Radhia Nasraoui, Me Ridha
Reddaoui, Me Zouari, Me Mohamed Abbou, Me Saida Garrach, Me Mondher
Cherni, Me Ayachi Hammami, Me Khaled Krichi et Me Chokri Belaid, et de
tous les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens ;
iii. Se conformer aux dispositions de la
Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par
l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et plus
particulièrement à son article 1 qui prévoit que “chacun a le droit,
individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la
protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales aux niveaux national et international”, son article 6(b), selon
lequel “chacun a le droit, individuellement ou en association avec
d’autres, conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits
de l’Homme et autres instruments internationaux applicables, de publier,
communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et
connaissances sur tous les droits de l’Homme et toutes les libertés
fondamentales”, et son article 12.2 qui dispose que “l’Etat prend toutes
les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes
protègent toute personne, individuellement ou en association avec
d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de
facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de
l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;
iv. Plus généralement, se conformer aux
dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et
instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme
ratifiés par la Tunisie.
Adresses :
* M. Zine el-Abidine Ben Ali,
Président de la République, Palais de Carthage, 2016 Carthage, Tunisie,
Fax : +216 71 744 721 ou +216 71 731 009
M. Mohamed Ghannouchi, Premier
Ministre, Secrétariat Général du Gouvernement, Rue de la Kasbah, 1008
Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 562 378
M. Rafik Belhaj Kacem, Ministère de
l’Intérieur et du Développement local, Avenue Habib Bourguiba, 1001
Tunis, Tunisie, Fax : ++ 216 71 340 888 ; Email : mint@ministeres.tn
M. Kamel Morjane, Ministère de la
Défense Nationale, Avenue Bab Mnara, La Kasbah, 1008 Tunis, Tunisie,
Fax : +216 71 561 804
M. Bechir Tekkari, Ministère de la
Justice et des Droits de l’homme, 57, Boulevard Bab Benat, 1006 Tunis,
Tunisie, Fax : +216 71 568 106 ; Email : mju@ministeres.tn
MERCI D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
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