Selon les informations reçues par l’Observatoire,
Me Raouf Ayadi, avocat, membre et ancien secrétaire général du Conseil national pour les libertés en Tunisie
(CNLT) , a reçu, le 18 janvier 2005, un appel anonyme le menaçant de mort s’il
ne se dessaisissait pas de l’affaire du Forum démocratique pour le travail et
les libertés (FDLT, parti d’opposition), dans laquelle il défend M. Mustapha
Ben Jaafar, secrétaire général du FDTL.
De plus, le 15 janvier 2005, Me Ayadi a
été insulté et menacé par un délinquant, dans le cadre d’une affaire civile, en
présence d’un commissaire de police qui a par la suite refusé de dresser un
procès-verbal, malgré la demande expresse de Me Ayadi.
En outre, début janvier, Me Ayadi a été
informé, par courrier, de la résiliation sans préavis du contrat de location de
son cabinet, sans que le motif de cette décision ne lui soit communiqué. A ce
jour, Me Ayadi est toujours menacé d’expulsion.
L’Observatoire rappelle que Me Raouf
Ayadi fait l’objet de menaces et d’actes de harcèlement récurrents depuis
plusieurs années, à l’instar de nombreux avocats militants des droits de
l’Homme en Tunisie. Ses déplacements et son cabinet sont constamment surveillés,
et sa clientèle est régulièrement soumise à des actes d’intimidation par les
forces de l’ordre. En novembre 2003, Me Ayadi a fait constater par le Conseil
de l’ordre cette surveillance permanente et a porté plainte contre le ministère
de l’Intérieur pour entrave à ses activités professionnelles. Toutefois, aucune
suite n’a jamais été donnée à cette affaire.
En outre, selon les informations
reçues, le siège du CNLT, situé rue Abou Dhabi, à Tunis, a été encerclé par un
important dispositif policier à l’occasion de son assemblée générale le 16
janvier 2005. Les forces de l’ordre ont en effet quadrillé le quartier et ont
fait savoir aux militants qu’elles avaient reçues des instructions fermes pour
interdire la réunion de cette association, et ce par tous les moyens.
La tenue de l’assemblée générale du CNLT
avait été reportée au 16 janvier suite à la dispersion violente de membres du
CNLT par les forces de l’ordre le 11 décembre 2004. A cette date, les membres
du CNLT ont en effet été empêchés de se réunir au siège de leur organisation
par un dispositif de près de 150 policiers. Ces derniers ont tenté d’empêcher
les activistes d’accéder aux locaux en les agressant verbalement et
physiquement, avant de les disperser violemment.
A cette occasion, M. Mongi Ben Salah, syndicaliste et vice président de
la section Monastir de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), a été
traîné sur plusieurs dizaines de mètres, insulté et roué de coups au visage et
au ventre. MM. Lofti Hidouri et Nourredine Ben Ticha, trésoriers
du comité de liaison du CNLT, ont été violemment frappés. Mme Sihem
Bensedrine, porte-parole du CNLT, et M. Ahmed Kilani, membre, ont
été bousculés, alors qu’ils tentaient de s’interposer. De plus, les victimes de
ces agressions ont été harcelées par les policiers jusqu’à l’intérieur des
centres médicaux où ils ont été soignés. Ces personnes ont porté plainte devant
le procureur de la République, mais aucune suite n’a été donnée à ce jour.
L’Observatoire rappelle que le CNLT n’est
toujours pas reconnu par les autorités tunisiennes en dépit de ses nombreuses
requêtes en ce sens, tout comme les organisations de défense des droits de
l’Homme suivantes : l’Association
internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), l’Association de
lutte contre la torture (ALTT), le Centre tunisien pour l’indépendance de la
justice et des avocats (CIJA), le Rassemblement pour une alternative
internationale de développement (RAID),
la Ligue des écrivains tunisiens libres (LEL).
L’Observatoire est vivement préoccupé par
ces faits qui illustrent une nouvelle fois les graves entraves posées à la
liberté de rassemblement en Tunisie et les actes de violence et de harcèlement
constants dont sont l’objet les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens.
Actions demandées :
Merci d’écrire aux autorités tunisiennes
et de leur demander de :
i.
Procéder à l’enregistrement du Conseil national pour les libertés
en Tunisie, ainsi qu’à celui des autres organisations indépendantes de défense
des droits de l’Homme dont la reconnaissance légale a été jusqu’à présent
refusée ;
ii. Mettre un terme à
tout acte de harcèlement à l’encontre des membres du CNLT et de tous les
défenseurs des droits de l’Homme tunisiens ;
iii. Se conformer aux
dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme adoptée
par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, notamment à son
article premier qui dispose que « chacun a le droit, individuellement ou
en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des
droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et
international », à son article 5.a selon lequel « afin de promouvoir
et protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, chacun a le
droit, individuellement ou en association avec d’autres, de se réunir et de se
rassembler pacifiquement. », et à son article 9.3.c selon lequel
« chacun a le droit individuellement ou en association avec d’autres
d’offrir et de prêter une assistance juridique professionnelle qualifiée ou tout
autre conseil et appui pertinents pour la défense des droits de l’Homme et des
libertés fondamentales. » .
iv. Se conformer plus
généralement aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de
l’Homme et des instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme liant
la Tunisie.
Adresses :
- M. Zine el-Abidine Ben Ali, Président de la République, Palais de Carthage, 2016 Carthage, Fax: +216 71 744 721 ou +216 71 731 009
- M. Mohamed Ghannouchi, Premier Ministre, Secrétariat Général du Gouvernement, Rue de la Kasbah, 1008 Tunis, Fax: +216 71 562 378
- M. Hédi M’henni, Ministère de l’Intérieur et du Développement local, Avenue Habib Bourguiba, 1001 Tunis, Fax: +216 71 354 331 ; e-mail : mint@ministeres.tn
- M Dali Jazi, Ministère de la Défense Nationale, Avenue Bab Mnara, La Kasbah, 1008 Tunis, Fax: +216 71 561 804
- M. Bechir Tekkari, Ministère de la Justice et des Droits de l’homme, 57, Boulevard Bab Benat, 1006 Tunis, Fax : +216 71 568 106 ; email : mju@ministeres.tn
- S.E M. Habib Mansour, Mission permanente de la Tunisie, 58 Rue Moillebeau, Case postale 272, 1211 Genève 19 ; Fax : +4122 734 06 63 ; email : mission.tunisia@ties.itu.int
APPEL
URGENT-L’OBSERVATOIRE
TUN 001 / 0105 / OBS 007
Menaces de mort / entraves à la liberté de réunion