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Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo est décédé dans la nuit du 27 décembre 2008, des
suites d’un accident sur la route de Damara. Il revenait de Sibut (188 km), où il
s’était rendu pour recueillir des témoignages pour préparer l’audience de
la Cour Pénale Internationale (CPI) prévue début janvier et destinée à la
confirmation des charges contre l’ancien vice-président de la République
Démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba. Son véhicule serait entré en collision
avec un camion, le tuant sur le coup ainsi que deux femmes qui
l’accompagnaient. Une enquête est
ouverte, pour déterminer les circonstances exactes du drame. Un
groupe de défenseurs des droits de l’Homme et de journalistes s’est rendu
dimanche sur les lieux de l’accident afin d’en comprendre les
circonstances. Il revenait d’une mission auprès des victimes qu’il allait
représenter devant la CPI.
Après le barreau de Grenoble,
en France, Me Goungaye s’était installé à
Bangui où il s’était illustré dans la défense acharnée des victimes des
exactions commises par les troupes de Jean-Pierre Bemba, soupçonnées de
viols, tortures, traitements dégradants, pillages et de meurtres, sur le
territoire de la République centrafricaine pendant la période allant du
25 octobre 2002 au 15 mars 2003.
Depuis
2003, Me Nganatouwa
Goungaye Wanfiyo,
était président de la Ligue centrafricaine des droits de l'homme (LCDH) membre
de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et
Conseiller auprès de la Cour Pénale Internationale. Il luttait
inlassablement contre les violations des droits de l’Homme, commises par
toutes les parties aux différents conflits qui se succèdent en RCA, pour
la défense des victimes de ces crimes, dénonçant encore très récemment
l’exclusion de ces victimes du dialogue national dans son pays.
Il n'a jamais ménagé le
régime Patassé. Il défendait d'ailleurs les victimes dans les procédures
lancées par la CPI contre Jean-Pierre Bemba, allié de l'ex-président
centrafricain et il venait de recueillir des témoignages dans l'intérieur
du pays quand il est mort.
Sans concession, Me Goungaye Wanfiyo l'était
aussi avec le régime du François Bozizé Yangouvonda, président de la République depuis le
coup d’État du 15 mars 2003 . Il dénonçait sans
relâche les jeux politiciens, la prédation, le tout avec un sens de la
formule qui faisait mouche. Il avait ainsi accusé le président Bozizé de se servir de la Centrafrique comme d'un «
butin de guerre ». Le président de la Ligue centrafricaine des droits de
l'homme dénonçait aussi les graves exactions des rebelles, des militaires
contre les populations du nord du pays.
Me Nganatouwa
Goungaye Wanfiyo
était ainsi résolument engagé dans les procédures en cours devant la Cour
pénale internationale (CPI), en faveur de la défense des droits des
victimes. Me Goungaye Wanfiyo,
en sa qualité de Conseiller auprès de la Cour Pénale Internationale,
maîtrisait parfaitement les procédures de saisine de ladite institution.
Quand Jean Pierre Bemba Gombo a été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles, Me
Goungaye Wanfiyo
s’était réjoui de la victoire de la Justice contre l’impunité. Il
s’apprêtait à représenter devant la CPI de nombreuses victimes dans
l’affaire Jean-Pierre Bemba.
Fervent défenseur des
victimes Me Nganatoua Goungaye
Wanfio
avait pris une part active aux assises du Dialogue Politique Inclusif (DPI), s’opposant notamment à la
demande de démission de Bozizé, et soutenant le
principe de la formation d’un gouvernement de transition au lendemain de
ce forum. Il y défendait les droits des victimes des évènements du 25
octobre 2002 à obtenir réparation des dommages et sévices qu’ils ont
subis. Il attirait l’attention de la communauté nationale et
internationale sur le risque de passer
aux pertes et profits les droits des victimes des multiples crises que la
République Centrafricaine a connues.
Il avait une parfaite
maîtrise du dossier des évènements du 25 octobre 2002. Il avait assisté la commission d’enquête
de la FIDH à mener les investigations, à déceler la plupart des victimes,
qui ont accepté de témoigner. Le
président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme s’était
également investi à la tenue du dialogue politique inclusif auquel il a
pris une part active. Avec d’autres compatriotes, il avait créé un front
qui était une sorte de manifeste pour la tenue d’un dialogue politique
véritablement inclusif.
Pour l’ensemble de ses
activités, Me Nganatouwa Goungaye
Wanfiyo faisait l’objet de nombreuses menaces
et tentatives d’intimidations. Sa détermination lui avait attiré aussi
beaucoup d’ennemis, surtout dans la haute sphère du pouvoir à cause de
l’acharnement de son combat pour la défense et la promotion des droits de
l’homme en République
Centrafricaine.
Il avait, trois mois
avant sa mort fait l’objet d’une arrestation, quelque peu rocambolesque,
pour n’avoir pas, dit-on, respecté le cortège
du Chef de l’Etat, alors que le Chef de l’Etat lui-même ne se trouvait pas à bord de
son véhicule. Me Goungaye Wanfiyo
avait été conduit manu militari à
la Section de Recherche et d’Investigation (SRI) considérée comme la
police politique du régime actuel. L'avocat disait qu'on ne le ferait
jamais taire et de fait, il ne s'est jamais tu, jusqu'à ce
drame, sur la route.
Il avait été menacé de mort à plusieurs
reprises. Le 17 juin 2008, Me Goungaye Wanfiyo a été abordé dans la rue par un inconnu, qui
l’a informé que « quelque chose se tramait » contre lui et
qu’il devait faire très attention à ce qu’il ne lui arrive pas la même
chose qu’à Me Nicolas Tiangaye, ancien
président de la LCDH, et Me Bandassa, faisant
référence à l’attaque du domicile du premier par des hommes armés en
janvier 2006[1] et à l’assassinat du second, le 12 juin 2006. L’inconnu
lui a également précisé que, lors d’une réunion qui se serait tenue au
début du mois de juin 2008 en présence de membres des forces armées, il
aurait été dit que Me Goungaye Wanfiyo « a fait délivrer un mandat d’arrêt
contre le Président Bozizé pour faire procéder
à son arrestation par la Cour pénale internationale ». Certains des
participants auraient alors demandé aux militaires d’agir en conséquence.
A ses parents, il avait même
précisé qu’il ne pouvait traverser le PK 12 sans subir des menaces. Apprenant
la nouvelle, beaucoup de ses proches et ses confrères ont eu quelques appréhensions,
car les menaces de mort à l’encontre de Me Goungaye
Wanfiyo se faisaient de plus en plus
pressantes. Un juriste de renom a même émis l’idée d’un commission
d’enquête internationale neutre pour mieux déterminer les circonstance de
l’accident qui a coûté la vie à l'avocat des victimes des affres du 25
octobre 2002 .
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