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Deux avocats algériens engagé dans la défense des droits des
familles de disparus, Me Amine Sidhoum Abderramane, membre
de l’ONG SOS Disparu(e)s, et Me Hassiba Boumerdassi, avocate
membre du CFDA font l’objet d’actes de harcèlement judiciaire
Selon les informations reçues, le 18 septembre 2006, M. Sidhoum a
comparu devant la 8ème Chambre du tribunal de Sidi M’hamed à
Alger, pour répondre des charges de « discrédit sur une décision de
justice » et d’« outrage à un corps constitué de l’Etat »,
sur la base des articles 144 bis, 144 bis 1, 146 et 147 du Code pénal
(cf. rappel des faits).
Après plusieurs heures d’attente, Me Sidhoum a été entendu par le
juge d’instruction. Au terme de cette audition, le juge a ordonné sa mise
en liberté provisoire, ainsi que le maintien des charges, pour lesquelles
M. Sidhoum encourt une peine de trois à six ans de prison ferme et une
amende comprise entre 2 500 et 5 000 euros.
Parallèlement, Me Sidhoum a été auditionné le 10 septembre 2006 par
le juge d’instruction de la 1ère chambre de Bab El Oued, dans
le cadre de poursuites engagées à son encontre pour « introduction
d’objets non autorisés à la prison », sur la base de l’article 166 du
Code de réglementation des prisons et de la réinsertion des prisonniers,
ainsi que des articles 16 et 31 du Code de la sécurité des prisons, texte
juridique que les avocats de Me Sidhoum n’ont pu se procurer jusqu’à
aujourd’hui. Il doit à nouveau se présenter devant le juge le 25
septembre 2006 (cf. rappel des faits).
Par ailleurs, l’Observatoire a été informé que Me Hassiba
Boumerdassi a reçu une convocation l’informant qu’elle devrait se rendre
le 25 septembre 2006 au tribunal de Bab El Oued, pour répondre des
charges d’« introduction d’objets non autorisés à la prison ».
Ces poursuites se fondent sur le fait que Me Boumerdassi a fourni à l’un
de ses clients détenus, avec l’autorisation du gardien de prison, un
exemplaire de son procès-verbal d’audition. Elle a déjà été convoquée une
première fois le 10 septembre 2006.
L’Observatoire exprime sa plus vive préoccupation au regard de ce
harcèlement judiciaire à l’encontre de Me Sidhoum et de Me Boumerdassi,
qui s’inscrit dans un contexte d’intimidation et de harcèlement auquel
sont confrontés les défenseurs algériens, impliqués dans la défense des
familles de disparus.
L’Observatoire s’inquiète d’autant plus de ces poursuites
judiciaires que l’Algérie, qui a été élue au sein du nouveau Conseil des
droits de l’Homme des Nations unies le 9 mai dernier, s’est engagée
publiquement en mars 2006 à prendre plusieurs engagements en faveur de la
protection et de la promotion des droits de l’Homme si elle était élue au
sein de ce Conseil, notamment « en plaidant pour un traitement égal
des droits de l’Homme [...] et [en privilégiant] le dialogue et la
concertation […] ».
Rappel des
faits :
Le 12 mai 2006, lors de la 39ème session de la
Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), qui se
tenait à Banjul (Gambie) du 11 au 25 mai 2006, et à la veille de son
intervention au nom de la FIDH sur la situation des droits de l’Homme sur
le continent, portant notamment sur les conséquences de l’adoption de la
Charte de réconciliation nationale[1][1] en Algérie, M. Sidhoum a
été menacé par un représentant de la délégation algérienne, afin de le
dissuader de s’exprimer devant la Commission. Celui-ci a tenu à lui
« rappeler » que s’il persistait à présenter son intervention,
il serait « passible de trois à cinq ans de prison dès [son retour]
en Algérie ». Du fait de ces menaces, M. Sidhoum n’a pu intervenir
oralement le 13 mai 2006.
Les menaces de ce représentant officiel se fondent sur l’article 46
de l’ordonnance du 27 février 2006, portant sur la mise en œuvre de la
Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Cette ordonnance
prévoit en effet une peine allant de trois à cinq ans d’emprisonnement et
une amende de 250 000 à 500 000 dinars algériens (environ 2830 à 5660
euros) pour « quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout
autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie
nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République
algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à
l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir
l’image de l’Algérie sur le plan international ».
Le 23 août 2006, Me Sidhoum avait reçu une convocation du juge
d’instruction du tribunal de Sidi M’Hamed à Alger, qui l’informait d’une
plainte déposée à son encontre par le ministre de la Justice pour
« diffamation », à la suite de la publication, le 30 mai 2004,
dans le quotidien arabophone El
Chourouk, d’un article intitulé « Aoufi passe son trentième mois
en détention ».
Selon l’auteur de l’article, Me Sidhoum aurait déclaré que l’un de
ses clients était détenu depuis trente mois à [la prison de] Serkadji
« suite à une décision arbitraire rendue par la Cour Suprême ».
Le ministre de la Justice estimait que de telles paroles avaient
« jeté le discrédit sur une décision de justice et porté outrage à
un corps constitué de l’Etat ». Toutefois, au moment où Me Sidhoum
aurait tenu de tels propos, aucune décision n’avait encore été rendue par
la Cour suprême, qui ne s’est prononcée que le 28 avril 2005, soit un an
après la publication de l’article.
Parallèlement, le 22 août 2006, Me Sidhoum avait été convoqué en
tant qu’« accusé » par le juge d’instruction du tribunal de Bab
El Oued pour « introduction d’objets interdits à un détenu »,
en vertu de l’article 166 du Code de la réforme pénitentiaire et de la
réinsertion des détenus, suite à la découverte de deux cartes de visites
à son nom chez l’un de ses clients détenus.
Actions demandées :
L’Observatoire vous prie d’écrire aux autorités algériennes et de
leur demander de :
i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et
psychologique de M. Amine Sidhoum Abderramane et de Mme
Boumerdassi ;
ii. Mettre un terme immédiat à toute forme de harcèlement, y
compris judiciaire, à leur encontre, ainsi qu’à l’encontre de tous les
défenseurs des droits de l’Homme algériens ;
iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l’Homme, et plus particulièrement à son article
1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association
avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits
de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et
international”, ainsi que son article 12.2, qui dispose que “l’Etat prend
toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes
protègent toute personne, individuellement ou en association avec
d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de
l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;
iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la
Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et
internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par l’Algérie.
Adresses :
- M. Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, Présidence,
El-Mouradia, Alger, Tél : 00 213 21 69 15 15; Fax : 0 21 69 15 95
- M. Farouk Ksentini, Président de la Commission nationale
consultative des droits de l’Homme, Avenue Franklin Roosevelt, Allée du
Peuple, 16000 Alger, Tél : +00 213 (0) 21230311 / 230214;
- M. Amar Saadani, Président de l’Assemblée populaire
nationale, 18 boulevard Zirouf Youcef, 16000 Alger, Tél : 00 213 021 73
86 00 / 10
- M. Noureddine Yazid Zerhouni, Ministre de l’Intérieur, Ministère
de l’Intérieur et des Collectivités Locales, de
l’Environnement et de la Réforme Administrative, Rue du Docteur
Saâdane, Alger ; Tél : 00 213 (0) 21 73 23 40 / 00 213 (0) 21 73 23 48 /
00 213 (0) 21 73 12 00 00 213 ; Fax : (00 213 0) 21 92 12 43
- M. Tayeb Belaiz, Ministre de la Justice, Ministère de la
Justice 08, Place de Bir - Hakem. El-Biar, Alger ; Tél : 00 213 (0) 21 92 16 08 ; Fax : 00 213
(0) 21 74 76 64
- Ambassadeur M. Idriss Jazaïry, Mission permanente de la
République algérienne démocratique et populaire auprès des Nations unies
à Genève, 308 route de Lausanne, 1293 Bellevue, Suisse. Fax : + 41
22 774 30 49. Email : mission.algérie@mission-algérie.ch
MERCI
D’ENVOYER LES APPELS IMMEDIATEMENT.
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