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TUNISIE
RADHIA NASRAOUI
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L'avocate Radhia Nasraoui, inlassable militante pour la défense des libertés et des droits humains en Tunisie a entamé le 15 octobre 2003, à l'occasion de l'ouverture de l'année judiciaire, une grève de la faim "pour la défense de [sa] dignité en tant qu'avocate et en tant que citoyenne".
Cible
depuis de nombreuses années d'actes de harcèlement et d'agression en raison de
son activité en tant qu'avocate de prisonniers politiques et en tant que défenseur
des droits de l'Homme. , Maître Radhia Nasraoui,49 ans, avocate au Barreau de
Tunis, militante infatigable des droits de l'Homme, s'est mise en grève de la
faim, le 15 octobre 2003, pour défendre sa dignité en tant qu'avocate et
citoyenne, pour que cesse le harcèlement dont elle fait l'objet ainsi que sa
famille, en raison de son combat en faveur des droits de l'Homme, des
prisonniers d'opinion et de sa dénonciation de la torture. Elle est membre du
conseil exécutif de l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT). Son geste a
soulevé un immense appui en Tunisie et dans le monde, mais les autorités
tunisiennes n'ont pas bougé. Le 12 novembre, en grève de la faim depuis 29 jours, Radhia Nasraoui
a du être hospitalisée ce matin à la suite d'un malaise. Les médecins ont
conclu à une grande déshydratation et à des troubles rénaux importants et lui
ont prescrit des perfusions, qu'elle a pour l'instant refusées, et des examens
plus poussés. Le 10
décembre, elle a annoncé la fin de sa grève de la faim dans un communiqué.
(Lire ci-après). r Communiqué
de Radhia Nasraoui (Traduit de l'arabe) Répondant
à votre appel chaleureux et fraternel, j'ai décidé, en ce 10 décembre 2003 date
commémorative du 55ème anniversaire de la Déclaration Universelle
des droits de l'Homme, de mettre un terme à la grève de la faim que j'avais
entamé le 15 octobre dernier "pour défendre ma dignité de citoyenne et
d'avocate". C'est l'occasion pour moi, de vous adresser à
vous toutes et à vous tous, mes ami(e)s que vous soyez en Tunisie ou à
l'extérieur du pays, l'expression de mes remerciements car vous avez été ,
durant ces 57 jours au cours desquels vous m'avez accompagnée, mon soutien le
plus réconfortant. En
réalité, c'est ensemble que nous avons livré ce combat qui, pour modeste qu'il
soit, nous a permis de démasquer un peu plus le détestable visage de la
dictature policière qui règne sur notre
pays, privant les tunisiens et les tunisiennes de leurs droits les plus
élémentaires et criminalisant toutes les tentatives qu'ils mènent pour exercer
effectivement ces droits. La
grève de la faim est un acte de protestation certes individuel qui, de ce fait,
ne peut bouleverser le cours des choses et le véritable changement demeure bien
entendu le fruit des luttes et des efforts collectifs. Nous devons être
conscients de cette vérité mais si le recours à la grève de la faim est devenue
un phénomène si fréquent en Tunisie, cela peut s'expliquer par l'absence des
libertés. C'est cette absence qui pousse les victimes de l'injustice et de
l'oppression à mettre leurs vies en danger pour des revendications, dans
certains cas, les plus élémentaires. Ce
faisant, cela révèle aussi notre faiblesse, celle des forces démocratiques et
progressistes qui se trouvent dans l'incapacité d'assurer la mobilisation qui
peut permettre au peuple d'affronter directement l'injustice, l'exploitation,
la corruption et les humiliations pour mettre un terme à la dictature et pour
jeter les bases d'un régime démocratique qui garantit la liberté et l'égalité
tout en réalisant la justice sociale et la dignité nationale. Cette
issue est inéluctable si nous voulons sortir notre pays de la situation dans
laquelle il se trouve. On ne
peut rien attendre du pouvoir personnel et despotique de Ben Ali et celui qui
pense qu'il pourrait en être autrement se berce d'illusions. Vous avez vu
comment, au cours de cette grève, les autorités ont opté délibérément, après
avoir observé pendant un long moment le silence, pour le choix du mensonge, de
la tromperie et des dénégations systématiques. Dans
une première intervention, leur représentant m'a reconnu, ainsi qu'à tous les
tunisiens, le droit à une seule liberté, celle de "mourir". Et dans
une seconde intervention, un autre des représentants de ce pouvoir n'a pas
trouvé d'autre argument pour répondre à mes légitimes revendications que de
prétendre que j'étais "folle". Messieurs Ridha Khemakhem et Hatem Ben
Salem – puisque c'est d'eux qu'il s'agit – n'ont pas réalisé en répondant ainsi
aux seuls médias étrangers confirmant leur mépris pour l'opinion publique en
Tunisie, qu'ils apportaient par l'outrance de leur propos, un nouveau
témoignage de la nature dictatoriale et policière du régime Ben Ali qu'ils
servent avec tant de zèle. Les systèmes dictatoriaux et fascistes sont les seuls qui ne
reconnaissent au citoyen que le "droit à la liberté de mourir" et qui
considèrent toute opposition ou toute critique à leur égard comme procédant de
"la folie". Vous avez, par ailleurs, sans doute eu l'occasion d'écouter,
au cours de cette grève les déclarations du Président français Jacques Chirac
sur les Droits de l'Homme à l'occasion de sa visite en Tunisie. A l'entendre,
la liberté et la dignité constituent des revendications accessoires pour notre
peuple qui ne peut être convaincu que par la possibilité de manger et de
bénéficier des soins et de l'enseignement. Ces propos procèdent, à mes yeux,
d'une logique de type raciste et coloniale que je récuse avec la plus grande
fermeté. De même que vous avez, sans doute, pris connaissance des
déclarations du Secrétaire d'Etat américain aux affaires étrangères Colin
Powell, reprises par les medias tunisiens, tressant les louanges à la dictature
policière qui sévit dans notre pays. Tout cela confirme de façon éloquente que les motivations
des gouvernements français et américains reflètent les intérêts colonialistes
de leurs Etats et non ceux du peuple tunisien qui aspire à la liberté, la
démocratie et la vie dans la dignité. La conclusion que j'en tire est que la liberté, la
démocratie, les droits Humains sont des acquis qui ne peuvent être réalisés que
par un peuple libre, indépendant et qui compte pour cela sur ses propres
capacités. Nos amis, à l'étranger, et ceux de notre peuple sont les démocrates
et les progressistes qui sympathisent réellement, quant à eux, avec nos causes
et qui dénoncent les positions de leurs régimes et de leurs gouvernants ainsi
que leurs complicités avec la dictature policière à laquelle notre pays est
confronté. Ceux là sont, heureusement,
nombreux et leur sympathie nous est acquise. En conclusion, je voudrais dire que mes pensées, à cet
instant et en ce jour, vont aux centaines de prisonniers d'opinion qui meurent
à petit feu dans les geôles de Ben Ali et aux milliers d'anciens détenus
privés, ainsi que leurs familles, des
droits les plus élémentaires, y compris leur droit au travail et aux soins. Mes
pensées vont aussi 'à tous ceux qui ont été contraints à l'exil. Je vous promets de consacrer ce qu'il me reste d'énergie, de
force et d'espérance de vie pour poursuivre avec vous le Combat pour la
liberté, la démocratie, l'égalité effective et totale – en particulier entre
femmes et hommes - , la justice sociale et, de façon explicité et claire, pour
l'amnistie générale en faveur des victimes de la répression, pour le respect
des libertés individuelles et publiques et les droits de l'Homme et pour barrer
la route d'une présidence à vie octroyée à Ben Ali. Je vous renouvelle, enfin, chaleureusement l'expression de
mes remerciements et de ma gratitude. Avec l'espoir de vous retrouver, en d'autres occasions, sur le chemin des luttes et des libertés. Radhia Nasraoui 10 décembre 2003 r |