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Eren Keskin, avocate au barreau d’Istambul, est la
directrice de la section d’Istanbul de cette organisation. Saban Dayanan est
son secrétaire, et Dogan Genç coordonne les activités de l’IHD dans la région
de Marmara, qui comprend Istanbul. Ils ont tous trois reçu des
lettres de menaces à leur domicile et sur leur lieu de travail le 19 avril.
Elles étaient signées par la Türkçü Intikam Tugayi (TIT, Brigade turque de
vengeance), un groupe ultranationaliste qui avait revendiqué l’attaque armée
dont avait été victime en 1998 Akin Birdal, alors président de l’IHD. Ce
dernier avait été grièvement blessé. Amnesty International estime que
ces trois membres de l’Insan Haklari Dernegi (IHD, Association turque pour la
défense des droits humains) sont en
grand danger. Depuis quelque temps, on assiste à
une montée de l’ultranationalisme en Turquie. C’est un groupe d’enfants qui a
mis le feu aux poudres le 21 mars, en tentant de brûler un drapeau turc dans le
sud-est du pays, à Mersin. Cet épisode a déclenché des manifestations en
hommage à la bannière turque aux quatre coins du pays. Un responsable de
l’état-major de l’armée a qualifié les enfants de «prétendus citoyens». Le 6
avril, dans la ville de Trabzon (nord de la Turquie), cinq militants qui
distribuaient des tracts dénonçant l’isolement cellulaire dans les prisons
turques auraient failli être lynchés par une foule qui les soupçonnait de
vouloir brûler un drapeau turc. Depuis lors, des événements similaires ont eu
lieu dans l’ensemble du pays. Les lettres de menaces
mentionnaient l’incident du drapeau et indiquaient que tout devait être fait
pour protéger l’emblème de la Turquie, «un symbole de l’histoire de la nation,
écrite en lettres de sang». Elles faisaient également référence à la tentative
d’assassinat perpétrée par la TIT contre Akin Birdal, grièvement blessé par
balles par deux militants de cette formation en mai 1998 au siège de l’IHD, à
Istanbul. Les messages indiquaient par ailleurs que Eren Keskin, Saban Dayanan
et Dogan Genç risquaient d’avoir moins de chance qu’Akin Birdal, qui avait
survécu à son agression. Eren Keskin est la cible de menaces
de mort depuis des années. Celles-ci se sont multipliées lorsqu’elle a défendu
en justice Abdullah Öcalan, dirigeant du groupe d’opposition armé Partiya
Karkeren Kurdistan (PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan). Pour obtenir de
plus amples informations, veuillez consulter l’AU 92/01, EUR 44/022/01 du 10
avril 2001 et sa mise à jour, EUR 44/036/01 du 6 juin 2001. Cette femme a été
poursuivie en justice à de nombreuses reprises en raison de ses activités de
militante des droits humains. Ainsi, le 5 avril, un tribunal de Tunceli l’a
condamnée à cinq mois d’emprisonnement pour un discours qu’elle avait prononcé
dans cette ville de l’est de la Turquie en novembre 2002, lors d’une conférence
sur le «rôle des femmes au sein de la société». Elle avait déclaré que la
torture lui paraissait être une pratique systématique en Turquie, et qu’il lui
semblait que toutes les femmes détenues finissaient par être victimes, tôt ou
tard, d’une forme de harcèlement sexuel en prison. Eren Keskin a été condamnée
en vertu de l’article 159 du Code pénal turc pour avoir «insulté et dénigré l’État
turc et ses forces de sécurité». Sa peine d’emprisonnement a par la suite été
convertie en une amende de 1 050 nouvelles livres turques (soit environ 600
euros). Saban Dayanan a quant à lui été blessé à l’arme blanche par un homme
qui s’était introduit de force dans le bureau istanbuliote de l’IHD en novembre
2001. Il était armé d’un pistolet et d’un couteau et avait menacé de tuer tous
les membres du personnel (voir l’AU 272/01, EUR 44/076/01 du 25 octobre 2001 et
sa mise à jour, EUR 44/083/01 du 15 novembre 2001). INFORMATIONS GÉNÉRALES
Eren
Keskin, née à Bursa, le 24 mai 1959, est avocate au barreau d’Istambul. Son
engagement pour la défense des droits fondamentaux de la personne humaine est
constant, et son courage devant la violence et l’injustice ne s’est jamais
démenti. Elle paie chèrement cette lutte pour le droit et la justice. Condamnée
une première fois en 1995, elle subit
une peine d’emprisonnement qui lui valut d’être adoptée en qualité de prisonnière
d’opinion par Amnesty International. Outre les
multiples procédures judiciaires auxquelles elle doit faire face, Eren
Keskin en janvier 2003, s’est vue
frappée d’une suspension de sa licence d’avocat pour un an, en application d’une décision de l’Union des
barreaux turcs remontant à sept ans. Cette décision surprenante émanant
d’organismes qui avaient habitué à un comportement plus conforme aux principes
de la liberté d’expression, a entraîné de vives protestations des défenseurs
des droits humains, et d’Amnesty International en particulier. Fondée en 1986, l’Insan Haklari
Dernegi (IHD, Association turque pour la défense des droits humains) est la
principale organisation turque de défense des droits humains. Elle a très
ouvertement condamné les violations des droits humains et les exactions
perpétrées aussi bien par les autorités que par les groupes armés d’opposition
; de ce fait, elle a été la cible de maintes attaques. Des responsables de
cette organisation ont été menacés, arrêtés, poursuivis en justice, torturés,
enlevés et tués ; ses bureaux ont été saccagés, fermés et démolis par des
attentats à la bombe. Depuis 1991, au moins 12 représentants de ce mouvement
ont été tués. Des membres des forces de sécurité turques sont impliqués dans
certains de ces homicides, mais dans la plupart des cas, les tueurs n’ont pas
été identifiés. Par ailleurs, plusieurs sections de l’IHD ont été fermées sous
des prétextes divers. En mai 1998, lorsque Akin Birdal avait été victime d’une
tentative d’assassinat, la communauté internationale avait immédiatement
condamné cet acte. Amnesty International pense que les autorités turques ont
créé un climat propice à cette attaque en accusant l’IHD d’avoir partie liée
avec le Partiya Karkeren Kurdistan (PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan),
un mouvement interdit. ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite
possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre
langue) : – priez instamment les autorités turques
de garantir la sécurité d’Eren Keskin, de Saban Dayanan et de Dogan Genç et
d’enquêter sur les menaces de mort qu’ils ont reçues ; – engagez les autorités à autoriser
les défenseurs des droits humains à poursuivre leurs activités légitimes de surveillance
de la situation des droits humains et de signalement des violations commises en
la matière, comme le prévoit la résolution des Nations unies relative aux
défenseurs des droits de l’homme ; – appelez les autorités à prendre
des mesures efficaces afin de veiller à ce que tous les fonctionnaires, y
compris les membres des forces de sécurité, reconnaissent la légitimité du
travail des défenseurs des droits humains. APPELS À Ministre de l’Intérieur : Mr
Abdulkadir Aksu Ministry
of Interior Içisleri
Bakanligi 06644
Ankara, Turquie Fax : +90 312 418 1795 Courriers électroniques :
aaksu@icisleri.gov.tr Formule d'appel : Dear Minister, /
Monsieur le Ministre, COPIES À Ministre d’État chargé des droits
humains et Ministre des Affaires étrangères : Mr
Abdullah Gül Office
of the Prime Minister Basbakanlik 06573
Ankara, Turquie Fax
: +90 312 287 8811 Courriers électroniques :
abdullah.gul@basbakanlik.gov.tr ainsi qu'aux représentants
diplomatiques de la Turquie dans votre pays. MERCI D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. DOCUMENT PUBLIC EUR 44/014/2005 AU 94/05 ÉFAI Londres, le 20
avril 2005 |