L’Observatoire pour la
Protection des défenseurs des Droits de l’Homme, programme conjoint de la FIDH
et de l’OMCT, a été informé par la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme
(LCDH) des menaces et intimidations dans l’exercice des fonctions d’avocat de
son vice-président Me Goungaye Wanfiyo.
Selon les informations
reçues, Me Goungaye Wanfiyo a organisé une conférence de presse le 25 mai 2004
pour dénoncer publiquement les dysfonctionnements de la justice centrafricaine,
notamment les prolongements illégaux des détentions provisoires en prenant
l’exemple de deux de ses clients, MM. Oumarou et Boykota Zouketia, détenus à la
Maison centrale de Ngaragba à Bangui.
M. Oumarou a été arrêté et
mis sous mandat de dépôt courant octobre 2003 pour atteinte à la sûreté de
l’Etat. Après une instruction minutieuse, le juge d’instruction a, par
ordonnance du 16 avril 2004, prononcé un non-lieu. Or, en violation du code de
procédure pénale (art. 99.a. alinea 2), la personne est toujours maintenue en
détention.
M. Boykota Zouketia a lui
été arrêté par les forces de l’ordre le 7 avril 2004 et placé sous mandat de
dépôt le 27 avril, accusé de détournement de deniers publics. Contestant le
délai illégal de garde à vue, Me Goungaye Wanfiyo a saisi le Procureur de la
République d’une demande de mise en liberté provisoire qui ne lui pas été
accordée. Finalement le 13 mai 2004, le juge d’instruction a ordonné la mise en
liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire. Libéré, il a été de
nouveau arrêté le 15 mai 2004 manifestement pour les mêmes faits. Il est donc
depuis illégalement détenu à la prison de Ngaragba. Le 17 mai, le juge
d’instruction se dessaisi de l’affaire, excédé par les pressions exercées sur
lui par le Parquet général.
Me Goungaye Wanfiyo
dénonçaient lors de sa conférence de presse le 25 mai dernier ces violations de
la procédure pénale centrafricaine, des droits de la défense, et les pressions
subies par le juge d’instruction.
Le même jour, le Procureur
général près la Cour d’Appel de Bangui, M. Sylvain N’Zas répondait à ces
accusations par voie de presse dans des termes outrageant et menaçant à l’égard
de l’avocat des deux détenus, Me Goungaye Wanfiyo : « je ne voulais pas
répondre à votre demande de mise en liberté provisoire formulée sur un ton
autoritaire. Je le fais pour ne pas vous donner l’occasion de ternir l’image de
la Justice centrafricaine comme vous en avez l’habitude ». « Je crois qu’une
personne bien éduquée doit être sobre en paroles ». « Qu’est-ce qui justifie
votre hargne ? ». « Vos injonctions et vos propos excessifs n’engagent que
vous. Je me réserve toutefois le droit de saisir le Conseil de l’Ordre si vous
persistez à traiter les Magistrats comme vos valets ».
L’Observatoire exprime sa
vive inquiétude au regard de ces menaces et intimidations portés à l’encontre
du vice-président de la LCDH en sa qualité d’avocat et sa dénonciation des
violations des droits de la défense et souligne que ces faits s’inscrivent en
flagrante contradiction avec la Déclaration sur les défenseurs des droits de
l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, le 9 décembre
1998, notamment avec son article 6.c) selon lequel « chacun a le droit
d’étudier, discuter, apprécier et évaluer le respect, tant en droit qu’en
pratique, de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales
et d’appeler l’attention du public sur la question ». En outre, ces faits
contreviennent à l’article 11 de la Déclaration qui stipule que « chacun a le
droit d’exercer son occupation ou sa profession conformément à la loi ».
Actions demandées :
Merci d’écrire aux
autorités de la République centrafricaine et leur demander de :
i- garantir l’intégrité
physique et psychologique de Me Goungaye Wanfiyo et des défenseurs de droits de
l’homme en République Centrafricaine, et veiller à ce qu’il puisse exercer
librement son activité en faveur des droits de l’Homme ;
ii- se conformer aux dispositions
de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par
l’Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, en particulier à
l’article 1, qui dispose que " chacun a le droit, individuellement ou en
association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des
droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et
international " et à son article 6c) et 11.
iii- se conformer aux
dispositions des instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme
liant la République centrafricaine et notamment celles du Pacte International
Relatif aux Droits Civils et Politiques portant sur les droits de la défense.
Adresses :
M. Francois Bozize,
Président de la République
ou
M. Celestin Gaombalet,
Premier Ministère
c/o S.E. Ambassadeur,
Mission permanente de la République centrafricain, Route de Colovrex 16, Case
postale 115, 1218 Grand-Saconnex ; Fax : +4122 920 60 01 ; Email : mission.car@ties.itu.int
APPEL URGENT – L’OBSERVATOIRE
CAF 001/0604/OBS 042
4 juin, 2004