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IDHAE L' Globebservatoire Mondial des Droits de la Défense et des violations des droits des avocats

 

 

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Observatoire – Day of the Endangered Lawyer - 24 January 2018

 

 

 PORTRAITS*

 

14. Karim Hamdy et Imam Afifi

 

Mataria, le commissariat de la mort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Karim Hamdy

 

Karim Hamdy, 27 ans, est mort au commissariat de police de Mataria, au nord du Caire, le 24 février 2015, à peine 48 heures après son arrestation. Soupçonné d'appartenance aux Frères musulmans, il a subi un interrogatoire mené par deux membres de l'Agence de sécurité nationale. Un rapport médico-légal établie que Karim Hamdy avait plusieurs côtes cassées, des signes d'hémorragie dans la poitrine, à l'abdomen et à la tête, (probablement causées par des coups de pied), entre autres blessures mortelles. De plus, un témoin qui a vu le corps à la morgue a affirmé qu'il était couvert d'ecchymoses rouges et brunes, que ses yeux étaient entourés de marques bleues et que son bras droit était fracturé. D’autres sources font mention d’une langue coupée.

Karim Hamdy avait été arrêté le 22 février 2015, à son domicile, par huit agents armés des forces de sécurité. Le ministère de l'Intérieur a déclaré que Karim Hamdy était accusé de faire partie d'un « groupe terroriste », d'avoir manifesté sans autorisation, de détenir des armes et de les avoir utilisées contre la police lors de manifestations. Il a nié ces accusations et déclaré au procureur pendant son interrogatoire qu'il avait été torturé par des agents qui voulaient lui arracher des « aveux » filmés. Au lieu d'enquêter sur ses allégations de torture et autres mauvais traitements, le procureur a renvoyé Karim Hamdy au poste de Mataria, où il a de nouveau été torturé.

Le 24 février, il devait retourner dans le bureau du procureur pour y être de nouveau interrogé, mais il n'est jamais arrivé. Lorsque ses avocats se sont rendus au poste de police pour l’accompagner, ils ont appris qu'il était mort.

Karim Hamdy, spécialisé dans la défense des droits de l’Homme, était une figure respectée au sein de l’Association des avocats égyptiens. Il intervenait dans les affaires de violences commises par la police. Son décès a conduit les avocats du Caire à organiser une grande manifestation de protestation, en mars 2015.

Deux policiers présumés responsables de la torture de Karim Hamdy ont été arrêtés, puis relâchés sous caution (d’environ 1.500 €), en attendant leur procès. Le 12 décembre 2015, ils ont été reconnus coupables d'avoir battu à mort Karim Hamdy et condamnés à cinq ans de prison

 

Après Karim Hamdy, Imam Afifi est le deuxième avocat décédé en deux mois après avoir été détenu en garde à vue au commissariat de police Mataria.

 

Imam Afifi

 

Imam Afifi, 63 ans, a été arrêté dans le quartier de Mataria, au Caire, lors d'une manifestation contre le gouvernement. Il a été emmené au poste de police de Mataria où il aurait été soumis à la torture et à un passage à tabac dont il ressorti avec une grave blessure à la tête.

Les circonstances de l’arrestation d’Imam Afifi demeurent controversées. Un responsable de la Direction de la sécurité égyptienne a soutenu qu’il avait d’abord été frappé par une foule de civils, qui l’aurait ensuite remis à la police. Mais l’autre version des faits, attestée par ses confrères, Montasser al-Zayyat et Mohamed Mokhtar, dénonce son arrestation arbitraire au cours de la manifestation, et son passage à tabac une fois conduit au commissariat de police.

Imam Afifi était soupçonné d’appartenir aux Frères musulmans, du seul fait qu’il en défendait les membres. Bien qu’il l’ait formellement nié, l'accusation a ordonné sa mise en détention pendant quatre jours. Le 11 avril, il a dû être transféré du poste de police à l'hôpital de Mataria avec un traumatisme profond à la tête. Il avait en effet, été violemment frappé à la tête et à l’abdomen, selon le rapport médical cité par la Commission internationale de juristes (CIJ), qui y a eu accès et qui fut l’une des premières à se préoccuper de son cas.

Douze jours plus tard, le 22 avril 2015, Imam Afifi est mort des suites d’une hémorragie cérébrale (alors que sa détention avait été renouvelée pour une durée de 15 jours). Un rapport médical obtenu par le Guardian a démontré qu’Imam Afifi avait présenté, comme Karim Hamdy, des marques d’hémorragies similaires dans le cerveau.

Imam Afifi avait été notamment l’avocat de Mohamed Soltan, un américano-égyptien arrêté pour appartenance à une organisation décrétée terroriste, et qui a fait la grève de la faim pendant 230 jours alors qu’il était retenu prisonnier en Égypte. Mohamed Soltan avait finalement été libéré et avait pu regagner les États-Unis.

 

En 2014-2015, United Group for Law a déposé quelque 163 plaintes portant sur 465 allégations de torture dans les centres de détention. En septembre 2017, HRW a publié dans un rapport les témoignages de 19 victimes de torture à travers le pays. Les suspects sont soumis à la torture s'ils refusent d'avouer et de dénoncer des proches.

 

 

Karim Hamdi and Imam Afifi are two who recently died after being held in police custody in Mataria police station, north of Cairo.

Karim Hamdi was accused of belonging to the Brotherhood and taking part in an unauthorised demonstration. Reportedly, he was beaten while in detention, and died later in hospital. Two members of the National Security Agency have been charged with torturing and murdering him ans sentenced to 15 years in prison.

Imam Afifi was arrested on 10 April during a demonstration against the government in Mataria. The following day he was transferred to hospital, and he died there last week. He had allegedly been tortured and suffered a massive head trauma reported The International Commission of Jurists (ICJ).

 

(*Texte extrait du Supplément spécial 2018 de « Ces Avocats persécutés dans le monde » consacré à la « Journée de l’avocat en Danger »).