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IDHAE Globebservatoire Mondial des Droits de la Défense et des violations des droits des avocats

 IN MEMORIAM

 

Mario LANA

1931-2015

 

 

Il est des veilles de Noël qui sont particulièrement douloureuses. Cette période qui appelle aux vœux de félicité et d’allégresse, sera cette année pour nous le moment d'un ineffable deuil. Mario Lana, Vice-Président de l’IDHAE, est mort le 21 décembre au matin, à son domicile à Rome.

Il exerçait parmi nous les plus hautes fonctions depuis beaucoup plus de dix années et avait participé, toujours au premier rang de l’engagement, aux succès de toutes nos entreprises.

Au cœur du barreau italien, il était l’âme de l’Unione Forense per la Tutela dei Diritti Umani, cette institution incomparable, fondée en 1968, qui associe et exhorte les barreaux à mener au premier chef le combat pour les droits de l’homme et qui n’existe à l’échelle nationale que dans le cadre du Barreau italien. Il avait voué tout son temps à la défense des droits de l’homme à travers tous les continents. Il avait connu Che Guevara et repris sa toge à quatre-vingt ans pour s’efforcer d’arracher Tarek Aziz à la corde annoncée. Depuis plusieurs décennies, il était l’inlassable directeur et l’éditorialiste de la revue dont le titre suffit à exprimer le message : I diritti dell’uomo. Cronache e battaglie . Chacune de ses chroniques recelait de véritables pépites faites d’observations pénétrantes de tous les aspects des violations des droits de l’homme dans leurs manifestations les plus insidieuses et leurs récidives les plus subtiles. Chacune de ses batailles avait scandé la victoire de l’état de droit. Son dernier ouvrage Les Droits de l’homme vus par un témoin obstiné, paru en 2014, retrace ses 25 dernières années d’observations pénétrantes sur les multiples facettes des violations des droits de l’homme, dans leurs manifestations les plus insidieuses et leurs récidives les plus subtiles, et rappelle ses visions prémonitoires notamment sur la question des minorités ethniques en 1991.

Vice-Président de la FIDH, il a consacré également ses dernières années à faire triompher son point de vue exigeant au sein de cette institution qui réunit plus de cent ligues des droits de l’homme dans le monde.

Militant inlassable, combattant qui se définissait lui-même comme « obstiné », il avait côtoyé les plus grandes figures de l’histoire du XXème siècle, de l’Amérique latine au Moyen-Orient, et avait toujours apporté à leur lutte sa foi inébranlable en la défense d’un droit naturel de l’être humain qui dépassera toujours les contingences juridiques, locales, ou temporelles.

De ses origines toscanes, de sa ville natale et toujours revendiquée, Florence, il avait conservé ce raffinement insurpassable, cette délicatesse de touche, ce goût de l’œuvre accomplie et ce sens du beau, chers à la ville dont il eut été, en un autre siècle, d’ allure et de pensée, un prince admiré. Mais il était sans doute plus encore un vrai « romain de Rome », au sens entier et noble du terme, courageux, indomptable, que l’adversité n’abattait jamais.

Depuis 2005, il siégeait au sein du jury du Prix Ludovic Trarieux et apportait toujours sa vision renouvelée des choses de la vie, au-delà des habitudes, des modes, voire des postures qui souvent pouvaient animer les prises de position des autres.

Il y a quelques jours, il venait de nous adresser ses vœux. Il y a à peine quelques semaines, il avait adressé la préface qu’il avait écrite pour l’édition 2016 de l’ouvrage « 200 avocats assassinés, emprisonnés, persécutés… », nouvel appel à la lutte que nous conserverons comme son testament.

À son fils, notre ami cher à tous, Anton Giulio, avocat au barreau de Rome, qui conjugue en lui toutes les qualités paternelles, nous exprimons l’expression de notre profond et fraternel chagrin, sans pouvoir ajouter de mots convenus, dans ces instants ou seul le silence est à la juste hauteur de la tristesse ressentie. Notre seul devoir est désormais d’essayer d’être digne de lui.

 

Bertrand FAVREAU

21 XII 2015

 

Mario Lana con Emma Boninno alla Premiazione del Premio Internazionale degli Diritti Umani Ludovic Trarieux, a Senato, Roma, 22 ottobre 2008.






 

 

 

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