Il est des veilles de Noël qui sont particulièrement
douloureuses. Cette période qui appelle aux vœux de félicité et
d’allégresse, sera cette année pour nous le moment d'un
ineffable deuil. Mario Lana, Vice-Président de l’IDHAE, est mort
le 21 décembre au matin, à son domicile à Rome.
Il exerçait parmi nous les plus hautes fonctions depuis
beaucoup plus de dix années et avait participé, toujours au premier
rang de l’engagement, aux succès de toutes nos entreprises.
Au cœur du barreau italien, il était l’âme de l’Unione Forense per la Tutela dei
Diritti Umani,
cette institution incomparable, fondée en 1968, qui associe et exhorte
les barreaux à mener au premier chef le combat pour les droits de
l’homme et qui n’existe à l’échelle nationale que dans le cadre du
Barreau italien. Il avait voué tout son temps à la défense des droits
de l’homme à travers tous les continents. Il avait connu Che Guevara et
repris sa toge à quatre-vingt ans pour s’efforcer d’arracher Tarek Aziz
à la corde annoncée. Depuis plusieurs décennies, il était l’inlassable
directeur et l’éditorialiste de la revue dont le titre suffit à
exprimer le message : I diritti dell’uomo. Cronache e battaglie .
Chacune de ses chroniques recelait de véritables pépites faites
d’observations pénétrantes de tous les aspects des violations des
droits de l’homme dans leurs manifestations les plus insidieuses et
leurs récidives les plus subtiles. Chacune de ses batailles avait
scandé la victoire de l’état de droit. Son dernier ouvrage Les Droits de l’homme vus par un
témoin obstiné, paru en 2014, retrace ses 25 dernières années
d’observations pénétrantes sur les multiples facettes des violations
des droits de l’homme, dans leurs manifestations les plus insidieuses
et leurs récidives les plus subtiles, et rappelle ses visions
prémonitoires notamment sur la question des minorités ethniques en
1991.
Vice-Président de la FIDH, il a consacré également ses
dernières années à faire triompher son point de vue exigeant au sein de
cette institution qui réunit plus de cent ligues des droits de l’homme
dans le monde.
Militant inlassable, combattant qui se définissait
lui-même comme « obstiné », il avait côtoyé les plus grandes
figures de l’histoire du XXème siècle, de l’Amérique latine au
Moyen-Orient, et avait toujours apporté à leur lutte sa foi
inébranlable en la défense d’un droit naturel de l’être humain qui
dépassera toujours les contingences juridiques, locales, ou
temporelles.
De ses origines toscanes, de sa ville natale et toujours
revendiquée, Florence, il avait conservé ce raffinement insurpassable,
cette délicatesse de touche, ce goût de l’œuvre accomplie et ce sens du
beau, chers à la ville dont il eut été, en un autre siècle, d’ allure et de pensée, un prince admiré. Mais il
était sans doute plus encore un vrai « romain de Rome », au
sens entier et noble du terme, courageux, indomptable, que l’adversité
n’abattait jamais.
Depuis 2005, il siégeait au sein du jury du Prix Ludovic Trarieux et apportait toujours sa vision renouvelée
des choses de la vie, au-delà des habitudes, des modes, voire des
postures qui souvent pouvaient animer les prises de position des
autres.
Il y a quelques jours, il venait de nous adresser ses
vœux. Il y a à peine quelques semaines, il avait adressé la préface
qu’il avait écrite pour l’édition 2016 de l’ouvrage « 200 avocats
assassinés, emprisonnés, persécutés… », nouvel appel à la lutte que
nous conserverons comme son testament.
À son fils, notre ami cher à tous, Anton Giulio, avocat au
barreau de Rome, qui conjugue en lui toutes les qualités paternelles, nous
exprimons l’expression de notre profond et fraternel chagrin, sans
pouvoir ajouter de mots convenus, dans ces instants ou seul le silence
est à la juste hauteur de la tristesse ressentie. Notre seul devoir est
désormais d’essayer d’être digne de lui.
Bertrand FAVREAU
21 XII 2015