Me
Firmin Yangambi, avocat membre du
Conseil de l’ordre du Barreau de Kisangani et président de l’ONG d’appui
aux victimes de la guerre « Paix sur terre », arbitrairement
détenu depuis le 27 septembre 2009, a été condamné à mort le 3 mars 2010,
par la Cour militaire de Kinshasa/Gombe pour détention illégale d’armes
de guerre et tentative d’organisation d’un mouvement insurrectionnel.
Suite au prononcé de la décision de condamnation, MM. Yangambi,
Lokundo, Kikunda et Olangi ont été brutalement ligotés par les militaires
qui assurent la discipline dans la salle d’audience, et reconduits au
Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), où ils se
trouvent toujours détenus à la date de diffusion de cet appel urgent. Les
avocats de M. Yangambi ont immédiatement interjeté un appel. Au 5
mars 2010, la Cour n’a pas défini la date de l’audience.
Les avocats de la défense ont dénoncé les nombreuses irrégularités
commises durant le procès de M. Firmin Yangambi, contraires aux
normes internationales. Les exceptions préliminaires soulevées par la
défense, comme l’irrégularité de la composition de la Cour, ont été rejetées, tandis que toutes
celles présentées par le Ministère public ont été acceptées. En outre, la
défense a dénoncé le caractère disproportionné de cette décision
notamment au regard du manque de preuves. En effet, la Cour s’est
principalement fondée sur les procès verbaux des Officiers de la Police
Judiciaire (OPJ), relatifs aux déclarations des prévenus formulées sans
la présence de leurs avocats et manifestement obtenues suite à des actes
de torture.
Me Yangambi a quant à
lui été privé de sommeil, de nourriture et de boisson pendant plusieurs
jours, et aurait fait des déclarations dans un contexte de fortes
pressions psychologiques, afin que cessent notamment les tortures infligées
à ses codétenus.
Le 18 novembre 2009, une
audience s’était tenue à la Cour
militaire de Kinshasa/Gombe contre MM. Yangambi, Olangi, Kikunda et
Lokundo.
Le 6 janvier 2010, le ministère public avait requis la peine de mort et
une peine de 20 ans de prison à l’encontre des quatre prévenus.
Cette condamnation de M. Firmin Yangambi, qui semble
n’avoir pour seul but que de sanctionner ses activités de défense des
droits de l’Homme, et demande son annulation immédiate, ainsi que
l’abandon des poursuites judiciaires à son encontre, et sa libération
immédiate et inconditionnelle.
Cette condamnation survient alors que la
situation des défenseurs se dégrade en RDC, comme l’ont souligné, entre
autres, le rapport de la FIDH publié en juin 2009 sur la situation des
droits de l’homme en RDC[4] ainsi que plus récemment la note de
l’Observatoire sur la situation des défenseurs des droits économiques,
sociaux et culturels en RDC du 26 octobre 2009. Dans ce contexte,
M. Yangambi avait publiquement dénoncé sur de nombreux plateaux
télévisés les violations des droits de l’Homme et les atteintes à la
démocratie dans le pays.
Rappel des faits : Voir www.idhae.org/fr-page4.1.afr.rdc11.htm
Merci de bien vouloir écrire aux
autorités congolaises en leur demandant de :
i.Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique
de MM. Firmin Yangambi ainsi
que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme en République démocratique
du Congo ;
ii.Procéder à l’annulation immédiate de la condamnation à mort de
M. Firmin Yangambi, ainsi qu’à sa libération immédiate et
inconditionnelle, comme à celle de tous les défenseurs arbitrairement
détenus en RDC ;
iii.Mener sans délai une enquête indépendante, effective, impartiale et
transparente sur les actes de torture et de mauvais traitements
mentionnés ci-dessus et en rendre les résultats publics, ce afin
d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal
garantissant un procès équitable conformément aux principes de droit
international et d’appliquer les sanctions prévues par la loi ;
iv.Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à
l’encontre de M. Firmin Yangambi ainsi qu’à celle de tous les
défenseurs des droits de l’Homme en RDC, afin qu’ils puissent exercer
leur profession et mener leur activité de défense des droits de l’Homme
librement et sans entrave ;
v. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des
droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le
9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que
“chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de
promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme
et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et
international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes
les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes
protègent toute personne, individuellement ou en association avec
d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de
facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de
l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;
vi. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et
internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la RDC.
La lettre
officielle de l'IDHAE a été expédiée.
De votre coté,
Copiez la lettre
ci-dessous et envoyez-la aux adresses ci(dessous.
LETTRE:
[votre nom ici]
Son
Excellence Joseph KABILA
Président
de la
République
Cabinet
du Président de la
République
Palais
de la Nation
Kinshasa
République
Démocratique du Congo
Aff : Firmin YANGAMBI LIBOTE, Avocat
Monsieur le Président,
Je tiens à vous exprimer ma très vive préoccupation concernant mon confrère, Maître Firmin YANGAMBI LIBOTE,
avocat et membre du Conseil de l’ordre du Barreau de Kisangani,
arbitrairement détenu depuis le 27 septembre 2009, a été condamné à mort
le 3 mars 2010, par la Cour militaire de Kinshasa/Gombe pour détention
illégale d’armes de guerre et tentative d’organisation d’un mouvement
insurrectionnel.
Me Yangambi , qui est
aussi le président de l’ONG
d’appui au processus de la paix et de la démocratisation « Paix sur
terre », avait été arrêté fin septembre à Kisangani (nord-est), où
l'ONG est basée. Il est inscrit sur la liste des défenseurs de la Cour
pénale internationale (CPI) à la Haye.
Les avocats de la défense ont été
contraints de dénoncer les nombreuses irrégularités commises durant le
procès de M. Firmin Yangambi, contraires aux normes internationales.
Etrangement, les exceptions préliminaires soulevées par la défense, comme
l’irrégularité de la composition de la Cour, ont été rejetées, tandis que toutes
celles présentées par le Ministère public ont été acceptées.
La Cour s’est principalement fondée
sur les procès verbaux de police relatifs aux déclarations des prévenus
formulées sans la présence de leurs avocats et manifestement obtenues
suite à des actes de torture. Des faits que l’accusé a contesté dans
une lettre ouverte , où il dénonce le non respect des droits de la
défense et les tortures physiques et morales que lui et ses co-accusés
ont subi afin de faire des "aveux".
Je rappelle que les dispositions de la Constitution du
18 Février 2006 ainsi que celles
des Conventions Internationales ratifiées par votre pays, en ce qui
concerne les règles du procès équitable , prévoient de ne pas permettre
qu'un accusé, civil puisse être
jugé par un Tribunal Militaire , selon l’esprit de l’article 7 de la Charte africaine des
droits de l’Homme et des peuples, ratifiée par la République
Démocratique du Congo .
Je rappelle que conformément à
l’article 15 de la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants« (…) toute déclaration
dont il est établi qu’elle a été obtenue par la torture ne (peut) être
invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n’est
contre la personne accusée de torture pour établir qu’une déclaration a
été faite ». En outre tout
acte de torture ou de mauvais traitements est contraire à la Convention
contre la Torture, et passible de poursuites individuelles, et appelle
donc les autorités congolaises à agir en conformité avec ladite
Convention.
Je tiens par la présente à vous
exprimer mon inquiétude quant à cette violation du droit de la défense et
demande aux autorités de la République Démocratique du Congo de :
i.Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique
de MM. Firmin Yangambi ainsi que de l’ensemble des défenseurs des
droits de l’Homme en République démocratique du Congo.
ii.Procéder à l’annulation immédiate de la condamnation à mort de
M. Firmin Yangambi, ainsi qu’à sa libération immédiate et
inconditionnelle, comme à celle de tous les défenseurs arbitrairement
détenus en RDC.
iii.Mener sans délai une enquête indépendante, effective, impartiale et
transparente sur les actes de torture et de mauvais traitements
mentionnés ci-dessus et en rendre les résultats publics, ce afin
d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal
garantissant un procès équitable conformément aux principes de droit
international et d’appliquer les sanctions prévues par la loi .
iv.Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à
l’encontre de M. Firmin Yangambi ainsi qu’à celle de tous les
défenseurs des droits de l’Homme en RDC, afin qu’ils puissent exercer
leur profession et mener leur activité de défense des droits de l’Homme
librement et sans entrave.
v. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des
droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le
9 décembre 1998, et plus généralement aux dispositions de la
Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et
internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la RDC.
Dans l’espoir que mes demandes seront
favorablement accueillies,
.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma
considération respectueuse.
[votre
signature ici]
ADRESSES:
·S.E
M. Joseph Kabila, Président de la République, Cabinet du Président
de la République, Palais de la Nation, Kinshasa/Gombe, REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO, Fax +243 88 02 120
·M. Alexis Thambwe Mwamba, Ministre des Affaires Etrangères et de la
Coopération Internationale, Cabinet du Ministre, bâtiment du Ministère
des Affaires Etrangères, Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo
·M. Luzolo Bambi, Ministre de la Justice et des Droits Humains,
Ministère de la Justice et des Droits Humains, BP 3137, Kinshasa Gombé,
République Démocratique du Congo, Fax : + 243 88 05 521
Merci d’écrire également aux représentations diplomatiques de RDC dans
vos pays respectifs.