|
Me Lydienne Yen Eyoum, mariée à un
Français, Michel Loyse, le 25 août 2006, a
été arrêté le 8 janvier 2010, au Cameroun dans le cadre de
l'opération dite de lutte contre la corruption,
« Epervier ». Depuis le 11 janvier 2010, elle est détenue
dans des conditions inhumaines à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé.
Me Lydienne Yen Eyoum-Loyse était
depuis de nombreuses années avocate du ministère des finances
camerounais dument mandatée pour défendre les intérêts de l'Etat.
La justice camerounaise lui reproche d'avoir perçu des
honoraires sur des fonds qu'elle avait réussi, par décision de justice,
à récupérer auprès de la filiale camerounaise de la Société Générale,
la Société Générale de Banque au Cameroun pour le compte du Ministère
des Finances. Dument constituée par les divers ministres des finances
qui s’y sont succédés pour régler un litige vieux de 17 ans, Me
Lydienne Eyoum clame, de son côté, qu’elle
justifie de l’autorisation prouvée du Ministère de l’Economie et des
Finances pour se faire payer ses honoraires sur les fonds recouvrés.
Sur fond de règlement de compte politique, plusieurs ministres déchus
ont été emprisonnés. L’avocate du Ministère des Finances a été
englobée dans la poursuite et jetée en prison.
Me Lydienne Yen Eyoum est depuis
le 11 janvier 2010, détenue dans des conditions inhumaines et
dégradantes. La prison construite initialement pour 800 prisonniers
en contient 3700 dont 80% sont en détention provisoire dans des
conditions comparables à celles des centres de concentration.
Dans le quartier où elle est incarcérée, jusqu’à 120 femmes
détenues, dont certaines punies sont rasées et enchaînées par les
pieds, partagent trois WC et six douches qui fonctionnent rarement.
Entre deux rangées de cellules, une cour d’une centaine de m² est
encombrée de centaines de sceaux, de réservoirs d’eau, de bois à
bruler pour cuire poulets, poissons que les femmes se font apporter.
Le bruit est incessant à partir de 4 heures du matin, les chants
religieux, les musiques africaines, les querelles et les agressions.
Est ainsi créé un climat de jalousie, de haine, de stress permanent
où l’appartenance ethnique exacerbée devient un élément
prédominant. Les trois quarts
de ces femmes sont en détention provisoire depuis des années, sans
moyens de se faire entendre, elles sont résignées.
Me Yen Eyoum partage avec dix-sept
autres détenues de droit commun une cellule de 18 m² où se promènent,
à terre et dans les lits, souris, rats, cafards. Les lits de 160 cm
sont superposés par 3, jusqu’à 3 femmes dorment à terre. La ration
alimentaire assurée par les autorités carcérales sont
de 1kg de riz et 1kg de haricots par mois. Les coupures de longue
durée d’eau et d’électricité sont quotidiennes, accroissant d’autant
les dangers d’agression physique.
Récemment, la Présidente de la commission africaine des
droits de l’homme a constaté ces conditions ignobles de détention,
ces tortures morales et psychologiques. Au Cameroun, ces conditions
sont la norme alors que l’Etat camerounais clame haut et fort que ses
prisons sont aux normes internationales. Dès qu’une visite est
annoncée, on déplace tout ce qui encombre la cour, c’est le grand
ménage, on repeint les murs, on exige des femmes de se rendre
présentables. Il n’y a jamais de visite aux quartiers d’hommes
dénommés « kosovo », les
quartiers 8 et 9 ou il y a 75 a 100
personnes dans des locaux de 15 à 18 m², où la nuit aucun déplacement
n’est possible au risque de marcher sur ceux qui dorment par terre,
certains assis et d’autres veillant la nuit pour dormir le jour,
faute de place. Tout est « maquillé» en cas d’inspection,
toujours bienveillante, ou de visite d’ONG.
Tout concourt à la destruction morale, voire physique des
individus.
Selon le code de procédure pénale camerounais, la période de
détention provisoire de dix-huit mois maximum, expirait le 11 juillet
2011. Me Lydienne Yen Eyoum, à ce jour, est
en détention arbitraire, toujours en attente de jugement.
Pour la sauver de ce traitement atroce, ses avocats, Mes
Christian Charrière-Bournazel et Caroline Wassermann avaient déposé
plainte en août 2011 devant le doyen des juges d’instruction de Paris
pour détention arbitraire, tortures et actes de barbarie
Contre l'avis du parquet, la juge d'instruction Sylvia
Zimmermann avait décidé par une ordonnance en date du 15 septembre
qu’« il y a lieu d’instruire pour vérifier la réalité des faits
dénoncés». Mais le parquet français, soucieux des exigences
diplomatiques, a fait appel de l’ordonnance ouvrant l’information.
Et, le 17 janvier 2012 la chambre de l'instruction de la cour d’appel
de Paris a refusé au juge d’instruction la possibilité de poursuivre
son information visant la détention arbitraire et les actes de
tortures et de barbarie.
En
parallèle, au Cameroun, la défense avait soulevé des exceptions
d’incompétence de la juridiction et du juge judiciaire s’agissant
d’un problème d’honoraires et plusieurs nullités de la procédure. A
son tour, le 29 février 2012, le tribunal de grande instance du Mfoundi a donné gain de cause au ministère
public et à la partie civile et a
rejeté toutes les exceptions d’incompétence de la juridiction
et du juge judiciaire
Me Lydienne Yen Eyoum est en effet
détenue sans titre, ce depuis le 11 juillet 2011, date à laquelle
aurait dû s’achever sa détention provisoire au terme des dix-huit
mois si le code de procédures pénales camerounais avait été respecté. Ses avocats
en France ont lancé un appel dans une tribune libre, publiée
dans Libération le 18 mai 2012 qui a fait beaucoup de bruit au
Cameroun. En réponse à ce texte, le Ministre Directeur du Cabinet
Civil de la Présidence en personne, a adressé un «droit de
réponse» au journal français, publié le mercredi 13 juin 2012, dans
le quotidien gouvernemental Cameroon
Tribune, en invoquant la «séparation des pouvoirs».
Ce qui est prioritairement en cause dans cet
appel, ce sont les conditions de détention qui sont sans rapport avec
les prétendus délits qu'on lui reproche. C’est le refus répété des
demandes de libération immédiate sous le prétexte fallacieux de
défaut de garantie de représentation ( !) et de nécessité
d’incarcération pour obtention de la vérité.
Son état de santé est en péril. Avec le
durcissement du régime carcéral qui lui est imposé, Me Lydienne Yen Eyoum risque de mourir en prison avant d’être
jugée.
Nous lançons donc un appel urgent et une
pétition que nous vous invitons à faire circuler :
L'IDHAE demande
aux autorités du Cameroun de procéder à la révision et à l’annulation
de la condamnation et de libérer
immédiatement Me Lydienne Yen Eyoum, offrant toutes les garanties de
représentation, et d'agir en respect des instruments
internationaux ratifiés par le Cameroun et notamment des principes de
base relatifs au rôle du barreau adoptés par le huitième Congrès des
Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des
délinquants qui s'est tenu à La Havane (Cuba) du 27 août au 7
septembre 1990.
L'IDHAE
considère que les conditions de détention de Me Lydienne Yen Eyoum sont sans rapport avec les prétendus délits
qu'on lui reproche.
L’IDHAE dénonce le fait qu’avec
le régime carcéral qui lui est imposé, Me Lydienne Yen Eyoum risque de mourir en prison avant d’être
jugée.
ACTIONS DEMANDEES:
Merci de bien vouloir
écrire aux autorités camerounaises [ADRESSES CI-DESSOUS] en leur
demandant de :
i.
qu’il soit
procédé à la révision et à l’annulation de sa condamnation
ii.
que soit
ordonnée la remise en liberté immédiate de Me Lydienne Yen Eyoum qui présente toutes les garanties de
représentation,
iii.
que soit effectivement
garantie l’intégrité physique et psychologique de Me Lydienne Yen Eyoum,
iv.
Mener une
enquête effective et indépendante sur les conditions de détentions ,
afin que leurs auteurs soient identifiés, dûment jugés et sanctionnés
conformément à la loi en vigueur ;
v.
Plus
généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux
relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Cameroun.
LETTRE A
SIGNER ET RETOURNER A idhae@idhae.org
Monsieur le Président, [Monsieur
le Ministre]
Je suis alerté(e) sur le cas de
notre confrère, Me Lydienne
Yen Eyoum Loyse,
avocate franco-camerounaise, condamnée, le 26 septembre, à 25 ans de prison
par le Tribunal criminel spécial (TCS) anticorruption.
Après près de cinq ans de
détention provisoire dans des
conditions inhumaines à la prison centrale de Kondengui,
à Yaoundé, Me Lydienne
Yen Eyoum Loyse, a
été déclarée coupable d'avoir détourné 1,077 milliard de francs CFA
(1,5 million d'euros). Après lui avoir accordé des circonstances
atténuantes, les juges l’ont aussi condamnée à payer solidairement
avec deux autres personnes une amende de 1,153 milliard de francs
CFA.
Il lui est reproché d'avoir perçu
des honoraires sur des fonds qu'elle avait réussi à récupérer auprès
de la filiale camerounaise de la Société générale, pour le compte du ministère des
Finances. Dument mandatée pour
régler un litige vieux de 17 ans, Me Lydienne Eyoum
ne peut que répondre de son côté, que le versement des honoraires au
titre de ses prestations pour le Ministère de l’Economie et des
Finances n’ont pas à dépendre des changements ou aléas politiques ou
des appréciations changeantes portées sur tel ou tel ministre ou
responsable politique.
Notre institut est vivement
préoccupé par le traitement infligé à Me Lydienne Yen Eyoum. Il estime qu’elle n’est coupable de rien,
et que même à supposer qu’elle fut coupable du détournement de fonds qu’on
lui impute, le traitement et la peine infligés sont totalement
disproportionnés.
Mais il y a plus. Car, ce qui est,
d’abord, en cause dans cet appel, ce sont ses conditions de
détention, portant atteinte à la dignité humaine .
Aussi nous apparaît-il urgent de
vous demander respectueusement d’exhorter tous ceux qui sont placés
sous votre haute autorité à œuvrer
-pour faire procéder à la révision et à l’annulation
de sa condamnation et ordonner
la remise en liberté immédiate de Me Lydienne Yen Eyoum
qui présente toutes les garanties de représentation,
-pour que puisse être
effectivement garanti l’intégrité physique et psychologique de Me
Lydienne Yen Eyoum,
-pour veiller à ce qu'elle reçoive des soins
appropriés et ne subisse plus de mauvais traitements ;
- ; plus généralement, de se conformer aux dispositions de la
Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments
régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés
par le Cameroun.
En espérant que notre
requête sera prise en considération,
Nous vous prions de
croire, Monsieur le Président à l’assurance de nos sentiments
déférents.
[Votre nom ici]
[Signature]
[Votre nom ici] [Signature]
LETTRE A
SIGNER ET RETOURNER A idhae@idhae.org
ADRESSES
· M. Paul Biya, Président de la République, Présidence de la
République, Palais de l’Unité, 1000 Yaoundé, Cameroun, Fax +237 222
08 70
· M. Philémon Yang, Premier ministre et Chef du gouvernement,
Primature du Cameroun, Fax : +237 22 23 57 35 et courriel :
spm@spm.gov.cm
· M. Laurent Esso, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux,
Ministère de la Justice, 1000 Yaoundé‚ Cameroun, Fax : + 237 223 00
05
· Dr. Chemuta Divine Banda, Président de la Commission
Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL), Tel : +237
222 61 17, Fax : +237 222 60 82, E-mail : cndhl@iccnet.cm
· M. Jean Simplice Ndjemba
Endezoumou, Ambassadeur, Mission permanente
de la République du Cameroun auprès de l’Office des Nations Unies à
Genève, rue du Nant 6, 1207 Genève, Suisse, Fax : + 41 22 736 21 65,
Email : mission.cameroun@bluewin.ch
MERCI
D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT
Copyright © 2014 by
IDHAE- Observatoire Mondial
des Droits de la Défense et des violations des droits des avocats.European
Bar Human Rights
Institute.
Reproduction Interdite.
|