Li Zhuang, avocat de Pékin et membre du cabinet Kangda Law Firm, âgé de 48
ans, a été condamné, le 8 janvier 2010,
à 30 mois de prison pour fabrication de fausses preuves par le
tribunal de la municipalité de Chongqing. Son avocat, Gao Zicheng, ardent défenseur de la règle de droit en
Chine, a annoncé que son client ferait appel. Li Zhuang a pour sa part déclaré :" Même si je ne fais pas appel, 160 000 avocats
chinois le feront pour moi".
Le
recours à ce type de procédure contre les avocats est d plus en plus
fréquent en Chine pour décourager les avocats d’assurer la défense des accusés.
Le zèle déployé par les pouvoirs publics
notamment dans les affaires de corruption menace en effet la sécurité
juridique des avocats [voir article du NYT, en anglais].
Li
Zhuang
avait été arrêté le 13 décembre 2009, avec l'autorisation du
parquet municipal de Chongqing, pour faux témoignage et entraves à
l'exercice de la justice, a déclaré un responsable du gouvernement de
Chongqing.
La
ville de Chongqing, une mégapole du centre de la Chine, en pleine
expansion, fait l’objet depuis le printemps 2009, d’une vaste enquête destinée à
démanteler les réseaux du crime organisé.
Li
Zhuang est l'avocat de Gong Gangmo,
un "milliardaire" patron d'une usine de cyclomoteurs,
qui aurait bénéficié de conditions privilégiées pour acquérir des actifs
financiers et des terrains avec la complicité des autorités. Gong Gangmo est l'un des chefs d'un gang de 79 membres
jugé dans les Tribunaux populaires intermédiaires de la ville, pour organisation,
direction et participation à une organisation criminelle, assassinat,
vente et transport de drogues et d'armes à feu dans la ville.
Deux cents personnes seraient impliquées, dont des hauts responsables de
la police et de la justice.
Avant
l'ouverture du procès, Li Zhuang aurait été
dénoncé, selon la police de Chongqing,
par son client Gong Gangmo, qui l'accuse
de lui avoir conseillé notamment de raconter qu'il aurait été
torturé lors de son interrogatoire. A la suite des accusations du chef
mafieux, Li Zhuang est poursuivi pour avoir
violé l'article 306 du code pénal, qui précise toute personne qui fournit
des faux témoignages peut être condamnée
à sept ans de prison.
Une
controverse s'est engagée avec le parquet et la police de Chongqing, et
les médias, qui ont présenté Li à la télévision comme un avocat ayant
enfreint les règles professionnelles. Des avocats de l'ensemble du pays ont condamné dans
un article paru dans China Youth Daily
le 14 décembre le fait d'avoir présenté Li Zhuang
publiquement comme un menteur avant même qu'il ait eu la possibilité de
s'expliquer devant un tribunal.
Le
traitement ainsi réservé à Li a notamment provoqué la colère d'un groupe d'avocats de Pékin qui a écrit
aux autorités pour exiger une enquête et souligné que la police de Chongqing avait diffamé la
profession entière. Un groupe de 20 avocats a publié une lettre ouverte
pour demander que l'on s'attache à examiner de plus prés les
circonstances de la répression massive organisée à Chongqing. La lettre
affirme que les autorités de
Chongqing ont violé la loi en détenant l'avocat alors que les faits
imputés à l'avocat étaient peu
clairs, et a demande aux autorités de reconnaître les droits de Li en sa
qualité d'avocat de la défense.
Li
Fangping, un des principaux signataires, a
précisé que les avocats sont le seul "groupe" qui ait été
dépouillé de tous ses droits depuis qu'a été entamée la prétendue
répression contre les groupes organisés à Chongqing
Une
délégation du barreau de Pékin,
Beijing Lawyers Association (BLA), s'était
rendue à Chongqing, le 15
décembre, pour mener sa propre
enquête sur les faits.