histoire du Prix

 

 

3 octobre 2003


Cérémonie de remise du VIIIème Prix International des Droits de l’Homme "LUDOVIC-TRARIEUX


dans l'Amphithéâtre de l'Ecole Nationale de la Magistrature à Bordeaux
à

Digna Ochoa

(à titre posthume)

Bárbara Zamora

 

par le Batonnier Jean CRUYPLANTS, Bâtonnier du barreau de Bruxelles.

 

janvier

De g. à d. : Dr Alfred KRIEGLER, Président Union des Avocsts Européens, le bâtonnier Yves DELAVALLADE, M. Jesus OCHOA y PLÁCIDO, le bâtonnier FAVREAU, président de l'IDHAE, le bâtonnier FLECHEUX, président de l'Institut des Droits de l'Homme du Barreau de Paris,, Mme Bárbara ZAMORA, M. Haris TAGARAS, du barreau d'Athènes,le bâtonnier Jean CRUYPLANTS bâtonnier de l'Ordre français des Avocats au barreau de Bruxelles.

 

“L’hommage des avocats à un avocat ”

 

La Cérémonie de remise : (Cliquez sur le titre qui vous intéresse)


  • 1. Discours de Monsieur Gilbert AZIBERT, Directeur de l'Ecole Nationale de la Magistrature

  • 2. Discours de M. Alfred KRIEGLER, Avocat au barreau de Vienne (Autriche), Président de l’Union des Avocats Européens

  • 3. Discours de Monsieur le Bâtonnier Yves DELAVALLADE, Bâtonnier du Barreau de Bordeaux

  • 4. Discours M. Haris TAGARAS, représentant le barreau d'Athènes

  • 5. Discours M. Woijtieck HERMELINSKI,Vice Président du Conseil National des Barreaux de Pologne

  • 6. Discours de M. le Batonnier Jean CRUYPLANTS, Bâtonnier de l'Ordre français des avocats au barreau de Bruxelles.

  • 7. Adresse de M. le bâtonnier Georges FLECHEUX, Président de l'Institut des Droits de l'Homme du Barreau de Paris

  • 8. Discours de Monsieur le Bâtonnier Bertrand FAVREAU, Président de l'IDHAE

  • 7.Remerciement de M.Jesus Ochoa y Placido

  • 10. Remerciement de Madame Bárbara Zamora


     

    Discours de

    Monsieur Gilbert AZIBERT, Directeur de l'Ecole Nationale de la Magistrature

     

     

    Pour la première fois depuis sa création ce prix sera remis à titre posthume.

     

    Cet hommage auquel je m'associe, rendu à la mémoire de Digna OCHOA, avocate mexicaine assassinée, me touche particulièrement.

     

    Gardons à l'esprit que les débats qui nous occupent, comme celui consacré à l'Europe judiciaire, sont des débats de juristes particulièrement privilégiés, qui n'ont pas à souffrir dans leur corps de la violence, de la torture, des intimidations, pour exercer leur activité.

     

    Madame Barbara ZAMORA, collaboratrice de Digna OCHOA, à qui le prix sera également remis ce soir, sera présente pour nous rappeler combien la veille que les instituts ici présents exercent, est essentielle pour éviter que ne se multiplient les exactions qui ont causé la mort de Digna OCHOA, elle nous rappellera également que votre vigilance, que notre vigilance, ne devra jamais être prise en défaut.

     

     

    Le respect des droits de l'Homme, fût-il affirmé, proclamé par toutes les conventions et les chartes internationales que nos Sociétés peuvent créer, le respect des droits de l'Homme est à ce prix.

     

     

     

    Gilbert AZIBERT

    Directeur Ecole Nationale Magistrature

     

     

     

     


    Discours de Me Alfred KRIEGLER,

    Viceprésident de l'Union des Avocats Européens.

    Lors de la remise du Prix Ludovic Trarieux 2003

     

    Mesdames et Messieurs les Hauts Magistrats,

    Messieurs les Présidents,

    Messieurs les Bâtonniers,

    Chers Confrères,

    Mesdames, Messieurs,

     

    Nous sommes ici réunis pour rendre hommage à deux personnalités. Elles ont lutté en faveur des Droits de l’Homme. Une d’entre elles a même sacrifié sa vie pour la cause des Droits de l’Homme. 

    Nous sommes ici réunis pour attribuer un prix des Droits de l’Homme dénommé «Prix Ludovic Trarieux», du nom de celui qui s’est engagé pour les Droits de l’Homme en particulier lors de l’Affaire Dreyfus.

    Nous sommes ici réunis, parce-que Bertrand Favreau, fondateur de l’UAE et de l’IDHAE, mène une lutte infatigable en faveur des Droits de l’Homme.

     

    Les Droits de l’Homme figurent donc au centre de nos réflexions. Le fondement spirituel de l’idée de la dignité humaine repose sur la doctrine selon laquelle l’être humain aurait été créé à l’image de Dieu. Il repose sur l’ancien Testament et fut renouvelé à travers le Christ. La conviction de la dignité innée de chaque être humain a marqué les Droits de l’Homme en Europe plus que tout autre révélation ou débat philosophique. Sans cela, le développement des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales est totalement inimaginable.

    Les principes de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen: Liberté, Egalité, Fraternité, sont des principes propres à la conception chrétienne de l’État et de la société. Je sais que l’on ne se rend pas du tout compte de cela dans la France laïque.

     

    Ces principes furent également ceux de la Révolution bourgeoise ainsi que ceux du développement des États constitutionnels au 19ème siècle. Ils n’expriment pas seulement l’idée de la dignité humaine, mais aussi celle de la solidarité (Fraternité!).

    Le principe de subsidiarité constitue un modèle marquant également le rapport de l’individu et de la société avec l’État, tout comme le rapport de la minorité avec l’État, et, aujourd’hui, le rapport des États individuels avec l’Union Européenne.

    Pour cette raison les idées fondamentales de toute conception chrétienne de l’État – dignité humaine, solidarité et subsidiarité – sont des principes conducteurs de notre vie en commun. Ces principes caractérisaient et caractérisent l’Europe. Il est possible de bâtir sur eux.

     

    Je cite ces racines chrétiennes de notre Europe parce-qu’elles sont importantes. Tellement importantes, que l’on a même discuté la question de l’adoption d’une référence à Dieu dans la nouvelle constitution européenne.

    Personnellement, il ne me paraît pas important de débattre de la présence ou de l’absence de  Dieu et de nos racines chrétiennes dans notre constitution européenne. Mais il est important que nous n’oubliions pas les racines chrétiennes. Elles sont une composante essentielle de l’identité européenne, de notre identité.

     

    N’oublions donc pas qu’à l’origine de la dignité humaine se trouve la doctrine selon laquelle l’être humain a été créé à l’image de Dieu, n’oublions surtout pas cette référence transcendantale.

    Nous devrions remercier Dieu, une force supérieure ou simplement le pur hasard – selon notre propre attitude religieuse – pour tous ceux qui se battent pour le respect des Droits de l’Homme.

    En qualité de substitut nous remercions Digna Ochoa et Barbara Zamora; qu’elles servent d’exemple à nous tous!

     


     

    Discours de

    Monsieur le Bâtonnier Yves DELAVALLADE, Bâtonnier du Barreau de Bordeaux

     
























     

    Discours de

    Monsieur le Professeur Haris TAGARAS, représentant le barreau d'Athènes

     



    Mesdames et Messieurs, chers confrères, chers amis,

     

    L’heure est moins aux paroles, elle est plus à la réflexion, à la méditation et au recueillement devant le combat et les sacrifices de nos deux consoeurs auxquelles nous rendons hommage aujourd’hui et, en même temps, à tous nos confrères qui, dans des coins lointains, mais parfois aussi plus proches que l’on le croirait, de la planète se battent pour la dignité humaine dans des conditions dieu sait combien plus difficiles que celles de nos sociétés européennes.

     

    Lors de deux dernières cérémonies d’attribution du prix Ludovic Trarieux j’étais ici à titre individuel, d’avocat et d’enseignant des droits de l’homme, mais cette fois j’ai senti le besoin, avant de venir, de faire part au bâtonnier d’Athènes (et en même temps président de la conférence des barreaux helléniques), M. Dimitris Paxinos, de cette initiative, qui est maintenant une institution.

     

    Et je dois vous dire que M.Paxinos, toujours très sensible à tout ce qui concerne les droits de l’homme, m’a chargé non seulement de vous faire part de son soutien et de sa solidarité, mais il s’est déclaré prêt de se joindre à vous pour des actions futures d’autant plus que (pour lui en tout cas, mais je sais qu’il n’est pas le seul à voir les choses de la sorte), avec les interventions militaires et le souci légitime de combattre le terrorisme, on constate des pas en arrière dans le domaine de la protection des droits de l’homme, ce qui rend l’œuvre de leurs défenseurs encore plus difficile et ajoute donc à notre devoir professionnel et moral de venir à leur secours, devoir suprême pour tout avocat et dans l’accomplissement duquel vous pourrez pleinement compter sur vos confrères grecs.  

       


     

    Discours de

    M. Woijtieck HERMELINSKI,Vice Président du Conseil National des Barreaux de Pologne

     
























     

    Discours de

    M. le Batonnier Jean CRUYPLANTS, Bâtonnier de l'Ordre français des avocats au barreau de Bruxelles.

     
























     

    Discours de

    M. le bâtonnier Georges FLECHEUX, Président de l'Institut des Droits de l'Homme du Barreau de Paris

     


    Depuis plusieurs années, et alors même que le Bâtonnier Louis-Edmond PETTITI était à la tête de l’Institut de Formation en Droits de l’Homme du Barreau de Paris, l’Institut s’est spécialisé dans l’initiation des avocats, notamment avec une coopération soutenue de notre confrère Pierre LAMBERT.

    Cette formation a certainement été profitable à beaucoup d’avocats qui ont su conduire des procédures, soit devant le juge national, soit devant le juge européen, de manière satisfaisante.

    Pour autant, il est apparu que la mise en œuvre de la Convention dans chacun des droits nationaux européens s’est développée sans réticence des uns et des autres.

    L’ensemble des sujets traités ont porté sur la mise en œuvre des règles énoncées par la Convention dans le domaine des procédures. Chacun sait que, dans ce domaine, les droits nationaux ont été profondément modifiés et humanisés.

    Pour autant, le Bâtonnier Bertrand FAVREAU a eu le mérite de faire prendre conscience aux uns et aux autres de ce que la mise en œuvre nécessaire des Droits de l’Homme dans l’esprit européen ne pouvait pas nous laisser ignorer les déviances tragiques que l’on constate en dehors de nos frontières, mais nous ne pouvons pas tous être insensibles à ce que nous entendons et à ce que nous voyons.

    Dès lors, il devenait simplement impératif pour tenir la conscience des avocats français éveillée, de leur révéler les rames vécus ailleurs, en Amérique, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique.

    Le Prix Ludovic Trarieux, si opportunément créé par le Barreau de Bordeaux, nous donne l’occasion aujourd’hui de nous rappeler que la vie de beaucoup de nos confrères est admirable et mérite d’être connue. Ils font face, avec courage, à des persécutions qui, en d’autre temps, seraient apparues inimaginables.

    C’est la raison pour laquelle l’Institut de Formation en Droits de l’Homme du Barreau de Paris a accepté d’établir une coopération avec le Barreau de Bruxelles et celui de Bordeaux et tous les autres barreaux français qui souhaiteraient manifester leur sentiment commun à l’égard de l’actualité.



     

    Discours de

    Monsieur le Bâtonnier Bertrand FAVREAU, Président de l'IDHAE

     

    Monsieur le Juge à la Cour Pénale Internationale,

    Mesdames et Messieurs les Hauts Magistrats,

    Mesdames et Messieurs les Bâtonniers,

    Mesdames et Messieurs les Présidents,

    Mesdames et Messieurs,

    Mes Chers Confrères,

     

    Dans quelques mois, au cœur de l’hiver prochain, il nous faudra commémorer un double anniversaire, un anniversaire pieux et triste, celui de la mort, de Ludovic Trarieux, le 13 mars 1904, alors que l’affaire Dreyfus n’était pas terminée, et celui de la naissance de ce Prix International des droits de l’Homme attribué à un avocat qui porte son nom, le 4 mars 1984.

     

    Et , à l’approche de cette anniversaire, nous sommes heureux de pouvoir cette année le remettre, ici, à Bordeaux, où se Prix est né, il y a donc presque vingt ans. Nous ne le faisons que comme un message plus général. Parce que les droits de la défense sont un de ces droits imprescriptibles, indivisibles de l’homme. Qu’ils sont universels et que ce Prix qui a été l’année dernière remis à Paris, qui peut l’être aujourd’hui à Bordeaux, le sera demain, à Bruxelles, à Athènes , à Varsovie ou ailleurs.

     

    Conscient qu’une défense sans frontière ne peut être un slogan , pour la première fois, les vingt un membres du Jury de ce Prix, toujours renouvelé mais toujours fidèle à lui même, ont choisi de célébrer doublement la pérennité de la défense, comme un principe vivant et plus fort encore que ceux qui en ont très momentanément la dure et humble charge, soit que pour accomplir leur mission ils aient du accepter le sacrifice de leur vie, soit qu’ils soient chaque jour davantage menacés de la perdre.

     

    Elle a été religieuse dominicaine et sa foi en Dieu qui ne s’est jamais démentie se doublait d'une autre exigence : une soif inextinguible de justice.

     

    Mais, à Veracruz où elle est née, Digna Ochoa avait entendu les lamentations des sans-droit : Ils n’aspiraient qu’à la justice et ils disaient : "on manque d'Avocats"

     

    Aussi est-ce sans renier son engagement premier, elle devait au contraire, le compléter en consacrant sa vie aux autres et en choisissant la profession d’avocat.

     

    C’est pour cela qu’elle est venue en 1990, à Mexico et est entrée au Centro de Derechos Humanos Miguel Agustín Pro-Juárez, le Pro-DH - ainsi nommé en hommage au bienheureux Miguel Pro, jésuite mexicain mort martyr en 1927 et dirigé par des Pères Jésuites - une des ONG les plus actives du Mexique, qui depuis 1988, .tente de diffuser le respect de la diversité et de promouvoir la tolérance au sein de la société mexicaine

     

    Et elle en deviendra même la coordonnatrice légale.

     

    C'est qu'elle a vu la misère, la marginalisation des communautés indigènes et les affrontements violents entre l'armée et la population dans les Etats du Chiapas, du Guerrero et d'Oaxaca. .

     

    Au Mexique, lorsque les plus défavorisés commencent à manifester contre leur misère et leurs conditions de vie, lorsqu'ils réclament leurs droits, la répression est immédiate. Comme si le Mexique se devait d’obéir à ce que Jorge Luis Borges a appelé sa « mythologie du sang », celle des prêtresses de Montezuma qui psalmodiaient, « les Dieux ont soif ! », Mais c’est aujourd’hui le peuple qui crie sa soif. Plus de sang, mais de justice

     

    Digna a été l'Avocate des veuves du massacre d’Aguas Frescas. Elle a défendu jusqu’au bout 26 zapatistes présumés grâce à l’aide financière des diocèses des Etats Unis. « C’était notre mission ! », disait-elle.

     

    Avec les autres Avocats du Centre, elle a été surtout l'Avocate de Rodolfo Montiel Torres et de Teodoro Cabrera García, deux paysans, militants écologistes, qui défendaient les forêts du Guerrero dans la sierra de Petatlán .

     

    Il en fallait du courage pour démontrer que les deux malheureux arrêtés par des soldats du 40ème bataillon d'infanterie, avaient été torturés et soumis à un simulacre d'exécution, qui avait pour objet de leur faire signer une feuille blanche. Celle qui deviendra leurs aveux[1].

     

    .L’ombudsman national avait bien déclaré illégale leur détention. Amnesty International les avait adoptés comme prisonniers d'opinion. Mais rien n'y fit. En 1999, ils furent condamnés à 7 et 10 ans de prison sur la base de leurs "aveux".

     

    Depuis 1995, les Avocats du Centre Pro Juarez, assuraient aussi la défense de plusieurs accusés soupçonnés d'appartenir à l'Armée Nationale Zapatiste qui s'étaient soulevés dans l'Etat du Chiapas le 1er janvier 1993.

     

    Digna Ochoa n'a pas craint de mettre en cause les groupes paramilitaires et a mené une action en Justice contre seize de leurs membres.

     

    C'est à ce moment là que l'intimidation et les menaces ont commencé.

     

    Elles sont alors usuelles au Mexique, Avocats et journalistes en reçoivent tout au long de l'année.

     

    Mais pour Digna Ochoa les menaces se précisent. Il s'agit de menaces de mort.

     

    Et comme elle continue inaltérable ment son combat, ces menaces prennent en 1999 une réalité physique.

     

    Le 9 août 1999 Digna Ochoa y Plàcido a été contrainte de monter dans une voiture par deux hommes inconnus qui l'ont séquestrée pendant 4 heures et l'ont relâchée après l'avoir frappée au ventre.

     

    Son sac et ses papiers lui ont été retirés. Elle a été informée que si elle parlait, elle devait craindre pour sa vie.

     

    Deux mois plus tard, en octobre 1999, des hommes en civil ont fait irruption à son domicile, elle a été interrogée sur ses activités au centre pro-juárez, les contacts qu'elle avait, les clients qu'elle défendait.

     

    Puis elle a été abandonnée pieds et mains liés, près d'un robinet de gaz ouvert.

     

    Elle a essayé de ramper pour téléphoner, mais la ligne téléphonique avait été coupée.

     

    A la suite de ces faits, des plaintes ont été déposées.

     

    Digna est formelle : chaque fois il s’agissait de militaires en civil.

     

    Il y a bien eu une ouverture d'enquête, mais elle fut immédiatement classée.

     

    Nous le savons donc, nous tous. Il s'agissait dès lors de la chronique d'une mort annoncée.

     

    La Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme a bien pris au sérieux ces menaces.

     

    Elle a demandé à la Cour d'enjoindre au Gouvernement mexicain d'assurer la protection policière de Digna Ochoa.

     

    L'injonction fut bien lancée et une protection accordée. Mais quelle protection effective est-on en droit d'attendre d'un Etat qui ne veut toujours pas en finir avec l'impunité garantie aux agresseurs ?

     

    Il restait à Digna à espérer se faire oublier de ses persécuteurs.

     

    Et pour cela, à confier à un autre Etat sa protection, en choisissant l'exil.

     

    En août 2000, Digna Ochoa est partie donc pour les Etats-Unis.

     

     

     

    C'est dans ce même combat que s'était investie presque à la même époque Bárbara Zamora.

     

    En 1991, elle avait créé un Cabinet à Mexico. Elle avait défendu les plus défavorisés,

     

    Il résumait les aspirations d'un peuple à plus de justice.

     

    Il sonnait comme une revendication et claquait haut et fort comme une exigence immédiate de ce qui manquait le plus à la majorité des mexicains : Tierra y libertad - terre et liberté.

     

    Pour cela, elle s'est consacrée au droit agraire et au droit pénal et surtout aux droits de l'Homme en milieu agraire.

     

    Avec Pilar Noriega, elle a reçu les dossiers les plus sensibles, ceux dont les autres Avocats ne veulent pas, ceux qui dérangent : ceux des zapatistes, des indigènes et des marginalisés le plus souvent victimes des abus du pouvoir. Menaces, avanies, agressions ne lui furent pas épargnées.

     

    Vouée à la défense des prisonniers politiques elle a connu les fouilles corporelles, intimes humiliantes dans des prisons de haute sécurité où il est interdit d'amener une feuille de papier et un stylo me^me lorsque s’y déroulent les procès et où il faut trouver dans le secours de sa seule mémoire les armes inégales pour défendre.

     

    Elle a été conseillère de L'EZLN -l’Armée Zapatiste de libération nationale - a joué un rôle permettant d’aboutir aux accords de San Andrés en février 1996 puis à la reconnaissance de droits constitutionnels pour les indigènes..

     

    Cela a duré jusqu'en 2000.

     

    En 2000, il y eut une grande espérance au Mexique.

     

    Aux élections du 2 juillet, pour la première fois depuis plus de 70 ans, le Parti Révolutionnaire Institutionnel, a été battu.

     

    Dans son programme le Président Vicente Fox s'est engagé à lutter contre la corruption, le trafic de drogue et l'impunité.

     

    Une ère nouvelle s'ouvrait. C'en était donc fini du Mexique des disparitions, des arrestations arbitraires et des tortures ou des menaces contre les défenseurs des droits de l'Homme.

     

    Du moins le croyait-on.

     

    Lorsque le nouveau président a pris ses fonctions le 1er décembre 2000, les observateurs les plus perspicaces auraient dû remarquer que le nouveau Président avait confié à un militaire la charge de Procureur Général de l'Etat.

     

    Que peu à peu, au cours des mois, pas moins de 16 militaires se sont emparés des postes clés.

     

    A cette époque là, Digna Ochoa était toujours aux Etats Unis. Mais la fibre de l'Avocat est trop forte. Son besoin de défendre la taraudait.

     

    Ici commence à s’écrire la Chronique d’une mort annoncée.

    Il nous faut égrener les vers du poète de Mes tristesses en deuil, Manuel Guttiérrez Nájera, lui aussi, mort à trente-six ans à peine, le plus mexicain des poètes selon Borges, :

     

    Venez et parlez moi

    Des choses envolées

    Des tombes qui se taisent

    Des morts aimés et des vivants ingrats

     

    En mars 2001, Digna est revenue au Mexique. Tous ceux qui l'avaient connue l'ont retrouvée telle qu'en elle-même : sa gabardine couleur café sur le bras. Elle était gain, l’écho des menaces anciennes s’était estompé… Elle se disait elle-même, soulagée, de n’avoir plus reçu d’autres menaces.

     

    Elle retrouvait Bárbara Zamora, pour devenir Avocate indépendante et rejoindre au Cabinet Tierra y libertad.

     

    Et en octobre 2001, Digna Ochoa et Bárbara Zamora avaient une première affaire importante.

     

    Celles des frères Cerezo Contreras . Ils étaient soupçonnés d'appartenir aux FARP - les Forces armées révolutionnaires du peuple- et d'avoir commis un attentat contre une agence de la BANAMEX. .La première audience de leur procès était fixée au 22 octobre.

     

    En vue de préparer l'audience, un entretien est prévu le samedi 20 octobre.

     

    On le sait déjà : Digna Ochoa ne sera pas au rendez-vous.

     

    On a assassiné Digna Ochoa avant la première audience du procès Cerezo Contreras.

     

    Au soir du 19 octobre, on la retrouvera morte dans son Cabinet du 31 A de la rue Zacatecas. 3 balles ont été tirées : une a pénétré dans un fauteuil, l'autre dans la cuisse, la troisième dans la tête au-dessus de l'oreille gauche.

     

    Le corps de Digna se trouvait dans l'entrée, par terre, la tête posée sur le siège et le visage ensanglanté.

     

    Digna avait 37 ans.

     

    A côté de son corps, il y avait des menaces : elles concernaient tous les avocats du Centre Pro-Juárez s'ils continuaient leurs activités dans la défense des Droits de l'Homme.

     

    Mais le Procureur du District Fédéral de Mexico, Bernard Bátiz Vázquez, arrivé sur les lieux du crime vers 22h qui s'est engagé à faire le nécessaire pour connaître les responsables .ne devait jamais en parler.

     

    Dire que l'émotion fut immense, serait un euphémisme.

     

    Cette mort bouleversa le Mexique et franchit vite les frontières.

     

    De l'Episcopat aux Ambassades, les messages condamnant cet attentat déferlèrent.

     

    Le Président Vicente Fox, dans un premier temps, restait silencieux, il préférait consacrer ses instants à inaugurer le concert que sa femme organisait avec Elton John[2].

     

    Mais trois jours après, devant le concert d'indignation manifesté par 80 O.N.G. dans le monde, à son tour il s'indigna véhémentement.

     

    Puis, parce que cela ne suffisait pas face à une émotion qui ne cessait pas, dans les semaines qui suivirent le président Fox libéra les deux clients de Digna, les deux paysans écologistes, Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera. Non pas parce que leurs aveux avaient été extorqués sous la torture, mais "pour raisons humanitaires".

     

    Lui aussi, du sommet de l’Etat, s'engagea formellement à ce qu'une enquête indépendante et approfondie soit menée.

    Car le droit à la vie est le premier des droits de l’homme. Il est garanti non seulement par Article 3. de la Déclaration universelle des droits de l´homme[3] par l’Article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de décembre 1966, pacte qui a une force obligatoire et auquel le Mexique est partie.[4]

    Certes nul ne saurait exiger d’un Etat qu’il puisse empêcher la plupart des actes homicides ; Tout au plus peut-on lui demander de ne pas y prêter la main en assurant l’impunité aux assassins.

     

    Car il est une obligation dont les états sont comptables, celle de mener une enquête effective. Cela est vrai en Amérique comme en Europe. C’est le corollaire du droit à la vie. Le simple fait que des autorités soient informées d’un décès donne pour elles ipso facto naissance à l’obligation, de mener une enquête effective.

     

    Ce qui signifie, - et pour nous, Européens, la Cour des droits de l’Homme vient de le rappeler dans l’affaire du solicitor irlandais Patrick Finucane - comme elle sera sans doute amenée à la rappeler sans doute dans celle de Rosemary Nelson, tous deux avocats et morts pour avoir défendu - :

     

    Que l’enquête doit être menée avec diligence et célérité.

    Que soient menées des investigations approfondies, impartiales et attentives que toutes les précautions nécessaires soient prises pour préserver les preuves.

    Que les personnes qui en sont chargées soient indépendantes des personnes impliquées ce qui suppose non seulement l'absence de lien hiérarchique ou institutionnel, mais aussi une indépendance concrète.

    Que l’enquête doit permettre d'identifier et de sanctionner les responsables, ce qu’il exclut qu’elle présente de nombreuses omissions inexpliquées ( comme l’omission par l'expert médico-légal de déterminer l'heure à laquelle les blessures fatales ont été infligées  ou l’oubli d’un certain nombre de témoins importants).

    Qu’il y ait un contrôle du public et la participation de la famille.

     

    Et tout cela a une finalité : préserver la confiance du public en la justice et dans le respect du principe de légalité et pour éviter toute apparence de complicité ou de tolérance relativement à des actes illégaux.

     

     

    Les mois ont passé. On connaît aujourd'hui le résultat. Comme pour tant de crimes au Mexique, au cours des dernières décennies, depuis celui du cardinal Posadas en 1993, l’enquête n’a pas eu lieu.

     

    Après la Chronique d’une mort annoncée et nous faut faire l’Autopsie d’une enquête dénoncée.

     

    Pourtant les premiers enquêteurs avaient été formels dans l'identification de la méthode. Ils avaient confié à Bárbara Zamora, chargée de mener une enquête et de contrôler celle qui était menée par le Procureur Spécial. , le caractère usuel et signé de l’attentat : trois balles : une pour intimider, une pour immobiliser et la dernière, dans la tête pour tuer.

     

    L'ensemble maquillé, pour donner à qui n'en chercherait pas d'autres, des éléments permettant de faire croire à un suicide.

     

    Bref, une exécution. Du travail banal de professionnels.

     

    Ces enquêteurs ont été pourtant immédiatement désavoués.

     

    L'enquête a été confiée à un Procureur spécial, Renato Sales Heredia.

     

    En quelques mois, ceux qui espéraient la vérité ont compris.

     

    L'enquête ne recherchait pas les coupables, mais déployait une énergie laborieuse à étayer la thèse du suicide.

     

    Elle était ponctuée d'irrégularités, d'un art consommé à dépérissement des preuves et prenait soigneusement à témoin l'opinion publique par l'organisation de fuites systématiques sur l'enquête.

     

    La Commission américaine des Droits de l'Homme s'est inquiétée de cette enquête partielle et dirigée. Elle a pointé les pistes qui n’avaient pas été explorées..

     

    « Crime d’Etat », a dit Bárbara Zamora qui n'a cessé alors de protester. Et dès l'année 2001, Bárbara Zamora, à son tour, a reçu, des menaces téléphoniques lui avaient été faites avec des bruits de coups de feu, des cris et des musiques de de requiem, et des mots qui rimaient avec cercueil.. Au terme de nombreux mois d'irrégularités et de partialité, elle obtint cependant à la suite d'une demande formulée officiellement devant le Ministère Public, le dessaisissement du Procureur Renato Sales.

     

    Mais le 18 mars 2002, Bárbara Zamora a reçu à nouveau des menaces par courrier électronique. Les mêmes que celles reçues par Digna Ochoa avant sa mort

     

    C’est le moment où une nouvelle enquête allait commencer.

     

    Il fallait nommer un responsable.

     

    Le choix fut vite fait par le Procureur du District Fédéral, Bernardo Bátiz. Renato Sales fut remplacé par Margarita Guerra Tejada.

     

    Seule, Bárbara Zamora s’est indignée. Il ne s'agissait pas d'un procès d'intention, mais d'une analyse fondée sur le passé professionnel de la nouvelle enquêtrice en chef.

     

    Elle était liée au Bureau du Procureur du District Fédéral où elle avait été fonctionnaire et s'était signalée par un art de l'enquête jamais élucidée, comme celle de l'assassinat d’un magistrat, Abraham Polo Uscanga.

     

    Pourtant, le nouveau procureur spécial a enquêté dans un domaine que son prédécesseur avait soigneusement laissé de côté, celui des militaires et des paramilitaires.

     

    On a cherché du côté de Petatlán et des montagnes de l'Etat du Guerrero où Digna Ochoa s'était rendue , répondant ainsi à l'appel de paysans terrorisés par l'armée, qui vivaient dans des grottes sans pouvoir nourrir leur famille, les 1er et 2 octobre précédant sa mort.

     

    On a cherché du côté des militaires qui avaient torturé Rodolfo Montiel et Téodoro Cabrera.

     

    Mais le 18 juillet dernier, Margarita Guerra, l'enquêtrice en chef, sans clôturer l’instruction, a donné les résultats de sa non-enquête en termes statistiques : l'armée ne serait pas en cause . Et la preuve en est qu'elle a interrogé au cours de dix jours de visite dans l'Etat du Guerrero, outre 40 civils, 32 militaires dont un général, 4 sergents, 2 capitaines, un lieutenant-colonel, un sous-lieutenant, 2 sergents et même 3 simples soldats . Or tous ont déclaré qu’ils ne connaissaient pas Digna Ochoa. N’est ce pas là bien la preuve définitive qu’ils ne savaient rien de ce crime ?

     

    La Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme a proposé de mettre à disposition du Parquet mexicain des experts indépendants. En balistique notamment.

     

    Mais qu'importe. De la balistique le Procureur spécial n'en a cure.

     

    Point n'est besoin d'un expert en balistique puisque les experts en psychologie et en psychiatrie du bureau du Procureur fédéral ont déjà analysé les écrits de jeunesse de Digna Ochoa.

     

    Ils y ont décelé des tendances paranoïdes, une névrose pathologique, qui tendraient à démontrer que les menaces, elle se les ait envoyées à elle-même.

     

    Pour le plus grand soulagement - provisoire - du gouvernement mexicain, ce ne serait donc pas un assassinat maladroitement maquillé en suicide, mais un suicide machiavéliquement travesti en assassinat.

     

    Qui le croira ?

     

    Est-ce que menaces de mort, le harcèlement, l’enlèvement, les " disparitions "ou les vols avec effraction.subies en raison de leur travail de 1995 à 1997, par plus de cent défenseurs des droits de l’homme et répertoriées par les organisations non-gouvernementales sont le fruit de leur invention comme celles qu’ont reçues, il y a encore quelques mois, deux autres avocats, Samuel Alfonso Castellanos Piñón et Beatriz Casas Arellanes dans leur bureau de l’ACAT [5] ?

     

    Est ce le Centre Pro Juárez qui s’est envoyé à lui-même les communiqués de menaces de mort si innombrables que l’on ne peut justement les compter aux bureaux du Pro-DH depuis 1996 ?

     

    Est-ce que les membres du Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de Las Casas de l'État du Chiapas sont les auteurs du harcèlement et des menaces qu’ils subissent depuis des années ?

     

    Est ce que les menaces qu'a reçues l’avocat Juan López Villanueva en Janvier 2000, ont été orchestrées par lui même[6] ?

     

    Est-ce que les inconnus qui ont suivi dans un véhicule sans plaque minéralogique Arturo Solis, Avocat et Directeur du Centre de Promotion des Droits de l'Homme de Reynosa, ont été inventés de toute pièce par lui[7] ?

     

    Est-ce que l'intimidation, le cambriolage d'un cabinet pour fouiller les dossiers relatifs à la défense des étudiants de l'Université - la UNAM - en mars 2000 au Cabinet d’avocat de Leonel Guadalupe Rivero Rodríguez, de Maurillo Santiago Reyes et de Maria Del Pilar Marroquin, relèvent de la mythomanie[8] ?

     

    Est-ce que les hommes inconnus qui ont battu Juan de Dios Hernández Monge, en Janvier 2000 sur le parking de l'Université Nationale Autonome, sortaient d'une imagination délirante[9] ?

     

     

    Ainsi le « Crime d’Etat » est devenu un suicide d’Etat. Ou le soulagement d’un état dispensé de rechercher plus longtemps des coupables….Seule, encore, dans tout le Mexique, Bárbara Zamora a eu le mot juste : « Infamie ! » a-t-elle déclaré à l’agence EFE.

     

    Et quand bien même, serait ce un suicide - ce que pas un seul de nous ici ne saurait croire un seul instant - la justice mexicaine ne serait pas quitte avec nous : il lui faudra nous expliquer pour quoi il n’y a pas eu d’enquête ont elle été classées sans investigations ?

     

    Pourquoi a t-on annoncé à Digna Ochoa à son retour des Etats Unis que la protection policière do,nt elle bénéficiait lui était désormais supprimée  malgré les recommandations de la Cour Interaméricaine et malgré les supplications de toutes les ONG internationales ?

     

    Comme l’écrivait un autre poète mexicain,  Jaime Torres Bodet, qui fut à la fois poète et directeur de l’UNESCO au milieu du siècle dernier, dans Civilisation :

     

    « Un homme meurt en moi toutes les fois qu’un homme meurt quelque part assassiné par la haine et la hâte d’autres hommes ».

     

    Et cela ne fait pour nous que rendre plus urgent, plus impérieux encore l’hommage que nous devons - nous qui ne risquons rien ou si peu - aux avocats mexicains, que nous voudrions honorer ce soir en vous.

     

    Le Jury n’avait pas le pouvoir d’attribuer deux prix mais seulement de diviser celui de cette année. Tout en restant fidèle à sa règle - il n’a pas voulu dissocier la menace accomplie de la menace proférée. Celle que le destin a frappée et celle qui continue à s’exposer aux mêmes périls.

     

     

    La philosophie précolombienne veut que l’histoire de l’homme soit née des ancêtres de la plus haute divinité aztèque, Quetzalcoatl, ces « profonds dieux morts » de Borges, dont les os mêlés au sang ont engendré l’humanité. Elle se s refuse à dissocier la vie de la mort.

     

    Et plus récemment dans EL Hablador - l’Homme qui parle - Mario Vargas Llosa nous a conté la croyance de ces indiens d’aujourd’hui qui passent leur vie à marcher, non pour changer de lieu mais pour que le soleil de tombe pas. Ils n’ont pas la foi de Digna mais eux non plus ne croient pas en la mort. Pour eux mourir c’est continuer de marcher autrement. . Chez eux lorsqu’un homme se sent fatigué il s’abandonne sur les rives d’un fleuve dans un lit de branches sèches pour que la prochaine crue recueille son corps intact. Car il sait qu’il va revenir accomplir sa marche dans le corps d’un autre, parler par la voix d’un autre.

     

    Lorsqu’elle a reçu les premières menaces de mort, Digna Ochoa est allé les confier à la mère supérieure au Claustro du Centre Pro Juraez. Et, mère Luce, la mère supérieur lui a répondu : » Une menace de mort, non, ce n’est pas une menace de mort. C’est une menace de résurrection. »

     

    Et Digna a accepté, apaisée, parce qu’elle n’a été qu’un instant l’âme de ce que doit être une défense. Et, l’âme de la défense ne meurt jamais.

     

    Elle est vivante. Vivante dans chaque plaidoirie de Bárbara Zamora, comme dans chaque mot que prononcent les avocats mexicains animés de la même foi qu’elle qui voulait disait elle se sacrifier pour les autres pour leur donner « la justice, le droit à la vie et au respect ».. Elle est vivante en tous ceux qui reprendront le discours éternel , dont nous n’aurons prononcé maladroitement tout au plus qu’à peine un phonème.

     

    Mesdames et Messieurs les Membres du Jury, vous avez choisi pour ce Prix un double hymne à la vie.

     

    Bertrand FAVREAU

     



    [1] Benito PEREZ, Le Courrier, 27 octobre 2001.

    [2] Alberto Najar, Rebelion, 1er novembre 2001.

    [3] Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

    [4] Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie.

    [5] AI Index: AMR 41/009/2003

    [6] Attacks on Justice". The Harassment and Persecution of Judges and Lawyers annual report of the Centre for the Independence of Judges and Lawyers (CIJL) 2002 .

    [7] AI INDEX: AMR 41/036/2000     5 July 2000

    [8] AI INDEX: AMR 41/017/2000   5 April 2000 ; AMR 41/24/2000 ; Report on the mission to Mexico of the Special Rapporteur on the independence of judges and lawyers, Dato'Param Cumaraswamy, E/CN. 4/2002/72/ Add.1 24 January 2002

    [9] AI Index: AMR 41/01/00, 6 January 2000- AMR 41/21/00 4 May 2000


     

    Remerciement de

    M.Jesus Ochoa y Placido

     























     

    Remerciement de

    Madame Bárbara ZAMORA

     

    AGRADECIMIENTO POR EL

    PREMIO INTERNACIONAL DE DERECHOS HUMANOS LUDOVIC TRARIEUX 2003.

     

    Agradezco profundamente al Institut des Droits de L"homme du Barreau de Bordeaux al Institut des Droits de L"homme du Barreau de París y al Institut des Droits de L"homme des Avocats Europeens, por el gran honor de que he sido objeto al otorgarme el Premio Internacional de Derechos Humanos Ludovic Trarieux 2003.

     

    Jorge Luis Borges, en un poema, nos dice que el ser humano existe para ser feliz y para ser justo. La manera de lograrlo depende de nosotros, y eso es lo que hace tan diverso al mundo. Porque hay hombres que deciden que la felicidad es la contemplación del color de la tarde; hay otros, como Borges, que creen que la felicidad es la Biblioteca. Otros piensan que la felicidad no està en este mundo, y que la justicia habita demasiado lejos de nosotros.

     

    Existió un hombre que quiso construir la felicidad y la justicia en el rostro de cada mujer, de cada niño y de cada hombre que sufrian los horrores de este mundo. Y en esa actividad tan noble que desarrollo, la caballería andante, encontró su propia felicidad y su propia justicia. Este hombre fue Don Quijote de la Mancha.

     

    Triste oficio el de caballero andante, se quejaba Don Quijote, pero necesario en la edad tan injusta en la que nos ha tocado vivir.

     

    Don Quijote murió pero, desde entonces, algunos, hemos compartido su oficio. La caballería andante es un oficio que se ha ejercido y se ejerce de diversas maneras. Una de ellas, como la ejerció Don Quijote. Con una lanza oxidada y un flaco rocín.

     

    El ser humano creyó, que la justicia se imponía con las armas, y que la única felicidad que podía conocer era la derrota de su enemigo. Y, entonces, pensó que la caballería andante era el oficio por el cual se imponían las ideas del otro, del más fuerte, el oficio por el cual se podía conquistar y dominar a otros pueblos, o a otros individuos. Y, por mucho tiempo, creyó -y todavía algunos lo creen- que la caballería andante era un oficio que ejercían los soldados o los mercenarios, y a cuya cabeza se encontraba el Gran Caballero Andante, señor de todas las guerras, y poseedor de la Justicia, de la Verdad y de la Bondad Universales.

     

    De ello tenemos ejemplos, como la invasión a Irak por parte de Estados Unidos y sus aliados, que creen ser poseedores de esa Justicia Universal. Los atentados del 11 de septiembre fueron el producto de dos ideas absolutas de lo que debe ser el mundo, de dos fundamentalismos que no aceptan las diferencias. El golpe militar contra Salvador Allende, su asesinato y el asesinato de la voluntad democrática de todo un país; las torturas y las desapariciones en Argentina, Chile, Brasil, Uruguay y México, durante los años en que sufrieron dictaduras; el asesinato y la marginación de los indígenas de México; el genocidio en Ruanda; el conflicto entre Israel y Palestina y sus miles de muertos. Todo eso se ha hecho en el nombre de la Justicia Universal. Todo eso es el resultado de la imposición de una idea absoluta del mundo, y del aniquilamiento de todos aquellos que son diferentes, de todos aquellos que no quieren compartir la forma de vida que se les impone, ni la idea de un mundo donde todos debemos compartir el pragmatismo, los centros comerciales, el dinero y el inglés como única forma de identidad y de comunicación entre los individuos y las comunidades.

     

    Pero hoy debemos entender aquello que nos ha dejado el Quijote y, junto con él, la literatura. Porque es precisamente en el diálogo, en la palabra, donde el ser humano ha encontrado, de forma más frecuente y más poderosa, la justicia y la felicidad.

     

    Cuando abrimos un libro comenzamos a dialogar con otro mundo; y ese diálogo, el ejercicio del pensamiento y de la palabra, es lo que nos hace humanos.

     

    Nuestra profesión, la de abogados, es otra de las formas en que la caballería andante se expresa. Tenemos que librar batallas cotidianamente. A la compañera Digna Ochoa una de estas batallas le costo la vida, y por la gran impunidad que existe en México hasta ahora no se sabe quien la asesinó, a pesar de que ya han pasado dos años, de ese hecho vergonzoso y cobarde.

     

    El trabajo de los abogados que defienden los derechos humanos de los grupos sociales más desprotegidos, marginados y reprimidos es hoy en día sumamente difícil. En México la situación es cada vez más problemática, pues el gobierno ha instrumentado una gran cantidad de reformas a la Constitución convirtiendo en letra muerta sus principios éticos, políticos y filosóficos esenciales; la ha destrozado a tal grado que ha perdido su naturaleza como pacto social. A pesar de ello, quedan algunos preceptos constitucionales emanados de la Revolución de 1910, encaminados a garantizar el bienestar social que, sin embargo, son meramente declarativos, pues el grupo gobernante ha hecho de esta función de gobierno una gran junta de negocios de la que ellos se han erigido como administradores y han instituido el poder público en beneficio propio y no del pueblo.

     

    En este sentido, se realizó una reforma constitucional mediante la cual el poder judicial está sometido de hecho y derecho al poder ejecutivo, en virtud de que el Presidente de la República nombra a los ministros de la Suprema Corte de Justicia, que es la cabeza del poder judicial, y de esta manera influye en el nombramiento de los jueces y Magistrados, es decir de la totalidad del poder judicial, perdiendo de esta manera en gran medida, su independencia y autonomía. Esta falta de independencia se refleja en sentencias màs que inicuas. El error judicial muchas veces no es error sino una maquinaciòn perversa y en otras ocasiones los jueces por debilidad se hacen còmplices de las mayore iniquidades.

     

    Otro signo de esta situación es la utilización de las fuerzas armadas en funciones policíacas reservadas por mandato constitucional exclusivamente a las autoridades civiles. Tenemos a un militar, a un general como titular de Procuradurìa General de la República. La militarizaciòn de la procuraciòn de justicia.

     

    En Chiapas la rebeliòn indìgena que hace nueve años surgiò a la luz pùblica por demandas totalmente legìtimas, sigue sin atenderse. Por el contrario, se realizó una reforma constitucional que lejos de reconocer los derechos y la cultura indígena, representa un retroceso y no cumple ni el espíritu ni la letra de los Acuerdos de San Andrés, firmados entre el Ejercito Zapatista de Liberación Nacional y el gobierno federal en febrero del año 1996.

     

    Otro problema es la lentitud en la administración de justicia que tiene su ejemplo más patético en el caso de los expedientes agrarios, muchos de los cuales llevan hasta 50 años de trámites judiciales y administrativos.

     

    Hay muchos elementos que influyen para generar esta situación. Esntre otros, está la gran corrupción en los tribunales; la falta de recursos económicos que enfrentan indígenas y campesinos para contratar los servicios de abogados, peritos y gastos de un juicio; la falta de comprensión de la lengua, pues muchos de ellos no hablan ni entienden el idioma español; la lejanía en que habitan respecto al lugar donde se encuentran los tribunales, todas estas circunstancias convierten en una verdadera utopía el acceso a la justicia para este sector de la población.

     

    Por otra parte, en mi país se vive un proceso de criminalización de los movimientos sociales, lo que trae como consecuencia el encarcelamiento y la tortura de personas que luchan por derechos como la educación pública y gratuita, la salud, la vivienda, el trabajo, la justicia y la democracia, fabricándoles delitos que no han cometido con la finalidad de mantenerlos en prisión por largo tiempo. Delitos cuyo único sustento es la autoinculpación arrancada bajo tortura por la policìa, tanto militar como civil.

     

    Las instancias encargadas de administrar justicia se han convertido en meros instrumentos al servicio del poder ejecutivo, el cual, a su vez, se encuentra totalmente supeditado y al servicio de los grandes intereses económicos, políticos y militares tanto nacionales como extranjeros.

     

    El poder judicial mexicano carece de mecanismos eficientes de control público y de fiscalización ciudadana sobre los aparatos de procuración y administración de justicia, por lo que se ha convertido en el instrumento ideal del gobierno autoritario que utiliza el derecho con criterios políticos, tal como se hizo en 1894 con el caso Dreyfus.

     

    El poder legislativo no està fuera de esta descomposiciòn, toda vez que aprueban leyes, casi sobre pedido, para favorecer los intereses econòmicos y polìticos nacionales y extranjeros. Como es el caso de los tratados de extradiciòn firmados con el reino de España, que viola los màs elementales derechos humanos.

     

     

    Por todo, ello decimos que en México no existe el estado de derecho, sino un derecho de estado que sólo refleja los intereses de un reducido grupo en el poder.

     

    El premio Ludovic Trarieux, representa un gran incentivo para mi trabajo como abogada en favor de los más necesitados, de los indígenas, de los campesinos, de los perseguidos polìticos, de los dirigentes sociales y de todos los que luchan por sus derechos, que se enfrentan con la soberbia de la clase gobernante que lejos de atender sus demandas les encarcelan.

     

    Estas causas que tanto en mi país como en el resto del mundo, pocos abogados están dispuestos a asumir. Este premio refuerza la convicción que tengo acerca del papel social del abogado. Ustedes, que tan generosamente me han otorgado este reconocimiento, con ello también colaboran a que la lucha por el respeto a los derechos humanos en Mèxico, sea más eficaz.

    Gracias por esta valiosa ayuda. Gracias porque, ahora, soy màs fuerte.

     

    Para terminar, quiero expresar un deseo, que las batallas que a diario libramos para que impere la justicia en el mundo, no sean un fin sino el camino para lograr que "para todos haya siempre pan para iluminar la mesa. Educaciòn para aliviar la ignorancia. Salud para espantar la muerte. Tierra para cosechar el futuro. Techo para abrigar la esperanza. Y trabajo para hacer dignas las manos" Muchas gracias.

     

     

    BÁRBARA ZAMORA

     

    janvier

    Bárbara Zamora

     

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