|
Le
26 janvier 2006, Dante Almaraz, avocat spécialisé dans la défense des droits
humains, a été abattu dans le centre de Ciudad Juárez, dans l’État de
Chihuahua, par des hommes dont on ignore l’identité. Il avait travaillé
sur plusieurs affaires relatives à la série d’attaques dont ont été
victimes des femmes de cette ville. Amnesty International craint que
Victor Javier García Uribe, accusé dans le cadre de l’une de ces
affaires, ne soit lui aussi attaqué. Elle pense par ailleurs que d’autres
défenseurs des droits humains de Ciudad Juárez ainsi que des membres de
la famille de Dante Almaraz sont en danger.
Selon les informations recueillies, Dante Almaraz traversait en voiture
le centre de Ciudad Juárez dans l’après-midi du 26 janvier, lorsqu’un
autre véhicule lui a barré la route. Des hommes armés en sont sortis et
ont tiré à plusieurs reprises sur l’avocat. Un passager qui se trouvait à
bord de la voiture de Dante Almaraz – son frère, semble-t-il – a été
grièvement blessé.
Dante Almaraz, avocat réputé de Ciudad Juárez, avait représenté Víctor
Javier García Uribe, un conducteur de bus qui aurait été torturé et
poussé à «avouer» le meurtre de huit jeunes femmes en 2001, et qui a été
condamné à cinquante années d’emprisonnement. Ses proches, qui menaient
une campagne pour prouver son innocence, ont reçu des menaces de mort
anonymes visant manifestement à les dissuader de poursuivre leur action.
En 2005, Dante Almaraz avait obtenu en appel la libération de Victor
Javier Garcia Uribe.
Mario Escobedo Anaya, avocat de Gustavo González Meza, le coaccusé de
Víctor Javier García Uribe dans l’affaire de meurtre, a été abattu par
des policiers en février 2002. Ces derniers ont affirmé avoir agi en état
de légitime défense, bien que plusieurs témoignages contredisent cette
version des faits. L’homicide n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie.
En 2003, Gustavo González Meza est mort en détention dans des
circonstances qui n’ont jamais été clairement établies. En 2002, puis en
2003, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a ordonné au
gouvernement mexicain de prendre des mesures de protection afin d’assurer
la sécurité de Dante Almaraz et d’autres personnes menacées (voir l’AU
40/03, AMR 41/006/2003 du 12 février 2003). Au moment où Dante Almaraz a
été tué, le gouvernement mexicain était toujours tenu par l’ordonnance de
la Commission, mais on ne sait pas exactement quelles mesures il avait
mises en place.
En 2005, Dante Almaraz avait déclaré publiquement que certains membres du
parquet local désapprouvaient ses activités de défenseur, pourtant
légales. La même année, il avait déposé une plainte contre les
représentants du ministère public chargé des affaires de Ciudad Juárez (General
de Justícia del Estado de Chihuahua de la Zona Norte) après qu’une
enquête eut été ouverte sur lui pour un vol de voiture qu’il a nié. Dans
les semaines qui ont précédé sa mort, il avait déclaré publiquement qu’il
était inquiet pour sa sécurité et estimait que s’il venait à lui arriver
malheur, la responsabilité en incomberait au parquet local. Les
allégations de Dante Almaraz auraient déclenché l’ouverture d’une enquête
interne au sein de ces services.
INFORMATIONS
GÉNÉRALES
Depuis 1993, plus de 370 femmes ont été victimes de meurtre à Ciudad
Juárez, une ville située à la frontière des États-Unis. Dans plus de la
moitié des cas, les auteurs présumés de ces crimes n’ont pas été traduits
en justice. Plusieurs personnes accusées de tels homicides ont affirmé
que des représentants du ministère public local leur avaient arraché des
«aveux» sous la torture. Ces allégations n’ont jamais fait l’objet de
véritables investigations et les autorités fédérales ont identifié au
moins 130 responsables locaux qui pourraient avoir contribué, par leur
négligence ou par leur complicité, à l’échec des enquêtes. Cependant,
dans les rares cas où ces personnes ont fait l’objet de poursuites,
celles-ci n’ont pas abouti.
ACTION
RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite
possible aux destinataires mentionnés ci-après (en espagnol ou dans
votre propre langue) :
– condamnez l’attaque perpétrée à Ciudad Juárez par des hommes armés qui
ont tué Dante Almaraz et blessé son passager, et demandez instamment
qu’une enquête exhaustive et impartiale soit ouverte sans délai sur cet
homicide et que ses auteurs présumés soient traduits en justice ;
– demandez instamment l’ouverture d’une enquête impartiale sur le rôle
présumé du parquet local dans le meurtre de Dante Almaraz ;
– dites-vous inquiet pour la sécurité de Víctor Javier García Uribe, des
proches de Dante Almaraz, avocat spécialisé dans la défense des droits
humains abattu le 26 janvier, et de tous les défenseurs des droits
humains de Ciudad Juárez ;
– exhortez les autorités à prendre les mesures nécessaires pour assurer
leur sécurité ;
– rappelez aux autorités que la légitimité des activités des défenseurs
des droits humains et leur droit de les mener à bien sans restriction et
sans crainte de représailles sont reconnus par la Déclaration des Nations
unies sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes
de la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les
libertés fondamentales universellement reconnus.
APPELS À
Gouverneur de l’État de Chihuahua :
Lic. José Reyes Baeza Terrazas
Gobernador del Estado de Chihuahua
Palacio de Gobierno, Primer piso, C. Aldama No.901, Col. Centro, CP
31000
Chihuahua, Estado de Chihuahua, Mexique
Fax : +52 614 429 3464
Formule d'appel : Señor Gobernador, / Monsieur
le Gouverneur,
Procureure générale de l’État de Chihuahua :
Lic. Patricia González Rodríguez
Procuradora General de Justicia del Estado de Chihuahua
Calle Vicente Guerrero 616, Col. Centro, CP 31000, Chihuahua, Estado de
Chihuahua
Mexique
Fax : +52 614 415 0314
Formule d'appel : Señora Procuradora, / Madame la
Procureure,
Responsable de l’Unité de promotion et de défense des droits humains
au sein du ministère de l’Intérieur :
Dr. Ricardo Sepúlveda
Secretaría de Gobernación
Reforma 99, Piso 21, PH, Colonia Tabacalera
C.P. 06030, México D.F
Mexique
Fax : +52 55 51 28 02 34 (si quelqu’un décroche, veuillez demander
la ligne de fax : «tono de fax por favor»)
Formule d’appel : Estimado Doctor, / Monsieur,
COPIES À
Commission d'État des droits humains :
Lic. Óscar Francisco Yáñez Franco
Presidente de la Comisión Estatal de Derechos Humanos de Chihuahua
Calle Décima y Mina, 1000
Col. Centro 31000, Chihuahua,
Mexique
Fax : +52 614 410 9849
ainsi qu'aux représentants diplomatiques du Mexique dans votre pays.
PRIÈRE D'INTERVENIR
IMMÉDIATEMENT.
|