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L'avocat Joseph Dunia Ruyenzi a
été menacé de mort après s'être attiré les foudres d'un juge, en demandant sa
récusation dans une affaire où il existait un conflit d'intérêts manifeste.
Amnesty International craint que sa vie ne soit en danger.
Dans la matinée du 20 février, Joseph Dunia Ruyenzi a reçu dans son bureau de
Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu (dans l'est de la RDC), la
visite d'un homme en civil prétendant appartenir aux services de sécurité. Il
a conseillé à l'avocat de quitter le pays « pour sa propre sécurité » et
de ne pas « créer des affaires qui compliquent les juges ».
Le 8 février, alors qu'il défendait un homme accusé de fraude dans la vente
de biens de l'État, Joseph Dunia Ruyenzi a demandé la récusation du président
du tribunal, au motif qu'il n'avait pas compétence à connaître de l'affaire.
Le juge, Matthieu Besembe Wangela, avait en effet déjà rendu un jugement dans
cette affaire lors d'un précédent procès et devait donc se retirer de toute
nouvelle audience, conformément à la législation congolaise.
Dans une nouvelle entorse à la loi, le magistrat a sommairement ordonné
l'arrestation de Joseph Dunia Ruyenzi pour « outrage à la magistrature » et
l'a condamné à six mois d'emprisonnement. Amnesty International considère cet
ordre illégal et arbitraire. Les fonctionnaires du tribunal ont refusé de
l'appliquer et les avocats du barreau de Goma ont manifesté leur désaccord
par une journée de grève.
Le procureur de la province a lancé une procédure de recours contre la décision
du juge. La prochaine audience en appel doit avoir lieu le 23 février. Pour
l'heure, Joseph Dunia Ruyenzi est en liberté provisoire. Si l'ordre de
l'arrêter venait à être exécuté, Amnesty International considèrerait cet
homme, qui n'a fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression dans le
cadre de ses activités professionnelles, comme un prisonnier d'opinion.
Joseph Dunia Ruyenzi, militant de longue date, est un ardent défenseur des
droits humains. Son organisation Promotion de la Démocratie et Protection
des Droits Humains enquête régulièrement sur des violations des droits de
la personne, dispense des formations aux droits humains à des fonctionnaires,
notamment des policiers, et effectue des visites dans des prisons et des
centres de détention. Il a déjà été menacé à plusieurs reprises en raison de
ses activités de défenseur des droits fondamentaux.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Les autorités congolaises s'efforcent de réhabiliter et de réformer la
justice du pays, marquée par des années de conflit et d'interférences
politiques systématiques dans les questions judiciaires. Reste que la
corruption, le trafic d'influence et les abus de pouvoir demeurent
omniprésents dans certains secteurs de l'appareil judiciaire et que, de fait,
de nombreuses personnes sont arrêtées arbitrairement, poursuivies sur la base
d'éléments irrecevables et jugées dans le cadre de procédures inéquitables.
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite
possible aux destinataires mentionnés ci-après (en français, en anglais ou
dans votre propre langue) :
- appelez les autorités à faire le nécessaire pour que soit annulé l'ordre
d'arrêter Joseph Dunia Ruyenzi, qui a été prononcé illégalement et
arbitrairement ;
- priez-les de veiller à ce que cet avocat ne soit plus menacé ni harcelé ;
- dites que si l'ordre d'arrêter Joseph Dunia Ruyenzi venait à être exécuté,
Amnesty International considèrerait cet homme, qui n'a fait que mener ses
activités professionnelles légitimes, comme un prisonnier d'opinion et demanderait
sa libération immédiate et inconditionnelle ;
- exhortez les autorités à faire respecter les principes du droit dans cette
affaire et à veiller à ce que les avocats et les défenseurs des droits
humains congolais soient en mesure de poursuivre leurs activités
professionnelles légitimes sans crainte d'être victimes de violations de
leurs droits fondamentaux, comme des manœuvres d'intimidation ou une
arrestation arbitraire.
APPELS À :
Président :
S.E. Joseph Kabila, Président de la République, Palais de la Nation,
Kinshasa-Gombe, République Démocratique du Congo
Fax : +243 81 346 4116
Courriers électroniques : pr@presidentrdc.cd
Formule d'appel : Monsieur le Président de la République,
Ministre de la Justice :
Georges MINSAY BOOKA, Ministre de la Justice, Ministère de la Justice, Place
de l'Indépendence, Kinshasa-Gombe, République démocratique du Congo
Formule d'appel : Monsieur le Ministre,
Premier président de la Cour suprême de la RDC :
Benoît LWAMBA
Premier Président de la Cour Suprême de Justice, Benoît LWAMBA, Cour Suprême
de Justice, Kinshasa, République démocratique du Congo
Formule d'appel : Monsieur le Premier Président,
Procureur général de la République :
M. Tshimanga Mukeba, Procureur Général de la République, Cour Suprême de
Justice, Kinshasa, République démocratique du Congo
Formule d'appel : Monsieur le Procureur général,
COPIES À :
Ministre des Droits humains :
Eugène LOKWA ILWALOMA, Ministre des Droits humains, Ministère des Droits
humains, 33/C Boulevard du 30 juin, Kinshasa-Gombe, République Démocratique
du Congo
Courriers électroniques : min_droitshumains@yahoo.fr
ainsi qu'aux représentants diplomatiques de la RDC dans votre pays.
MERCI D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
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