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TUNISIE
"La Campagne "Libérez Mohamed ABBOU
! "


24 juillet 2007
Mohamed Abbou
Libéré !

Comme les membres de l'IDHAE ont été les premiers à l'apprendre, Mohamed
Abbou a été libéré, cet après-midi du 24 juillet 2007 , de la prison du
Kef ! L'IDHAE , qui depuis mars 2005, lutte en première ligne pour sa
libération sans condition, et a instauré la Campagne "Libérez Mohamed ABBOU
!" , comme il avait dans le passé mené des campagnes en
faveur de Najib Hosni et de Radhia Nasraoui, tient à s'en réjouir. Il
remercie tous ceux qui sont intervenus sans relâche.
La Campagne "Libérez
Mohamed ABBOU !" cesse donc
en cet instant. Mais le combat continue, et loin des récupérations que
suscitera immanquablement ce succès d'aujourd'hui, il y a lieu de demeurer
mobilisé pour la défense de la défense et des droits de l'homme en
Tunisie, et notamment en faveur de Raouf Ayadi, à son tour, menacé.
IDHAE
MERCI A TOUS CEUX QUI ONT PARTICIPE A LA CAMPAGNE
PLUS D'APPEL MERCI !
Vous pouvez suivre la campagne
sur les pages "AVOCATS EN PERIL"
http://www.idhae.org/idhae-fr-index2.htm
La libération a été annoncée par sa femme Samia Abbou à l'AFP à
Tunis, qui indique par une dépêche publiée à 16:38:44 GMT
que
Mohamed Abbou venait d'être libéré.
Une
source judicaire a confirmé peu après la libération de l`avocat, dont
le cas avait été évoqué par le président français Nicolas Sarkozy, lors
de sa première visite en Tunisie les 10 et 11 juillet.
La libération "conditionnelle" de
Me Abbou, selon ses proches, intervient à la veille du 50e anniversaire
de la proclamation de la République, le 25 juillet 1957 en Tunisie.
Libéré de la prison du Kef, Mohamed Abbou
est arrivé à Tunis tard dans la soirée du 24 juillet.
L'élargissement
de Mohamed Abbou qualifié par l'AFP de "surprise" , a
immédiatement suscité la satisfaction des défenseurs des droits de
l'Homme à Tunis.
"Nous sommes heureux de cette libération et nous espérons qu'elle
ouvrira la voie à une décrispation du climat politique", a déclaré
à l'AFP Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne de défense des
droits de l'Homme (LTDH).
Selon lui, Me Abbou "était un prisonnier politique, jugé pour ses
idées".
Pour Sihem Bensedrine du Conseil national des libertés (CNLT,interdit),
la libération de Me Abbou est "un grand bonheur et une belle
victoire pour tous les défenseurs des droits de l'Homme qui se sont
mobilisés pour lui en Tunisie et à l'étranger".
Des barreaux étrangers, notamment en France, ainsi que des associations
internationales avaient réclamé la libération de l'avocat emprisonné,
alors que le Conseil de l'Ordre tunisien parrainait des sit-in et
grèves de la faim.
Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a accordé à cette
occasion la grâce à "plusieurs détenus", a annoncé en outre
mardi l'agence tunisienne officielle TAP.
Cette mesure prévoit une réduction de peine pour "certains"
détenus et l'annulation du reliquat de peine pour d'autres, ainsi
qu'une "grâce de réhabilitation" pour des détenus ayant
achevé un programme de formation dans les prisons.
Le président Ben Ali a décidé la création de "nouveaux
mécanismes" pour assurer des sources de revenus aux détenus
libérés et pris connaissance des travaux de la commission de liberté
conditionnelle, a ajouté la TAP.
Les grâces présidentielles bénéficient généralement aux détenus de
droit commun, mais ont concerné ces dernières années de nombreux
prisonniers islamistes. En novembre 2006, M. Ben Ali avait fait libérer
55 prisonniers appartenant au mouvement islamiste interdit Ennahda, à
l'occasion du 19è anniversaire de son arrivée au pouvoir.
Portrait :
Mohamed Abbou, 41
ans, est
un militant de l’opposition au régime du président Ben Ali en Tunisie.
Il est membre fondateur d’un parti politique, le Congrès pour la
République – CPR - (parti non reconnu), membre du Conseil
national pour les libertés en Tunisie (CNLT), membre dirigeant de
l’Association Tunisienne des Jeunes Avocats(AJA), et de l’Association
internationale pour le soutien des prisonniers politiques (AISSP), et
président du Comité des affaires justes du Centre Tunisien pour
l'Indépendance de la Justice.
Marié, père de trois
enfants Mohamed Abbou a été à plusieurs reprises mandaté par des
organisations internationales pour plaider la cause des défenseurs de
droits de l’Homme poursuivis devant les Tribunaux de leurs pays
respectifs. Il a participé à plusieurs procès politiques en Tunisie.
Militant actif de la lutte contre la corruption, il était l’un des
rares avocats qui acceptait de se constituer dans les affaires de
corruption où étaient impliqués les proches de la famille du président
Ben Ali.
Le 1er mars 2005, vers 22
heures, Mohamed Abbou a été arrêté par des policiers en civil, à la
suite de la publication d'un article sur Internet. Le 5 mars, les
avocats en assemblée générale ont décidé de se mettre en grève générale
le 9 mars et d’occuper leurs bureaux dans les tribunaux. Cette décision
a été prise à l’unanimité.
Mohamed Abbou a été placé
en détention à la prison de Tunis puis transféré à la prison de Kef (à
170kms de Tunis) le 11 mars 2005. Le 29 avril 2005, ses avocats Me
Najib Hosni, lauréat tunisien du Prix Ludovic Trarieux 1996, Me Samir
Ben Amor et Me Ousama Bou Thalja se sont rendus à la prison de Kef,
après avoir obtenu l’autorisation de rendre visite à leur client. Me
Hosni s’est vu refuser l’accès à la prison. Me. Ben Amor a, quant à
lui, été autorisé à rendre visite à son client mais n’a pu lui parler
que quelques minutes avant que les gardiens ne l’emmènent brutalement.
Par la suite, une plainte pour destruction de biens matériels de la
prison et de blessure sur la personne d’un gardien a été déposée contre
M. Ben Amor par le directeur de la prison et un gardien.
Mohamed Abbou a été
condamné, en première instance, le 29 avril, à trois ans et six mois de
prison ferme pour deux affaires :
·
L'une 18 mois de prison pour avoir publié sur le site
"Tunisnews", en août 2004, un texte intitulé : "Abou
Ghraïb d'Irak, Abou Ghraïb de Tunisie "dans lequel il
comparait les tortures infligées en Tunisie à des prisonniers
politiques aux exactions de soldats américains à Abou Ghraib. Les chefs
d'inculpation étaient : "diffusion d'écriture de nature à
troubler l'ordre publique et diffamation à l'égard des autorités
judiciaires".
L'article compare
ironiquement Ben Ali à Ariel Sharon, et passe en revue les volets d'une
possible coopération entre la Tunisie et Israël, ce dernier pays
pouvant aider la Tunisie dans le domaine de l'agriculture, et la
Tunisie pouvant aider Israël à la formation de sa magistrature.
·
L’autre de 2 ans de prison pour avoir prétendument agressé l'une
de ses consœurs, Maître Dalila Mrad, en juin 2002, lors d'une
conférence à la suite d’une plainte pour coups et blessures déposée par
une avocate invoquant une incapacité physique permanente de 10 %.
A la suite de cette condamnation,
Mohamed Abbou a entamé le 3 mai 2005, une “grève de la faim illimitée”
à la prison du Kef afin d’améliorer la situation de ses co-détenus et
de leur permettre l’accès au soin mais il a décidé d’y mettre fin le 21
mai suivant.
En appel, le 10 juin 2005, Mohamed Abbou
a vu sa peine de trois ans et demi de prison confirmée, à l'issue d'un
simulacre de procès au cours duquel ni lui ni ses avocats n'ont pu
répondre des accusations dont il est l'objet. Un observateur, Me
Guillaume Prigent, a expliqué à la sortie de l'audience que les
"droits élémentaires de la défense n'ont pas été respectés".
Le 25 juillet 2005, Mohamed
Abbou a annoncé qu'il entamait une grève de la faim de plusieurs jours.
En signe de solidarité, son épouse a également commencé une grève de la
faim.
En octobre 2005, Samia Abbou a indiqué
que son mari avait observé une grève de la faim à partir du 1er octobre
2005 après s’être cousu la bouche. Il a cessé cette grève le 4 octobre
suivant. Mohamed Abbou a commencé une nouvelle grève de la faim le 11
mars 2006, date à laquelle de nombreuses personnes se sont rassemblées
devant la prison de Kef, malgré l’interdiction de la police et la garde
nationale, à l’appel de 9 ONG tunisiennes. Il a cessé cette grève sous
l’exhortation de ses confrères au 35ème jour le 14 avril
2006, au lendemain d’une visite de sa femme à la prison du Kef.
Une formidable campagne
internationale a été mise en place pour obtenir sa libération. Un
Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou a été
constitué depuis mars 2005.
Libéré le 24 juillet 2007,
il aura passé deux ans, quatre mois et 23 jours en prison.
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