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Maria
Aparecida Denadai, une avocate travaillant dans l’État de l’Espírito
Santo, près de Rio de Janeiro, a été menacée de mort. On craint que ces
menaces ne soient liées à l’assassinat de son frère, l’avocat Marcelo
Denadai, tué en 2002 alors qu’il s’apprêtait à révéler des éléments
prouvant la corruption de certains responsables politiques de l’Espírito
Santo. Maria Aparecida Denadai pourrait être en grand danger.
Depuis l’assassinat de Marcelo Denadai, le 15 avril 2002, cinq témoins
ont été tués. Maria Aparecida Denadai, un des témoins survivants, a reçu
des menaces de mort en 2002 après avoir dénoncé publiquement le
comportement de la police dans le cadre de l’enquête menée sur la mort de
son frère (voir l’AU 176/02, AMR 19/007/02 du 12 juin 2002 et sa mise à
jour, AMR 19/015/02 du 26 juillet 2002). La protection que la police
fédérale lui fournissait à l’époque lui a été retirée en décembre 2004.
Maria Aparecida Denadai affirme qu’elle fait régulièrement l’objet de
menaces et d’autres tentatives d’intimidation depuis lors. Elle aurait
ainsi reçu plusieurs messages menaçants d’un homme soupçonné d’avoir fait
assassiner son frère. Deux hommes disant être des membres de la police
militaire auraient tenté d’entrer chez elle, déclarant qu’ils avaient des
informations au sujet de la mort de son frère ; or, il s’est avéré par la
suite qu’il s’agissait d’anciens membres de la police militaire qui
avaient été inculpés d’homicide. En décembre 2005, on a manifestement
voulu attenter à la vie de Maria Aparecida Denadai : selon les
informations recueillies, un homme armé est entré dans son bureau - il a
été raccompagné jusqu’à la sortie du bâtiment. L’avocate a également
indiqué qu’en janvier 2006, sa voiture avait été prise en filature par
deux hommes à moto, qui n’ont cessé de la suivre que lorsqu’elle s’est
arrêtée devant un poste de police. Tous ces incidents ont été signalés à
la police fédérale.
Plusieurs investigations menées au niveau fédéral et au niveau de l’État
de l’Espírito Santo ont permis d’établir des liens entre l'organisation
policière Scuderie Detetive le Cocq (SDLC) et les violations des
droits humains, les activités des «escadrons de la mort», la corruption,
le crime organisé et les attaques visant des défenseurs des droits
humains dans cet État. Selon les informations recueillies, la SDLC
opérait en collaboration avec de puissants groupes politiques et
économiques de l’Espírito Santo. Bien qu’une juridiction fédérale ait
déclaré cette organisation illégale dans un arrêt rendu en novembre 2004,
on pense que nombre de ses anciens membres sont toujours actifs au sein
des forces de police et de l’appareil politique de l’Espírito Santo.
INFORMATIONS
GÉNÉRALES
À la suite de sa mission au Brésil en septembre-octobre 2003, la rapporteuse
spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires
ou arbitraires a écrit, dans son rapport final : «La situation dans
l’État côtier de l’Espírito Santo est un exemple particulièrement
frappant de l’infiltration des escadrons de la mort au plus haut niveau
des domaines législatif, judiciaire et exécutif d’un État.»
[traduction non officielle]
En 2002, une commission nationale de défense des droits humains dirigée
par le ministre de la Justice a recommandé une intervention du
gouvernement fédéral dans l’Espírito Santo. Cette recommandation a été
rejetée par le procureur général de la République à la suite de
discussions avec Fernando Henrique Cardoso, alors président du Brésil.
Les autorités fédérales et celles de l’État de l’Espírito Santo ont alors
ouvert une enquête conjointe sur les violations systématiques des droits
humains, le crime organisé et l’impunité. Ces investigations ont débouché
sur l’arrestation de plusieurs personnalités de premier plan impliquées
dans le crime organisé, dont des responsables politiques, de hauts gradés
de la police et même des magistrats.
En 2003, le président Luiz Inácio Lula da Silva, peu après son élection,
a promis de poursuivre le combat engagé contre le crime organisé et les
violations des droits humains dans l’Espírito Santo. Toutefois, le fait
que de grandes enquêtes sur des homicides n’aient jamais abouti et que
des témoins n’aient jamais bénéficié de protection, de même que des
informations récentes selon lesquelles un grand organe d’information de
cet État a été mis sur écoute illégalement, avive la crainte que les
autorités fédérales et celles de l’Espírito Santo n’aient relâché les
efforts consentis pour lutter contre le crime organisé. On pense
également que les remplacements de responsables récemment effectués au
sein des équipes d’investigation mobilisées par l’État fédéral et les
autorités de l’Espírito Santo a compromis le succès de leur travail.
En mars 2003, le juge Alexandre Martins de Castro Filho a été tué après
avoir enquêté sur des allégations selon lesquelles des personnes
incarcérées étaient libérées à titre temporaire afin de commettre des
assassinats. À ce jour, les autorités n’ont traduit personne en justice
pour cet homicide, pas plus que pour celui de Marcelo Denadai, perpétuant
ainsi l’impunité dont bénéficient de longue date les meurtriers de
défenseurs des droits humains qui luttent contre les violations des
droits fondamentaux et la corruption dans l’Espírito Santo.
ACTION
RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite
possible aux destinataires mentionnés ci-après (en portugais ou dans
votre propre langue) :
– exhortez les autorités fédérales à prendre immédiatement des mesures
pour protéger Maria Aparecida Denadai, conformément à ses souhaits ;
engagez-les également à mener une enquête approfondie sur les menaces
dont cette femme a fait l’objet, à rendre publique les conclusions de ces
investigations et à traduire en justice les responsables présumés de ces
agissements ;
– faites part de l’inquiétude que vous inspire le fait que les
investigations sur l’assassinat de Marcelo Denadai et du juge Alexandre
Martins de Castro Filho n’aient toujours pas abouti, et mettez en
évidence l’impunité dont bénéficient de longue date les responsables d’homicides
visant des personnes qui luttent contre la corruption et les violations
des droits humains dans l’État de l’Espírito Santo ;
– demandez aux autorités fédérales et à celles de l’État de l’Espírito
Santo de vous informer des mesures qu’elles ont prises et entendent
continuer à prendre pour veiller à ce que les allégations concordantes au
sujet du crime organisé et des homicides commis dans l’État de l’Espírito
Santo donnent lieu à des investigations et que les responsables présumés
soient déférés à la justice ;
– invitez-les également à enquêter sur les circonstances dans lesquelles
s’est produite la mise sur écoute illégale d’un grand organe
d’information de cet État et demandez instamment que les responsables
présumés soient traduits en justice ;
– exhortez-les à veiller à ce que les défenseurs des droits humains
puissent dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux sans craindre de
faire l’objet de menaces ou d’autres formes d’intimidation.
APPELS À
Ministre fédéral de la Justice :
Exmo. Ministro da Justiça
Dr Márcio Thomaz Bastos
Esplanada dos Ministérios, Bloco «T»
70712-902 Brasília – D.F., Brésil
Fax : + 55 61 3322 6817
Formule d’appel : Vossa Excelência, / Monsieur le Ministre,
Secrétaire fédéral aux Droits humains :
Exmo. Secretario Especial de Direitos Humanos
Sr. Paulo Vannuchi
Esplanada dos Ministérios - Bloco «T»
70064-900 - Brasília – DF, Brésil
Fax : +55 61 3226 7980
Formule d’appel : Vossa Excelência, / Monsieur le
Secrétaire fédéral,
Gouverneur de l'État de l'Espírito Santo :
Exmo. Governador de Espírito Santo
Sr. Paulo César Hartung Gomes
Palácio Anchieta – Praça João Clímaco, s/n°
Cidade Alta, 29015-110, Vitória – ES, Brésil
Fax : + 55 27 3223 0815
Formule d'appel : Vossa Excelência, / Monsieur le
Gouverneur,
COPIES À
Ordre des avocats du Brésil :
Ordem dos Advogados do Brasil - Espírito Santo
Rua Soldado Abílio dos Santos, N° 9
29015-620, Vitória -
ES, Brésil
Commission justice et paix :
Comissão Justiça e Paz
Rua Soldado Abílio dos Santos, 47, CEP 29015 620
Cidade Alta - Vitória
ES, Brésil
ainsi qu'aux représentants diplomatiques du Brésil dans votre pays.
ainsi qu'aux représentants diplomatiques du Brésil dans votre pays.
PRIÈRE D'INTERVENIR
IMMÉDIATEMENT.
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