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URGENT ACTION

 

LIBAN

9 janvier 2006

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Nouveaux actes de persécution judiciaire à l’encontre de

Maître Muhamad Mugraby,

candidat au Prix Ludovic-Trarieux 2004

avocat au Barreau de Beyrouth et reconnu pour son engagement contre le

 rôle répressif de la Syrie au Liban

doit comparaître devant le Tribunal militaire de Beyrouth le 9 janvier pour avoir diffamé «les forces armées et leurs officiers».

 

Faisant suite aux nouveaux actes de persécution judiciaire à l’encontre de Maître Muhamad Mugraby, avocat inscrit au Barreau de Beyrouth et défenseur des droits de l'Homme, reconnu notamment pour son engagement contre la corruption dans le milieu judiciaire libanais et la défense de nombreux opposants politiques dans le pays.

 

Muhamad Mugraby, avocat spécialisé dans la défense des droits humains, doit comparaître devant le Tribunal militaire de Beyrouth le 9 janvier 2006 pour avoir diffamé «les forces armées et leurs officiers». Il risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Son inculpation est liée à son intervention, le 4 novembre 2003, devant la délégation pour les relations avec les pays du Machrek au Parlement européen, à Bruxelles, lors de laquelle il avait critiqué le système judiciaire militaire du Liban, dénonçant en particulier le manque de formation juridique des magistrats siégeant dans les tribunaux militaires et la pratique consistant à torturer des suspects dans le but de leur arracher des «aveux».

 

L’IDHAE a déjà demandé que ces charges de diffamation soient abandonnées sans délai, car elles sont contraires au droit à la liberté d’expression dont Muhamad Mugraby peut se prévaloir au titre de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel le Liban est partie, et du 23e principe des Principes de base relatifs au rôle du barreau adoptés par les Nations unies. Les déclarations de Muhamad Mugraby au Parlement européen faisaient état de préoccupations légitimes au sujet des droits humains, sur lesquelles Amnesty International dispose d’informations précises.

 

L’organisation s’est à maintes reprises dite préoccupée par le système judiciaire militaire du Liban. En effet, les procès se déroulant devant des tribunaux militaires sont loin de satisfaire aux normes internationales d’équité. Ces instances se sont notamment vu attribuer une très large compétence pour juger des civils, au mépris de la législation libanaise, en outre, elles ne détaillent pas les motifs de leurs décisions et pratiquent une justice expéditive portant atteinte aux droits de la défense. De plus, la plupart des juges siégeant dans les tribunaux militaires sont des officiers de l’armée ne disposant pas d’une formation suffisante en droit. Enfin, les procédures des tribunaux militaires ne sont pas soumises au contrôle d'une autorité judiciaire indépendante, contrairement à l’une des règles les plus élémentaires en matière d’équité (Voir le document intitulé A Human Rights Agenda for the Parliamentary Elections, mai 2005 [MDE 18/005/2005]).

 

Au fil des ans, Amnesty International a recensé de nombreux cas de torture et autres formes de mauvais traitements dans des centres de détention libanais, en particulier pendant la phase précédant le procès, ces actes visant alors à obtenir des «aveux». Le Comité des droits de l'homme des Nations unies s’est lui aussi déclaré préoccupé par les tribunaux militaires libanais et par les allégations dûment étayées faisant état de torture et autres mauvais traitements imputables à la police et aux forces de sécurité du Liban (Voir les Observations finales du Comité des droits de l'homme : Liban, 1er avril 1997, CCPR/C/79/Add.78. Le quatrième rapport périodique du Liban, qui devait être présenté au Comité en 2003, n’a pas encore été soumis).

 

 L’IDHAE appelle aussi les autorités libanaises à abandonner les charges d’«usurpation du titre d’avocat» et à faire cesser le harcèlement systématique dont cet homme semble faire l’objet.

 

Rappel des faits:

 

En avril 2000, Me Mugraby avait été poursuivi pour “diffamation portée contre le pouvoir judiciaire”, après avoir mis en cause nominativement l'intégrité d'un certain nombre de juges lors de conférences de presse le 14 octobre 1999 et le 19 avril 2000.

 Le 7 août 2003, deux agents de police sont entrés dans le cabinet de Maître Muhamad Mugraby, âgé de 64 ans, à Beyrouth, et lui ont demandé de les suivre jusqu’au bureau du procureur. Quand il est arrivé au bureau du procureur au matin du 8 août, il a été interrogé pendant près de quatre heures sur les charges " d’usurpation de la qualité d’avocat," d'après l’information reçue par Human Right Watch. Selon la loi qui régit la profession d’avocat au Liban, l’usurpation de la qualité d'avocat est une infraction criminelle qui est punie de six mois à trois années dans prison, ont dit les avocats libanais à Human Right Watch. Maître Mugraby a été autorisé de remettre sa ceinture, son téléphone mobile, son alliance et autres objets personnels à sa femme Dalal avant d'être mis en détention. Comme de cette écriture, il est supposé détenu dans une prison à l'intérieur de non plus le Ministère de Justice ou le Palais de Justice, deux bâtiments qui sont adjacent à l'un l'autre.
« Les autorités libanaises ont harcelé Maître Mugraby depuis de nombreuses années, mais son arrestation aujourd'hui est simplement un scandale " a dit Virginia Sherry directeur associé de la division Afrique du nord et Moyen Orient de Human Right Watch.
" Il a résolument refusé rester silencieux au sujet du rôle répressif de Syrie au Liban et au sujet de corruption dans la magistrature. Cet homme courageux doit être libéré immédiatement ".

Le Barreau de Beyrouth a essayé d’empêcher Maître Mugraby d’exercer sa profession d’avocat au Liban à maintes reprises. Le 4 avril 2002, un des comités de discipline du Barreau a décidé qu'il devrait être exclu de la pratique professionnelle. Maître Mugraby a relevé appel cette décision, mais aucune mesure a été prise sur l'appel et il n'a jamais été entendu. Le 17 janvier 2003, après qu'une seconde fois le comité disciplinaire ait pris une décision de le radier du tableau des avocats, Maître Mugraby a encore une fois interjeté un appel le 14 mars 2003, lequel n'a jamais été évoqué ni jugé. L’appel étant suspensif, les décisions des comités disciplinaires du barreau ne sont pas définitives jusqu'à ce que la procédure d’appel soit achevée, a expliqué Kamal el-Batal, un responsable de la Campagne pour l’Intégrité dans la Magistrature, une organisation du non-gouvernementale libanaise.
A la suite des décisions des deux comités disciplinaires, Maître Mugraby a continué à pratiquer comme un avocat, tant que ses appels n'ont pas été jugés. D'après l’information que Human Rights Watch a reçue, il a payé sa cotisation annuelle à l’Ordre des avocats qui l’a acceptée et l’enregistrement de sa licence d’avocat auprès du barreau a aussi été accepté.
Human Rights Watch avait honoré Maître Muhamed Mugraby d’une récompense comme défenseur des droits de l’Homme en 1997. Maître Mugraby est titulaire des diplômes de la Faculté de Droit de l'Université du Liban et de la faculté de droit de la Columbia University de New York. Il a suivi les cours de Droit International à Columbia de 1963-1965 et a obtenu deux maîtrises et un doctorat. Il est membre de l’International Bar Association et de l’Union Internationale d'Avocats.

Source : Human Rights Watch (New York, August 9, 2003)


Contexte : Depuis 2000, Maître Muhammad Mugraby, avocat du barreau de Beyrouth, éminent défenseur des droits de l’Homme, reconnu pour son engagement contre la corruption dans le milieu judiciaire libanais, fait l’objet de poursuites par le Procureur de Beyrouth pour "diffamation portée contre le pouvoir judiciaire" et est menacé emprisonnement. L’Ordre des avocats a été saisi par le Procureur afin que celui-ci donne autorisation de poursuivre Maître Mugraby, conformément à la procédure prévue par article 79 du Code des professions juridiques ( Legal Profession Code).
Selon les informations reçues, cette poursuite serait intervenue à la suite d’une conférence donnée par Maître Mugraby le 19 avril 2000 sur les causes de la corruption au sein du système judiciaire libanais. Au cours de cette conférence, Maître Mugraby avait cité nominativement un certain nombre de juges en mettant en cause leur intégrité.
Maître Mugraby était déjà objet de plusieurs poursuites et ce en raison de ses activités de défenseurs des droits humains. Deux actions visant ý le priver de son immunité en tant qu’avocat sont toujours en cours examen devant la Cour appel de Beyrouth, une troisième affaire ayant été abandonnée. Il est notamment poursuivi pour diffamation, après que les autorités libanaises aient intercepté un fax destiné à Amnesty International dans lequel il dénonçait des faits de persécution et de torture perpétrés à l’encontre de plusieurs personnes.
Les différentes procédures contre Maître Mugraby visent à l'empêcher de poursuivre son activité avocat et de défenseur des droits de homme. Ces faits constituent une violation reconnus par la Déclaration universelle des droits de homme, les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par le Liban, et de la Déclaration sur les défenseurs des droits de homme adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies.

 

Actions demandées:

 

Merci de bien vouloir écrire aux autorités libanaises en leur demandant de:

 

i.                     veiller à ce que les charges pesant contre Me Mugraby soient abandonnées en raison de leur caractère arbitraire, et mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à son encontre et à celle de tous les défenseur des droits de l’Homme au Liban ;

 

ii.                   se conformer au 23e principe des Principes de base relatifs au rôle du barreau adoptés par les Nations unies), qui dispose que : «Les avocats, comme tous les autres citoyens, doivent jouir de la liberté d'expression, de croyance, d'association et de réunion. En particulier, ils ont le droit de prendre part à des discussions publiques portant sur le droit, l'administration de la justice et la promotion et la protection des droits de l'homme et d'adhérer à des organisations locales, nationales ou internationales, ou d'en constituer, et d'assister à leurs réunions sans subir de restrictions professionnelles du fait de leurs actes légitimes ou de leur adhésion à une organisation légitime. Dans l'exercice de ces droits, des avocats doivent avoir une conduite conforme à la loi et aux normes reconnues et à la déontologie de la profession d'avocat.»

 

 

iii.                  plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et aux instruments régionaux et internationaux ratifiés par le Liban.

 

 

 

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