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TUNISIE

10 juin 2005

La peine de trois ans et demi de prison

de Me Mohamed Abbou

est  confirmée en appel

à l’issue d’un simulacre de procès

Le RAPPORT D’UN OBSERVATEUR

Me Brigitte AZEMA-PEYRET

« Un clou de plus enfoncé dans le cercueil de la justice tunisienne".

 

 

 

Me Mohammed Abbou a vu sa peine de trois ans et demi de prison confirmée en appel, le 10 juin 2005, à l’issue d’un simulacre de procès au cours duquel ni lui ni ses avocats n’ont pu répondre des accusations dont il est l’objet, à savoir la publication de fausses informations sur Internet et une prétendue agression, il y a près de trois ans, sur l’une de ses consoeurs.

L’audience a débuté à 9h et les débats n’ont duré que quelques minutes. La juge a commencé par faire sortir les diplomates de la salle, prétextant qu’ils faisaient ’trop de bruit’. Elle a ensuite fait évacuer la presse, puis toutes les personnes présentes dans la salle, y compris l’épouse de maître Abbou. Seuls les avocats de la défense et ceux mandatés par les ONG internationales ont pu assister à l’audience. De toute façon, la juge n’a posé que deux questions à Abbou avant de clore les débats : "Est-ce que vous avez poussé votre consoeur ?" " avez-vous écrit l’article versé au dossier ?". Maître Abbou a répondu par l’affirmative à ces deux interrogations, mais n’a pas été autorisé à s’expliquer, la juge indiquant que ça lui ’suffisait’. Les avocats n’ont même pas pu prendre la parole.

RAPPORT DE Me Brigitte AZEMA-PEYRET

Procès en appel de Mohammed ABBOU

Cour d'Appel de TUNIS, 16e chambre correctionnelle

10 Juin 2005

 

Mandatée par l'Association FRONT LINE, ainsi que par le Secrétariat International d'AMNESTY INTERNATIONAL, je suis arrivée à TUNIS le 9 Juin 2005, veille de l'audience. Dès mon arrivée, je me suis rendue à la Maison du Barreau, Maître Abderraouf AYADI, m'ayant invitée à rencontrer les confrères en train de préparer l'audience du lendemain.

 

Selon les instructions de FRONT LINE, je me suis renseignée sur le nom et la personnalité du magistrat devant présider l'audience. Il s'est agit de Madame Faïza SENOUSSI. Selon Me Mondher CHARNI, et Me JMOUR, membre du conseil de l'Ordre des Avocats, elle m'a été décrite comme une magistrate particulièrement sévère, avec une tendance remarquable à la mysoginie (peut-être par crainte d'être taxée de faiblesse à l'égard des femmes !) cette tendance n'avait aucune importance en l'espèce. D'autres éléments d'information plus sérieux m'ont été donnés par Monsieur Mokhtar YAHIAOUI, magistrat bien connu pour s'être rebellé contre la main-mise du pouvoir sur la magistrature. Il dépeint Madame SENOUSSI, qu'il connait bien, comme  issue d'une famille d'avocats honorablement connue, mais ayant peu à peu abandonné tout principe, et s'être pliée aux ordres venus "d'en haut"... D'autre part, c'est une magistrate de peu d'envergure, cantonnée habituellement dans de petites affaires de chèques sans provision. Non sans ironie, Mokhtar imagine que la désigner pour sièger dans une affaire politique aussi délicate était un vrai cadeau pour l'opposition, car elle s'est en effet montrée totalement incapable de dominer les débats.

 

L'organisation de la défense

 

Les confrères extrêmement nombreux constitués pour Mohamed ABBOU, étaient conscients de la nécessité  de désigner ceux qui plaideraient en se partageant utilement le travail. Ils ont constitué deux groupes, l'un devant plaider sur le dossier 10531, ABBOU C/Dalila M'RAD, et l'autre sur le dossier 10532, ABBOU c/ Ministère Public (affaire de la publication d'un texte sur les prisons de TUNISIE). Dans chacun de ces groupes, la moitié des avocats devaient plaider sur les nullités de procédure, et les autres sur le fond. Une liste des avocats plaidant devait être remise à la Présidente en début d'audience, et des conclusions écrites devaient être déposées.

 

Le code de procédure pénale tunisien et les nullités relevées

 

Avec l'aide de Me JMOUR, j'ai relevé les nullités frappant les deux procédures, elles sont très nombreuses, à commencer par les modalités de l'arrestation de Me ABBOU, dans la nuit du 1er au 2 mars 2005. Cette arrestation , selon le PV de police à eu lieu dans le cadre d'un flagrant délit (art. 33 du Code de Procédure Pénale - CPP) Le flagrant délit ne peut être constitué que dans des cas très précis, et doit suivre immédiatement la réalisation du délit. Or, Me Mohamed ABBOU a été arrêté dans la nuit, sans mandat, pour publication d'un article datant du 25 aout 2004...

 

Les art. 68 et 69 du CPP, prévoient la convocation par écrit ou par huissier-notaire  du prévenu qui doit être intérrogé sur son identité, et auquel on doit donner connaissance des faits qu'on lui reproche et des textes applicables, il doit être informé qu'il a le droit de refuser de répondre hors de la présence de son avocat. Lors de son audition le 2 mars, Me ABBOU a demandé de constituer un avocat, ce qui a bien entraîné le renvoi de l'audience au 16 mars, mais il a été immédiatement placé en détention. Le 16 mars, le PV d'instruction mentionne que les avocats n'étaient pas présents, que le prévenu a refusé de répondre et n'a pas commenté l'absence de ses avocats. En fait, les avocats se trouvaient devant la porte du juge d'instruction et ont été empêchés d'entrer par une foule de policiers. Un incident s'était produit au paravent, le bâtonnier demandant à être reçu ayant été physiquement agressé par le juge SASSI.

 

L'article 70 du CPP prévoit que le prévenu est autorisé à contacter son avocat à tout moment, après la première audience d'instruction et que même en cas de placement au secret d'un prévenu, il ne peut être privé de la  visite de son avocat. De multiples incidents ont établi, que même munis d'un permis de visite régulier établi par le magistrat instructeur, les avocats constitués ont eu les plus grandes diffcultés à voir Me ABBOU, seule la police politique ayant pouvoir pour autoriser ou interdire les visites. Le transfert de Me ABBOU, à la prison du KEF, hors de la compétence normale du juge, est une autre irrégularité.

 

L'art. 199 du CPP stipule que sont annulés tous actes contraires aux dispositions d'ordre public, ou à l'intérêt légitime du prévenu ou aux règles fondamentales de la procédure.

 

Nombre de ces règles ont été constamment violées au cours de l'instruction et auraient dû entraîner sa nullité pure et simple, mais il existe en outre un article 218 du CPP  tunisien qui aurait pu, si la présidente avait fait un peu de droit, lui permettre de rendre un arrêt pouvant faire illusion sur la régularité formelle de la procédure. Cet article incroyable stipule en effet que même dans l'hypothèse où la juridiction d'appel estimerait que le jugement de première instance est frappé de nullité, la Cour peut régulariser la procédure, se saisir de l'affaire et statuer  ! Il est vrai que Madame     SENOUSSI se souciant peu de droit et de justice, et s'efforçait simplement de suivre à la lettre les instructions qu'elle devait solliciter à chaque suspension d'audience.

 

L'audience du 10 juin 2005

 

La fixation de cette audience à très bref délai ne constituait pas une irrégularité de procédure, puisque le CPP exige un délai minimum de trois jours . Il est cependant évident qu'un délai aussi bref est à la fois une gêne pour la préparation de l'audience par les avocats (qui n'ont reçu copie du jugement de 1ere instance que très peu de temps avant) et naturellement pour l'envoi éventuel d'observateurs étrangers.

 

Nous étions cependant 6 observateurs, tous avocats, et tous français représentant la Conférence des Bâtonniers, la FIDH , le barreau des Hauts de Seine outre FRONT LINE et AMNESTY INTERNATIONAL.

 

Premières difficultés pour accéder à la Cour d'Appel, à travers un barrage de policiers qui finissent par nous laisser passer. Nous tentons d'aller saluer la Présidente, ainsi que l'impose normalement les règles de courtoisie professionnelles. Elle nous fait dire par un confrère du conseil de l'ordre tunisien, qu'il convient d'abord d'aller saluer le Premier Président. Cet important personnage loge au 4e étage et il semble que l'ascenseur soit en panne. J'arrive hors d'haleine avec mes confrères et nous nous entendons dire qu'en fait il faut redescendre pour voir Madame SENOUSSI... Lorsque nous retrouvons son bureau...elle est partie ! (visiblement elle ne tient nullement à se compromettre en nous rencontrant !)

 

L'entrée de la salle d'audience est également fortement gardée, nous parvenons à entrer , surprise : la salle est à moitié vide. Les bancs situés à l'arrière sont occupés par des personnes visiblement étrangères à l'affaire, selon les confrères, il s'agit en fait de fonctionnaires du ministère de l'intérieur qui font de la présence et occupent les places. De 9h30 à 10h, il ne se passe pas grand chose : la plupart des avocats sont maintenus à l'extérieur de la salle d'audience;  On fait entrer Mohamed ABBOU.  Brouhaha et confusion .  Les avocats présents décident de se retirer : il y aurait quelques dossiers de chèques sans provision à faire passer. Nous avons le temps d'aller prendre l'air... mais on ne peut pas sortir, certains avocats , concernés par les autres dossiers, ne peuvent pas entrer ! Me JMOUR proteste et tente de trouver une solution. A 10h la Cour se retire et on emmène Me ABBOU. Je discute un moment avec le représentant de l'Ambassade d'Espagne, il parle parfaitement français, mais pas arabe : il se plaint que la police a refusé de laisser entrer son interprète, qui est pourtant membre assermenté de son Ambassade... La porte reste bloquée. J'ai confirmation par deux avocats, dont Me JMOUR, que le Procureur Général, Habib YOUSSEF lui-même est à la porte pour en interdire l'accès aux avocats restés à l'extérieur. La plupart des observateurs français sont à l'intérieur, ainsi que les représentants du corps diplomatique, parmi lesquels la représentante des Pays Bas et de l'Union européenne, Madame Laetitia van ASCH-PIETERS, Monsieur Brennan M. GILMORE, Deuxième Secrétaire aux Affaires politiques de l'Ambassade des Etats Unis, et Monsieur Jean HANNOYER, représenant l'Ambassade de France.

 

10h30, la présidente revient et décide de faire passer les petits dossiers de chèques sans provision avant d'appeler l'affaire ABBOU. Avec la plupart des avocats je reviens à la Maison du Barreau

 

11h, Reprise de l'audience avec de grandes difficultés d'accès à la salle, barrée par une cohorte de policiers. Je parviens à entrer. Le représentant du barreau soulève le problème de l'occupation de nombreuses places par des policiers civil...

 

Appel de l'affaire ABBOU c/ Dalila M'RAD . La présidente refuse d'enregistrer les noms des avocats devant plaider sous prétexte qu'ils sont trop nombreux. En fait, s'il y a bien 150 avocats constitués, seuls 7 d'entre eux sont prêts à plaider et à déposer les conclusions préparées la veille. Me ABBOU réclame la présence de ses avocats, il tente d'expliquer les faits qui ont eu lieu le 20 juin 2002. La présidente l'interrompt brutalement, disant que ce n'est pas le sujet, et qu'il doit seulement répondre à sa question :"Avez-vous, oui, ou non, frappé Madame M'RAD ?" Me ABBOU proteste  qu'il n'est pas un voleur de poule qui doit répondre par oui ou non et qu'il doit éclairer la Cour sur les faits. Il réclame aussi une explication sur le fait que l'affaire est restée en sommeil de 2002 à 2005. La présidente l'interrompt à nouveau, il est "hors sujet "...elle entend le contraindre à limiter ses réponses et à dire si oui ou non il a frappé Mme M'RAD. Me ABBOU tente d'expliquer les faits et de se défendre ainsi qu'il en a le droit. La présidente hurle, le prévenu ne peut s'expliquer. Me JMOUR proteste que le prévenu a le droit de se défendre et de préciser les faits figurant au dossier. La présidente soutient qu'il n'a pas répondu à ses questions et qu'il n'aura plus la parole...

 

Me JMOUR réplique que l'interrogatoire du prévenu se déroule comme devant la police, et non comme devant un Juge. La présidente l'interrompt prétendant qu'il est en train de plaider ce que conteste Me JMOUR. Elle consent à faire noter l'intervention de Me JMOUR, mais ne lui répondra pas.

 

Le mari de Mme M'RAD, qui est aussi son avocat, prétent qu'il est empêché d'accéder à la barre, et veut créer un incident, en fait il n'a pas relevé appel, mais son intervention tardive sera acceptée.

 

Une nouvelle fois, la présidente refuse de recevoir la liste des avocats qui doivent plaider. Elle hurle littéralement qu'elle est seule à décider qui plaidera ou non !

 

11h30 Rien n'avance, la chaleur augmente... le Bâtonnier proteste que jamais on n'a refusé d'inscrire la liste des avocats. La présidente réplique :" Celui qui veut plaider doit lever le doigt, et je verrai si je peux l'autoriser ! "  (Rires dans la salle ... "on se croirait à l'école"...)

 

Il est clair que le prévenu a été empêché de s'expliquer et que celà constitue une violation majeure des règles du procès équitable.

 

Me Radhia NASRAOUI soutient que Mohamed ABBOU n'a pu s'expliquer devant le Juge d'Instruction, et qu'il doit pouvoir se défender et donner à la Cour tous éléments d'information dont elle ne dispose pas. La présidente ordonne l'inscription des questions de Me NASRAOUI, mais indique aux avocats qu'il n'ont pas à mettre la Cour en Accusation (!)

 

Un Confrère (Me Nejib Hosni ?) soulève les conventions internationales, et les règles du procès équitable. Immédiatement, la présidente ordonne l'évacuation de la salle et quitte l'audience !  Il est 11h40.

 

Je constate que la police en uniforme présente en grand nombre dans la salle, ne met pas un zèle excessif à exécuter les ordres de la présidente, de toute évidence, les avocats sont déterminés à rester sur place. Me Ayachi HAMMAMI, souligne que même dans l'hypothèse où le huis clos serait ordonné (ce qui n'a jamais été le cas) les avocats ne pourraient être tenus de sortir. Cependant l'ensemble des représentants du corps diplomatique quitte l'audience.

 

A 12h30 le Bâtonnier sort, escorté par la police. On voudrait le convaincre d'ordonner aux avocats d'évacuer, ce qu'ils refusent.  Un fonctionnaire vient et emporte le dossier. Nous nous demandons si l'audience ne va pas se poursuivre dans une autre salle.

 

12h50 Entrée massive de 30 à 40 policiers en uniforme. Très forte tension.

 

12h55 Retour du Bâtonnier il annonce qu'après discussion avec le Ministre de la Justice, l'audience va reprendre dans la même salle. Cependant, Me Abdelazziz M'ZOUGHI, qui doit plaider le premier dans l'affaire 10531 ABBOU c/ M'RAD, est retenu à l'extérieur de la salle .

 

Me Nejib HOSNI déclare :" Je ne comprends pas le comportement de la police qui bloque la porte et crée des incidents par provocation. Si les avocats pouvaient entrer et sortir librement il n'y aurait aucun problème." Les avocats retenus à l'extérieur de la salle tambourinent sur la porte pour alerter leurs confrères et le Bâtonnier.

 

13h25 Le Bâtonnier informé de la situation répond qu'il ne peut rien faire tant que la Cour n'a pas repris l'audience. Pendant ce temps, les confrères restés à l'extérieur, parmi lesquels Me Nathalie MULLER, observateur pour le Barreau des Hauts de Seine, ont été repoussés par la police jusque sur les marches extérieures de la Cour d'Appel, et Me JMOUR  a été molesté.

 

13h30 Le dossier est rapporté, peu après, retour des magistrats. Le Bâtonnier demande à la Cour de permettre aux avocats de rentrer, la présidente, soutient au mépris  de l'évidence, qu'il n'y a pas de place. Le Bâtonnier demande l'enregitrement des noms des avocats constitués. La présidente refuse en raison de leur nombre et dit qu'elle le fera ...après l'audience !

 

La Présidente refuse de poursuivre l'audience en présence des observateurs étrangers précisant ensuite "ceux qui ne sont pas avocats" . Elle ajoute :" Je demande à la police d'exécuter mes ordres. Je lève l'audience et ne reviendrai qu'après expulsion des étrangers !" Il est 13h40.

 

13h50 La police demande à Me Didier LIGER, observateur pour la Conférence des Bâtonniers, de quitter l'audience ainsi qu'aux autres avocats parisiens. (demande d'un policier en civil qui ne m'a pas vue tout de suite, étant assise à l'abri d'un rempart de confrères tunisiens !) Si la police persiste dans sa demande de faire sortir les avocats étrangers, tous les avocats se retireront. Me Liger déclare attendre que la présidente, en personne lui ordonne de quitter l'audience !

 

14h05 On ramène Me ABBOU

 

14H10 retour des magistrats - Tous les avocats se retirent, la Cour disparait ...on  emmène Me ABBOU.

 

Tous les observateurs décident de revenir pour entendre la suite de l'affaire.

 

14h25 retour de Me ABBOU

 

14H35 Les deux représentants de la presse (AFP  et REUTER) sont contraints à sortir par la police

 

14h40 Retour de la Cour - Lecture par la présidente d'une liste d'avocats. Une sorte de dialogue s'instaure avec Me ABBOU qui n'a jamais pu autant parler jusqu'ici. Il est vrai qu'il n'y a plus pour l'entendre, outre les trois magistrats de la Cour, que Me KILANI, représentant le Conseil de l'Ordre, les six observateurs français, et une douzaine de policiers. Selon la traduction faite par Me KILANI, Me ABBOU déclare que les citoyens sentent qu'ils n'ont pas de justice indépendante. Pourquoi suis-je poursuivi pour un article publié sur Publis News, qui n'est pas partie au procès ? ajoute-t-il . Le fonds de l'article incriminé ne sera pas examiné. Pas de réquisitions du Parquet général. La Cour se retire une fois de plus, et Me ABBOU est emmené.

 

16h35 Nous attendons toujours le prononcé de l'arrêt, et n'osons pas sortir de crainte de ne pouvoir rentrer !

 

17h 25 Me ABBOU  est ramené. Radhia NASRAOUI peut lui parler . Elle nous présente, en indiquant les diverses associations qui nous ont mandatés. Les policiers laissent faire. Ceux qui sont en uniformes sont plutot accomodants par rapport à la police politique en civil...

 

A 17h 30 La Cour remonte, en quelques minutes la présidente lit la décision confirmant les deux jugements .

 

Maison du Barreau, 14h45 un communiqué est  rédigé selon lequel, cet arrêt  de la Cour  "est un clou de plus enfoncé dans le cercueil de la justice tunisienne".

 

Madame ABBOU, qui n'a pu assister au prononcé de l'arrêt, est durement touchée, elle pleure dans son fauteuil mais , grâce à Radhia qui la réconforte elle reprend courage : c'est le début d'un nouveau combat pour obtenir la libération de son mari. Radhia suggère qu'il faut mobiliser les barreaux et les ONG et exercer une forte et constante pression. Première chose simple: soutenir moralement le prisonnier en lui envoyant une masse de cartes postales avec de simples messages d'amitié. Plus il y en aura, meilleures seront les chances de se faire entendre.

 

Commentaire personnel

 

Ce procès, une fois de plus, a été la claire démonstration que nous ne sommes plus dans le domaine judiciaire, mais purement et simplement dans celui de l'arbitraire politique. La Cour ne s'est même pas donné la peine de donner une apparence légale à sa décision. Le prévenu n'a jamais pu être entendu, pas plus que ses avocats, aucun témoin  non plus. La Cour ne souhaitait nullement être éclairée, sur les faits mais s'empressait d'exécuter des ordres  au mépris de toute règle de procédure. Selon l'avis des avocats tunisiens, nous sommes même en présence d'une dégradation  du système judiciaire. Voici quelques années, même Hamma HAMMAMI, avait pu librement s'exprimer devant la Cour, Me ABBOU n'a pas eu cette possibilité.

 

On peut se demander pourquoi Me Mohamed ABBOU a été victime d'un tel acharnement. J'ai posé la question à Me Abderraouf AYADI  et j'ai enregistré sa réponse :

 

-"Me ABBOU est connu pour être en Tunisie un militant des Droits de l'Homme, il se constitue dans des affaires concernant les délits d'opinion, et il est connu aussi par son activité associative. Il a été élu membre du Comité directeur de l'Association des Jeunes Avocat de Tunisie et avec d'autres organisations, il a formé un collectif pour défendre toutes les causes se rapportant à la défense des Droits de l'Homme. D'autre part, il écrit bien et publie sur Tunis News. Il est membre du Conseil national du CRNLT  et a participé à plusieurs séminaires. Me ABBOU dérange par ses articles courageux. Il n'a pas hésité à traiter de sujets tabous, tels que la corruption de l'entourage du Président Ben Ali, et en particulier de la famille Trabelsi."

 

RECOMMANDATIONS OU ACTIONS A METTRE EN OEUVRE PAR FRONT LINE OU AMNESTY

 

On peut, naturellement faire un rappel concernant l'application des règles internationales du procès équitable, mais je pense avoir démontré qu'en réalité nous ne sommes plus dans le domaine véritablement judiciaire. Il s'agit d'un règlement de compte purement politique, destiné à déconsidérer et à faire taire un adversaire trop connu pour ses positions de défenseur des droits humains. Mais surtout, qui a eu l'audace de dénoncer le système benaliste de corruption généralisé. C'est un crime impardonnable. Il n'est qu'à ouvrir les yeux sur le sort réservé à ceux qui osent "franchir la ligne rouge". Rien ne leur est épargné : révocation du Juge Mokhtar YAHIAOUI, poursuites contre Ayachi HAMMAMI, Abderraouf AYADI, Radhia NASRAOUI et Sonia BEN AMOR, avocats engagés qui risquent désormais la radiation. Campagne d'ignobles calomnies contre Sihem BEN SEDRINE. Soutenu par des alliés occidentaux obnubilés par le péril islamique, le régime tunisien ne recule devant aucune bassesse pour éliminer le moindre contradicteur. Comment agir ? En faisant toute la lumière possible sur les cas précis dont nous avons connaissance.

 

Fait à Villenave d'Ornon le 13 Juin 2005

 

B. AZEMA-PEYRET

 

RAPPEL : Le 29 avril 2005, Me Mohammed Abbou, membre de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISSP), ancien dirigeant de l’Association des jeunes avocats et membre du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), a été condamné à 3 ans et demi de prison, à la suite d’un procès entaché de nombreuses irrégularités pour avoir " attaqué une collègue ", ce qu’il dément vivement, mais surtout pour avoir, dans des écrits sur le Web, comparé les prisons tunisiennes à celle d’Abou Ghraib en Irak, et le président Ben Ali au premier ministre israélien Ariel Sharon. (Voir : http://www.idhae.org/idhae-fr-page4.1.tun6.htm)

 

Depuis le 3 mai 2005, Me Abbou avait entâmé une “grève de la faim illimitée” à la prison du Kef (nord-ouest de la Tunisie), afin de protester contre sa détentionet les entraves que ses avocats rencontrent lorsqu’ils veulent lui rendre visite. (Le 29 avril 2005, Mme Abbou, qui effectuait sa visite hebdomadaire, n’a pas pu rencontrer son mari ni lui faire parvenir les provisions qu’elle lui avait apportées.)

 

Le Comité international Pour la Libération de Mohamed Abbou a informé le  15 mai 2005,  l’opinion publique nationale et internationale que Maître Abbou a décidé de mettre fin à sa grève de la faim.

 

Il a annoncé cette décision à sa femme qui est allée lui rendre visite hier à la prison du Kef. L’avocat kidnappé et illégalement emprisonné depuis le premier mars dernier, a pris cette décision après que ses avocats lui aient recommandé de le faire. Mohamed Abbou a par ailleurs confirmé à son épouse et son avocate Leila Ben Mahmoud que la revendication principale de sa grève de la faim était d’améliorer la situation de ses co-détenus et de leur permettre l’accès au soin.

 

Admiré à l’extérieur de la prison, Mohamed Abbou l’est aussi à l’intérieur. Ses co-détenus et ses geôliers lui vouent respect et admiration.

 

Toutefois, les autorités carcérales continuent de le priver de ses correspondances. Toutes les lettres, qu’il doit recevoir de sa femme ou qu’il lui envoie, ne parviennent jamais à leur destination.

 

Le Comité international pour la Libération de Mohamed Abbou dénonce ses pratiques d’un autre temps.

 

  • Me Faouzi Ben M’Rad

 

Le 3 mai 2005, Me Faouzi Ben M’Rad avocat à la Cour de cassation tunisienne, autre militant des droits humains, était condamné par le Tribunal de Première Instance de Grombalia pour " outrage à magistrat ".

Informé de l’arrestation en cours d’audience de Me Ben M’Rad, le représentant de la Section de Tunis (du Barreau National) accompagné de plus de 80 avocats dont quatre membres de l’Ordre National des Avocats Tunisiens et à leur tête Monsieur le Bâtonnier Ben Moussa, se sont rendus prestement en ladite ville pour apporter leur soutien à leur Confrère et assurer in extremis sa défense. Usant du droit à un procès contradictoire et équitable reconnu à tout justiciable, les avocats ont sollicité le renvoi de l’affaire à une date ultérieure afin de pouvoir organiser la défense de Me Ben M’Rad.

L’arrestation vindicative de Me Ben M’Rad pour soi-disant « délit d’audience » intervient justement en réaction à la très grande mobilisation des avocats tunisiens pour défendre leur profession (entre autres à travers le cas de Me Abbou) contre les attaques répétées, brutales et méthodique dirigées à leur encontre par la dictature.

Tout ceci parce que Me Ben M’Rad a revendiqué avec insistance son droit, en tant qu’avocat plaidant, de poursuivre sa plaidoirie sans être incessamment interrompu par le Président.

A la suite de sa condamnation à trois ans et demi de prison ferme à la suite d'une parodie de justice sans précédent dans l'histoire de la justice tunisienne : Un scandale judiciaire qui laisse pantois ! « L'avocat de la liberté » Mohamed Abbou a décidé d'entrer en grève de la faim illimitée à partir de mardi 03 mai 2005 pour protester contre son kidnapping, sa détention illégale à la prison du Kef, son procès inique et sa condamnation scandaleuse.

Le Barreau de Tunisie a refusé de déférer à l’injonction du Parquet général  demandant des sanctions disciplinaires contre les avocats de M. Abbou, Me Sonia Ben Amor, Mme Radhia Nasraoui, M. Ayachi Hammami, et M. Raouf Ayadi. En cas de refus de l'Ordre, le Procureur Général a le pouvoir de les déférer à la Cour d'Appel...

  • Me Sonia Ben Amor

Sonia Ben Amor, avocate au Barreau de Tunis, est devenue la nouvelle cible du régime tunisien.

 

Dernier élément en date, l’ouverture d’une instruction à son encontre par la première chambre d’instruction du Tribunal de Première Instance du Kef, enregistrée sous le n° 20635/1, pour outrage verbal à fonctionnaire, dégradation du bien d’autrui et agression légère.

 

Maître Sonia Ben Amor s’était rendue, au lendemain de sa condamnation, à la prison du Kef pour rendre visite à son client, Me Abbou. La visite avait été interrompue sur ordre du directeur de la prison qui avait demandé aux gardiens de la faire évacuer du parloir. Violentée et traînée jusqu’à la porte de sortie de la prison (un médecin lui ayant notifié d’observer un repos d’une semaine), Sonia ben Amor avait chargé Mes Abderraouf Ayadi et Samir Ben Amor de déposer une plainte, ce qu’ils tentèrent de faire en vain le 3 mai, auprès du Procureur de la République. Sans surprise, ils avaient essuyé un refus illégal et arbitraire et la plainte n’avait pas pu être enregistrée. Ils avaient été contraints alors de l’envoyer par voie postale avec accusé de réception.

 

Mais contre toute attente, Maître Sonia Ben Amor d’agressée, elle se voit accuser d’être agresseur. Elle avait reçu une convocation le 7 mai 2005 à 9 heures du matin pour se présenter au poste de police sis rue de Cologne à 11 heures. Etant absente de son cabinet (elle observe le sit-in avec ses collègues depuis le 5 avril), le chef du district par la voie de son agent avait insinué que si elle ne se présentera pas, il notera bien qu’elle avait refusé de s’exécuter. Ainsi le juge d’instruction pourra légalement lui notifier un mandat d’amener en bonne et due forme et fournir un alibi aux organes de la répression pour envahir la « Maison de l’Avocat » et mettre fin à un sit-in qui a donné le tournis au régime.

 

Imperturbable, cette avocate courageuse a annoncé :

  • son refus catégorique de se présenter devant le juge d’instruction le 12 mai pour des affaires montées par la sûreté de l’Etat, elle qui n’a pas confiance dans la justice
  • son refus de servir de prétexte pour détourner l’attention des vrais dossiers, à savoir l’emprisonnement de MM Abbou et Ben Mrad.

 

Dans la matinée du 11 mai 2005, une délégation d’ambassadeurs de pays de l’Union européenne, s’est entretenue près de deux heures à Tunis, avec le ministre tunisien de la Justice Béchir Tekkari  et Hatem Ben Salem Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé des Affaires européennes à propos de la répression des avocats et des évolutions inquiétantes de la situation des libertés.

 

A la suite de quoi, l’avocat Ibrahim Bouderbala a proposé à l’occasion de la réunion extraordinaire des avocats, le 14 mai de libérer Faouzi Ben Mrad et de transférer Mohamed Abbou de la prison du Kef à une prison de Tunis et de rapprocher la date de son procès en appel en échange de l’arrêt du sit-in et de la mobilisation des avocats.

 

En même temps, une grande rumeur circule à Tunis sur l’éventuelle démission du ministre de la Justice (les noms de Abdelwahab Béhi et de Abdelfattah Omar ont été évoqués) et sur des tractations en vue de décrisper la situation.

ACTION RECOMMANDEE :

Exprimez votre condamnation contre les atteintes gravissimes portées à l’endroit des vrais défenseurs de l’Etat de droit que sont les avocats tunisiens,

  • Demandez la libération inconditionnelle et immédiate de Me Abbou et Me Faouzi ben M’Rad
  • Demandez la cessation des poursuites contre Me Sonia Ben Amor
  • Demandez la traduction du directeur de la prison du Kef, son adjoint et ses agents devant la justice pour atteinte à l’intégrité physique et morale de Maître Sonia Ben Amor ; il réclame la libération ad et l’arrêt de la campagne répressive contre les avocats libres.
  • Réaffirmez le principe de l’inaliénabilité des droits de la défense,
  • Demandez l’arrêt sans délais des attaques répétées contre la profession d’avocat et ses représentants,

APPELS A :  :

M. Zine el-Abidine Ben Ali, Président de la République, Palais de Carthage, 2016 Carthage, Fax : +216 71 744 721 ou +216 71 731 009

M. Mohamed Ghannouchi, Premier Ministère, Secrétariat Général du Gouvernement, Rue de la Kasbah, 1008 Tunis, Fax : +216 71 562 378

M. Hédi M'henni, Ministère de l'Intérieur et du Développement local, Avenue Habib Bourguiba, 1001 Tunis, Fax : +216 71 354 331 ; e-mail :mint@ministeres.tn

M Dali Jazi, Ministère de la Défense Nationale, Avenue Bab Mnara, La Kasbah, 1008 Tunis, Fax : +216 71 561 804

M. Bechir Tekkari, Ministère de la Justice et des Droits de l'homme, 57, Boulevard Bab Benat, 1006 Tunis, Fax : +216 71 568 106 ; email : mju@ministeres.tn

 

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